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Réalité mixte, virtuelle ou augmentée : de quoi parle-t-on ?

Décryptage 2 mai 2016
Distinguer la réalité virtuelle de celle augmentée ou mixte n’est pas seulement une question de vocabulaire : il s’agit surtout de différencier des expériences utilisateurs. Explications.
Réalité virtuelle, mixte ou augmentée : la différence se passe du côté de l'utilisateur.

L’accélération est récente : dans le domaine de la réalité virtuelle, les principales entreprises technologiques ont toutes avancé leurs pions. Au point d’assister aujourd’hui à la sortie de pléthore d’objets, qu’ils soient de réalité « virtuelle », « augmentée » ou « mixte ». Entre ces différentes acceptions, il peut s’avérer complexe de discerner ce qui les distingue concrètement. Retour sur les concepts-clés de la « nouvelle réalité numérique ».

« La réalité virtuelle touche le subconscient humain comme nul autre média ». Pour l’expert en réalité virtuelle Kent Bye, le potentiel de cette technologie est loin d’être une chimère. Mieux : de l’avis de nombreux observateurs de la Silicon Valley, cette dernière serait même la prochaine grande (r)évolution numérique après Internet.

La réalité virtuelle ou l’entrée dans la matrice

« C’est comme la matrice, une réalité d’une telle vraisemblance qu’on ne peut discerner qu’elle est fausse », explique Kent Bye. Centré autour de la notion de perception, le concept de réalité virtuelle n’est pas qu’une transposition du réel à l’écran mais une technologie développée depuis plus de 30 ans autour du rêve historique d’immersion sensorielle totale dans un environnement à 100% artificiel, c’est-à-dire créé par l’homme et la machine.

« C’est comme la matrice, une réalité d’une telle vraisemblance qu’on ne peut discerner qu’elle est fausse »

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Pour y parvenir, « la partie physique importe autant que la partie numérique », nous explique Pierre-Louis Xech, qui travaille sur ces enjeux chez Microsoft depuis la fin des années 1990. L’exemple le plus parlant selon lui ? Le simulateur de vol : « inséré dans un véritable cockpit d’avion, son utilisateur s’abstrait totalement de l’environnement physique réel qui l’entoure ».

C’est dans cette catégorie – la réalité virtuelle donc – que se rangent aujourd’hui les casques ou masques comme l’Oculus Rift, souvent associés à des éléments intermédiaires comme les manettes ou les gants pour parfaire l’immersion sensorielle.

« Les paysages, objets et personnages virtuels semblent réel – une perception qui relève moins alors de l’illusion que d’un sentiment qui prend aux tripes »

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« [La réalité virtuelle] génère alors une sensation très convaincante que l’on appelle généralement la présence : les paysages, objets et personnages virtuels semblent réel – une perception qui relève moins alors de l’illusion que d’un sentiment qui prend aux tripes », souligne Kent Bye.

Tripes qui, justement, souffrent encore aujourd’hui de « motion sickness » (une sorte de mal comparable à celui des transports) car l’expérience de la vision, du son ou de la sensation du toucher artificiellement créés déstabilisent notre cerveau.

La réalité mixte : abolir les barrières entre virtuel et réel

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la réalité mixte est loin d’être une sous-catégorie de la réalité virtuelle. Il s’agit même d’une prouesse technologique encore plus complexe à réaliser, explique Pierre-Louis Xech, puisqu’ « elle consiste à avoir un monde qui se partage sans hiérarchie entre objets réels et artificiels ».

Et nul contrat de lecture, comme celui que permet l’entrée dans un cockpit immersif ou le port d’un imposant casque de réalité virtuelle : avec un dispositif reposant principalement sur des verres transparents sur lesquels sont projetés des hologrammes, la réalité mixte doit s’insérer, sans « coutures apparentes », à notre quotidien et même, interagir avec lui.

 

En somme, conclut Kent Bye, dans une salle obscure, « la réalité mixte devient la réalité virtuelle » quand, « in real life », elle peut aussi bien s’apparenter à la réalité tout court. Ou à une réalité rêvée, comme celle où l’holoportation permet de visualiser ses proches en 3D – une technologie actuellement en cours de développement du côté de Microsoft.

La réalité augmentée : quand le monde devient média

La réalité augmentée ne mise quant à elle pas du tout sur l’aspect « mimétique » qui relie les précédentes notions. Ici, la différenciation avec le réel est voulue : il s’agit, le plus souvent, de rajouter sur ce dernier une couche d’informations visiblement artificielles afin de « l’augmenter » de contenus numériques. Surtout, le sens de la vue est particulièrement sollicité, là où les précédents concepts s’assortissent de son ou de dispositifs haptiques permettant la sensation physique.

Race Yourself - Virtual Reality Fitness Motivation Capture d'écran

C’est sur ce principe que reposent les Google Glass ou l’application Monocle de Yelp. Envisagées également du côté militaire, cette technologie de transmission de l’information reste toutefois très sujette au risque de surcharge cognitive, à moins d’être adaptée aux usages, comme nous l’expliquait Gérard de Boisboissel, ingénieur de recherche au CREC Saint-Cyr. Une question qui, à ce jour, continue à se poser également dans le monde civil.

En résumé :

Réalité augmentée (AR) : ajoute au réel une couche d’informations visiblement artificielles afin de « l’augmenter » de contenus numériques ;

Réalité virtuelle (VR) : immerge l’utilisateur dans un un environnement à 100% artificiel ;

Réalité mixte (MR) : intègre des éléments artificiels dans l’environnement réel de l’utilisateur, avec lesquels il peut interagir.

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