Shakespeare en dataviz

26 août 2010

Mobiliser algorithmes et visualisation de données pour mieux comprendre Shakespeare : a priori, l’idée peut sembler un rien étrange. Les plus rationnels d’entre vous lâcheront sans doute un « A quoi bon ? », un rien désabusé – pour tout vous dire, certains, ici, ont même lancé, définitifs : « Sacrilège ! Shakespeare, pour le comprendre, tu vas au Globe Theater, et puis c’est tout ».

Rien de tout ça chez Stephan Thiel, doctorant à la fac des sciences appliquées de Potsdam, en Allemagne. A ses yeux, le texte original des pièces shakespeariennes est tout sauf un matériau figé et sacré. Il l’a donc passé à travers différentes grilles d’analyses, avant d’en proposer une représentation très (trop ?) visuelle, dans un projet intitulé Understanding Shakespeare.

Un exemple, pour mieux comprendre : Stephan Thiel propose une représentation de la « structure narrative » du classique des classiques Songe d’une nuit d’été :

 

  • L’entrée verticale est celle de la chronologie : cinq actes, décomposés en neuf scènes ;
  • L’entrée horizontale représente les personnages ;
  • Chaque bloc de texte correspond aux mots les plus fréquemment prononcés par un personnage au cours d’une scène ;
  • La grande coulée jaune, enfin, matérialise les dialogues de Puck, considéré comme personnage principal, et permet au lecteur de « se représenter leurs importances dans l’ensemble de la pièce », explique Thiel.

Plutôt futé, Stephan Thiel propose une video du making-of de la visualisation finale, qui a été présentée au cours d’une expo :

Les autres modes de lectures alternatives (à explorer dans l’onglet The Approaches) comprennent, pêle-mêle :

  • un résumé express des pièces qui, promet Thiel, permet « de lire Othello en une minute » : un algorithme parcourt les textes, repère les mots les plus fréquents, puis les phrases où un maximum d’entre eux sont repris. Celles-ci sont alors reprises en intégralité ;
  • une visualisation des pronoms personnels les plus fréquemment prononcés par chacun des personnages ;
  • une représentation des entrées-sorties des personnages shakespeariens ;
  • une visualisation des requêtes dans un moteur de recherche des phrases déclamées par les personnages.

L’objectif final ? Permettre « une nouvelle manière de lire, pour susciter de nouveau l’intérêt dans la littérature, et permettre à tout un chacun de s’approprier l’héritage culturel de Shakespeare », dixit Stephan Thiel.

(expérience repérée sur Twitter par Vincent Truffy ; visuel principal : aperçu de l’album Visualizing the Dramatic Structure)
 

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