Tour du monde des innovations santé

9 janvier 2009

Espagne
Un biper pour les enfants diabétiques

Emminens Conecta Plus. Derrière ce nom énigmatique se cache un système informatique destiné aux diabétiques, mis en place il y a deux ans par la société espagnole Roche Diagnostics. Ce logiciel, intégré au téléphone portable, reçoit par infrarouge les données du glycomètre du patient, appareil qui lui permet de contrôler sa glycémie.
Le patient les envoie ensuite à son médecin par un simple SMS. Disponible dans plus de la moitié des hôpitaux espagnols, cette ingénieuse invention existe également dans une version plus simple d’utilisation, destinée aux enfants. Il s’agit d’un biper qui intègre un glycomètre et une capsule d’insuline. L’appareil, qui peut être connecté à un ordinateur par un port USB pour envoyer les données au médecin traitant, sonne dès que le taux de sucre de l’enfant dépasse un certain seuil. L’enfant peut alors réagir au plus vite grâce à la dose d’insuline. Le dispositif est actuellement testé auprès d’une cinquantaine d’enfants à Grenade (Andalousie).

Royaume-Uni
Opérer sans ouvrir

L’i-Snake pourrait très bientôt révolutionner la chirurgie. Ce robot, mis au point début 2008 par une équipe de l’Imperial College London (ICL), est composé d’un long tube flexible métallique équipé de petits moteurs, de capteurs, de fibres optiques et d’outils d’imagerie dernier cri. Il peut atteindre des endroits du corps humain particulièrement difficiles d’accès et réaliser des opérations mini-invasives – finies les opérations à coeur ouvert. Objectif : réduire le temps de convalescence du patient et son séjour à l’hôpital. L’i-Snake permettra également d’établir des diagnostics complexes, de repérer précisément certaines tumeurs et de proposer de nouvelles procédures thérapeutiques. 2,1 millions de livres, soit 2,4 millions d’euros, ont été alloués à l’équipe de l’ICL pour développer leur invention au cours des quatre prochaines années.

Pérou
Télécardiologie à grande échelle

De juin à septembre 2008, le ministère péruvien de la Santé a mené une grande opération de télémédecine qui a permis de réaliser près de 4 200 électrocardiogrammes auprès des populations de trois régions pauvres et reculées du pays (régions de Huancavelica, d’Apurimac et de Madre de Dios). Le processus était relativement simple : le personnel médical réalisait l’examen auprès des patients et l’envoyait ensuite par fax ou par mail au centre de télémédecine de Lima grâce à une ligne téléphonique gratuite. Un cardiologue réceptionnait le document, l’analysait et renvoyait son diagnostic en une quinzaine de minutes. Le projet, exceptionnel par son ampleur et les moyens mis à sa disposition, a permis de diagnostiquer de graves défaillances cardiaques chez 914 personnes. Celles-ci ont ensuite pu bénéficier d’une consultation gratuite, par webcam, avec des cardiologues en poste à Lima, afin de mettre en place les traitements appropriés pour éviter l’infarctus.

États-Unis
Le jeu vidéo comme thérapie

Grâce aux travaux d’ingénieurs de l’université Rutgers (New Jersey), des patients victimes d’un accident vasculaire cérébral peuvent se rééduquer à l’aide d’une console de jeu. Basé sur la console Xbox de Microsoft et sur un gant de jeu qui détecte les mouvements des doigts et du poignet, le système propose deux exercices destinés à faire recouvrer aux malades une dextérité manuelle en leur faisant manipuler virtuellement des images sur l’écran. Le premier encourage la flexibilité des doigts en demandant au patient de nettoyer quatre barres verticales de « pixels sales » pour découvrir l’image qui se cache derrière. Le second est plus axé sur la rapidité d’exécution, le patient devant éloigner un papillon qui vole dans l’écran. Ce système, s’il manque encore de précision, séduit par son faible coût et la possibilité qu’il offre au patient de poursuivre l’entraînement à domicile, sous le contrôle de son médecin qui pourra suivre ses progrès via Internet.

Europe
Le textile devient biosensible

Financé par l’Union européenne, le projet Biotex (Bio-sensing Textile for health management) travaille à la conception de textiles intelligents permettant de suivre à distance l’état de santé des personnes fragiles et des sportifs. Géré par un consortium de huit partenaires issus de quatre pays différents, Biotex cherche à intégrer dans les textiles des capteurs biochimiques, capables de contrôler les fluides organiques (sueur, sang, urine) de celui qui porte le vêtement tout au long de la journée.
Dans le cadre de ce projet, l’entreprise italienne Smartex a développé un survêtement pour les personnes cardiaques. Baptisé Wealthy (pour Wearable Health Care System), il est constitué d’un mélange de fibres classiques et de matériaux dotés de propriétés électrophysiques, qui permettent d’enregistrer les signaux vitaux comme l’activité cardiaque ou encore la température du corps. Un petit boîtier de 150 grammes intégré au vêtement transmet, par GPRS , les données au centre de soins. Et évite ainsi aux patients des déplacements fastidieux et des électrocardiogrammes longs.

Japon
Le robot qui a mal aux dents

Développé en 2007 par la firme japonaise Kokoro Company, Simroïd est un robot conçu à l’intention des étudiants en odontologie, qui sent la douleur et l’exprime. Les futurs dentistes peuvent désormais s’entraîner sur cet androïde à la bouche remplie, non pas de caries, mais de nombreux senseurs. Simroïd a l’apparence d’une jeune femme qui bouge les mains ou roule des yeux en cas de douleur. Le robot prononce également des phrases comme « ça fait mal », ou fronce les sourcils lorsque le praticien manque sa cible ou touche une zone sensible. Les étudiants visualisent ainsi les réactions de leurs futurs patients, ce qui leur permet de peaufiner leurs compétences techniques.

Mali
Un diplôme par satellite

À 120 kilomètres de Mopti, capitale régionale du pays Dogon, au Mali, l’hôpital rural de Dimbal, village de 2 000 habitants situé en pleine brousse, accueille une station de télémédecine, développée par le Réseau en Afrique francophone pour la télémédecine (RAFT) en partenariat avec l’hôpital de Genève et le Fonds mondial de solidarité numérique. Grâce au satellite, le seul médecin sur place, le docteur Diakaridia Traoré, bénéficie d’un soutien pour le télédiagnostic et la téléconsultation, et organise plus facilement les évacuations sanitaires. L’originalité du dispositif repose également sur son volet formation. Le médecin peut en effet suivre des cours dispensés par l’hôpital universitaire de Bamako ou participer aux conférences médicales hebdomadaires organisées, depuis 2003, par le Raft. En 2007, il a même préparé, depuis son dispensaire, un diplôme d’épidémiologie de l’université de Bordeaux.

États-Unis
Un bras bionique plus vrai que nature

L’homme bionique n’est plus un personnage de fiction. La Darpa, Defense advanced research projects agency, agence de recherche dépendant du Pentagone, vient de lancer les derniers tests cliniques de son bras bionique. En rétablissant sa communication intuitive avec le cerveau, ce dernier peut être contrôlé sans avoir à décomposer les mouvements, comme dans une prothèse classique. Développé par le laboratoire de physique appliquée de l’université Johns Hopkins à Baltimore, ce bras artificiel est si proche de la réalité qu’il en est confondant. Bien plus perfectionné que tout ce qui peut exister aujourd’hui, il présente des capacités motrices et surtout sensorielles hors du commun. Grâce à l’intégration de plus de 80 capteurs, il offre une dextérité proche de celle du bras humain et pourra percevoir des sensations comme la température ou la texture. Pour lui donner l’apparence humaine, peau et poils artificiels ont été installés sur la base de photographies de victimes d’amputation. La prothèse devrait être accessible aux patients du civil dans le courant de 2009.

Israël
Des images au bout des doigts

Les technologies du futur s’invitent au bloc. Une équipe de chercheurs de l’université Ben Gourion, en Israël, a développé un système de reconnaissance gestuelle destiné aux salles d’opération. Baptisé Gestix, il permet aux chirurgiens de manipuler, en cours d’intervention, des images sur un écran pour mieux observer telle ou telle partie de l’anatomie du patient, sans aucun contact avec la machine mais en bougeant simplement les mains. Cette nouvelle interface homme-machine est composée d’une caméra qui reconnaît les mouvements de la main du chirurgien et les associe à l’une des huit commandes configurées sur la machine (zoomer, dézoomer, arrêter…).
Le praticien peut par exemple zoomer sur une image en tournant sa main dans le sens des aiguilles d’une montre. Un système astucieux qui facilite le travail du chirurgien et évite les procédures de stérilisation des appareils d’imagerie présents au bloc. Testé par une équipe chirurgicale du Washington Hospital Center lors d’une intervention neurochirurgicale, Gestix a correctement répondu à 96 % des sollicitations des praticiens. Prochaine étape : associer la commande vocale au dispositif.

(avec Marc Fernandez)

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "La santé du futur" :

La santé du futur

Trois questions à… Jacques Lucas

Claude Évin : « Nous sommes encore dans une phase de créativité »

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