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Santé : quand le numérique répond aux nouveaux enjeux de la prévention

14 juin 2014

Traitement des données, applications, nouveaux moyens de pilotage et de détection… le numérique est un des principaux leviers pour mettre en œuvre une politique de prévention plus efficace et moins coûteuse – notamment en matière de santé.

C’est ce qu’ont expliqué Philippe Tcheng (Directeur des relations publiques de Sanofi), Christiane Flouquet (Directrice de l’Action Sociale de CNAV Ile-de-France) et Nicolas Péju (Directeur de la démocratie sanitaire, de la communication et des affaires publiques de l’ARS Ile-de-France) à notre rencontre Prévention, santé et numérique le mardi 13 mai 2014 à Issy-les-Moulineaux.

Voici un tour d’horizon des initiatives de « santé connectée » de leurs organismes respectifs, et leur vision du futur de la prévention.

Diabéo, vous connaissez ? Cet outil de santé connectée à destination des diabétiques se présente comme un « e-carnet » auto-apprenant aide le malade à calculer ses doses d’insuline et à équilibrer ses repas, lui livrant des conseils pour s’améliorer en fonction des manquements constatés. La télétransmission des résultats renforce aussi le lien avec le médecin, permettant au malade d’avoir un avis et un soutien médicalisé au bon moment, via un tiers de confiance (la plateforme santé d’EuropAssistance). 

Pour Philippe Tcheng, le Vice-président de Sanofi qui est venu le présenter, Diabéo est ainsi un outil d’autonomisation du patient : il facilite un rôle actif dans la gestion de son diabète et « permet d’éviter les complications qui coûtent 4,2 milliards d’euros à la sécurité sociale et aux mutuelles ».

L’autre grande avancée du numérique au service de la santé, ce sont les télé-diagnostics – Philippe Tcheng cite encore Diabsat, un camion qui examine les diabétiques dans les zones rurales et transmet par satellite les résultats. Ce type de dispositif prend tout son sens quand on pense aux inégalités territoriales de santé – les risques de mourir d’un infarctus augmentant à mesure que l’on s’éloigne du centre de nos grandes villes.

Autre « télémédecine », mais cette fois dans la gestion des épidémies : un projet de Sanofi Pasteur en partenariat avec le CNES modélise à distance la propagation de certaines maladies tropicales pour savoir où vacciner, en parallèle du développement du vaccin correspondant.

Christiane Flouquet nous a ensuite parlé de l’action de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (Cnav) pour accompagner les seniors les plus fragilisés. Outre une importante démarche de prévention par la sensibilisation, son organisme oeuvre à favoriser l’émergence des services et équipements qui facilitent le maintien à domicile. 

Un exemple ? L’assurance retraite finance autonom@dom, un projet du Conseil Général de l’Isère visant à tester, sur deux ans, une plateforme de services intégrés sur la perte d’autonomie.

> Sur la « silver economy » et les enjeux du numérique pour la génération Senior, voir notre rencontre : « Senior, et alors ? »
 

Nicolas Péju nous présente enfin l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, un « nouveau venu dans le paysage sanitaire » issu de la fusion des administrations de pilotage de la santé.

En cours de définition de son périmètre d’action, l’ARS se construit autour de l’idée de démocratie sanitaire, que Nicolas Péju définit ainsi : « la santé est un champ tellement transversal et complexe qu’il faut travailler la politique de santé avec la préoccupation permanente de faire travailler toutes les parties prenantes ». Dans ce contexte, le numérique est aussi un changement majeur pour l’administration de santé : « il transforme notre manière de travailler ». L’ARS d’Ile-de-France a ainsi développé un outil « infraterritoire, qui brasse des données diverses – épidéliologiques, environnementales et d’offres de santé locales ».

Et au-delà ? 

« Le numérique vient démultiplier une tendance sociétale de fond qui préexistait : un mouvement d’empowerment du patient par rapport à sa maladie, sa prise en charge. Cet outillage contribue à amplifier très fortement ce mouvement, avec des perspectives vertigineuses d’individualisation ».

Pour Nicolas Péju, ce mouvement répond à trois enjeux. Un enjeu économique d’abord : la solidarité nationale est une « enveloppe fermée », rappelle-t-il, qui correspond à « ce que la société décide de mettre pour la prévention ». Dans un contexte où les dépenses d’assurance maladie progressent de 4% par an, surtout dans le domaine curatif, et sachant que le gouvernement a décidé de les contraindre de 2 à 2,5%, « il faudra que tout euro dans le champ de la prévention démontre son impact et sa capacité à alléger l’autre partie de l’enveloppe ». Autrement dit, prouver l’utilité du numérique dans le domaine de la santé.

Les deux autres enjeux ? L’impact du numérique sur les inégalités, et notamment en matière d’accès aux soins… qui reste largement à évaluer. Et la question de l’ouverture des données santé – qui s’annonce comme un important débat de société des prochaines années.

Pour illustrer cette démarche, Nicolas Péju présente trois projets développés ou soutenus par son organisme :

– BIMS : un projet de plateforme interactive médecin-patient pour évaluer précisément ce que peut permettre un dispositif d’auto-mesures à domicile en termes d’évitement d’hospitalisations.

– « Territoires de soins numériques » : un appel à projet qui vise, sur un petit territoire, à expérimenter les relations les plus numérisées possibles entre les patients et acteurs de la santé. 

– Un projet de développement d’un service régional d’information santé très numérique, pour que le citoyen soit informé de l’accès au système de santé de son environnement en fonction des questions qu’il se pose.

La conclusion de Nicolas Péju ? « De plus en plus, le citoyen contribue à façonner le système de santé par les choix qu’il fait. D’où le fait qu’il faille la piloter en termes de coûts »

C’est le moment des questions dans la salle. Morceaux entendus :

« Alors que la santé privée se développe rapidement et sans limite, le service public de santé doit savoir gérer les temps pour aller plus vite : celui, rapide, du citoyen et celui, plus long, des institutions et de la prévention ».

« Un médicament met 10 ans à être développé. Un service numérique, seulement quelques mois… on raccourcit le temps de développement grâce au numérique, mais on se retrouve en aval avec la difficulté d’évaluer quelque chose de nouveau. Aujourd’hui, il faut simplifier et accélérer le processus d’évaluation ».
 

Question : comment développer la confiance autour des données ?

Philippe Tcheng explique être en faveur de la libération des données santé : « On le fait en Angleterre, mais pas en France, à cause d’un dogmatisme qui entretient la peur : ça donne l’impression qu’il y a des choses à cacher, alors qu’il y a tant à faire ». 

Nicolas Péju nuance pourtant, rappelant qu’il s’agit de données personnelles sur les maladies des gens : « normal que ce soit dur à utiliser ». L’initiative britannique a été une « impulsion forte, c’est intéressant, mais care.gov a pris 6 mois de plus pour davantage réfléchir et discuter ». Pour lui, il s’agit avant tout de travailler la pédagogie pour éviter les mésusages et les détournements. « Qui utilise les données pour faire quoi ? Il faut bien expliquer les choses ». Sans démarche d’explication des données, par exemple, comment faire comprendre qu’il est normal qu’un service qui traite les cas les plus lourds ait un plus fort taux de mortalité qu’un autre ?

Pour revivre toute la table ronde, rendez-vous dans la vidéo ci-dessous !

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