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Qui a inventé les fenêtres pop-up ? (et surtout pourquoi)

Histoire du web 9 août 2016
« Félicitations ! Vous avez gagné 1 000 000 d'euros ! Cliquez ici pour recevoir votre argent dans les plus brefs délais ! ». Voilà un exemple type de fenêtre pop-up, autrement dit ces publicités qui apparaissaient lorsque vous ouvriez une nouvelle page web. Ça clignotait, ça bougeait, c'était coloré, mais c'est surtout dépassé aujourd'hui. Petite tranche d'histoire pour apprendre qui a inventé ces fenêtres pop-up, mais aussi, pourquoi ?

À la fin des années 1990, alors que la bulle Internet ne cesse de prendre de l’ampleur et que les bannières publicitaires fleurissent sur le web, la fenêtre pop-up apparaît. Également appelée fenêtre publicitaire, ce qui est pour beaucoup un des fléaux du web est l’œuvre d’Ethan Zuckerman, aujourd’hui directeur du Centre des Médias Citoyens au MIT. Le 14 août 2014, il s’est excusé pour cette invention dans une tribune publiée sur The Atlantic. Il commence avec ces mots :

« Il est maintenant évident que ce que nous avons fait était une terrible erreur, alors laissez-moi vous rappeler que ce nous voulions accomplir était quelque chose de noble et brave. »

«Je suis désolé. Nos intentions étaient bonnes»

Entre 1994 et 1999, Ethan Zuckerman travaillait pour Tripod.com, une entreprise spécialisée dans la création de sites web et pages personnelles pour les professionnels et les particuliers. Tripod.com s’appuyait, comme beaucoup d’entreprises en ligne à l’époque, sur la publicité pour maintenir son activité. Déjà à l’époque, les sites des clients de Tripod.com étaient analysés, dans le but de cibler chaque utilisateur avec des publicités personnalisées.

Cependant, les annonceurs n’étaient pas toujours enclins à voir des publicités pour leurs marques affichées sur certains sites web. Ceci a été l’élément déclencheur menant à l’invention des fenêtres pop-up. D’après Ethan Zuckerman, un important constructeur automobile était inquiet d’avoir acheté l’espace d’une bannière publicitaire sur un site à caractère pornographique. Pour y remédier, Ethan Zuckerman a alors pensé à dissocier la publicité de la page web, de sorte à ce qu’elles ne soient pas assimilées l’une à l’autre. Il n’a eu qu’à écrire quelques lignes de code pour lancer une fenêtre superposée à la page web et y insérer une pub. Le pop-up était né.

Fenêtre pop-up

Equal Opportunity To All 50,000 via Flickr CC BY 2.0

Quelques semaines plus tard, l’hébergeur Geocities reprenait le code pour propager sur l’ensemble de ses sites le modèle de la fenêtre pop-up. La suite de l’histoire, tout le monde la connaît : les pop-up ont essaimé sur le web en s’imposant aux internautes de manière intempestive, jusqu’à ce que les navigateurs intègrent des protections automatiques contre ce type de fenêtre. Les logiciels de blocage de publicité, à l’instar d’AdBlock, ont contribué à pousser définitivement les pop-up sur la voie de l’extinction.

La publicité : le péché originel du web

Avec ses excuses, Ethan Zuckerman en profite pour livrer une vision amère de qu’est devenu selon lui le web à cause de la publicité. Pour lui, cette dernière n’est autre que le pêché originel du web. Toujours selon lui :

« L’état de déchéance de notre Internet est une conséquence directe, voire non-intentionnelle, du choix de la publicité comme modèle économique par défaut pour subventionner les contenus et services en ligne. […] Nous avons entraîné les utilisateurs d’Internet à s’attendre à ce que tout ce qu’ils disent et font en ligne soit enregistré sous forme de profils (qu’ils ne peuvent ni consulter, ni contester ou modifier) destinés à affiner aussi bien les pubs que les contenus qu’ils verront. »

Auparavant, les pop-up s’affichaient de force sur l’écran, comme lancées à notre figure. Aujourd’hui, les pubs sont de plus en plus ciblées et affinées selon différents critères et sont insérées de manière plus ou moins subtile dans les contenus que nous regardons sur le web chaque jour. Les pop-up ont beau avoir pratiquement disparu, une autre forme de publicité s’est imposée sur le web. Mais est-ce vraiment une bonne chose ? Pour Ethan Zuckerman, la réponse et non, et voici comment il conclut :

« Il est grand temps de commencer à payer pour notre vie privée et de payer pour les services que nous apprécions. En contrepartie, nous devons abandonner ceux qui sont gratuits mais qui nous vendent – nous les utilisateurs et notre attention – comme le produit. »

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