Pourquoi un tweet est-il limité à 140 caractères ?

Histoire du web 23 août 2016
Certains disent que c'est trop court, d'autres trop long. Dans tous les cas, tous les utilisateurs de Twitter doivent faire avec la règle des 140 caractères. Mais d'où vient-elle exactement ?
Remonter à la création du réseau social n'est pas suffisant. La clé se trouve en 1985, avec le SMS.

L’un des critères le plus rapidement et le plus instinctivement associé à Twitter est la règle des 140 caractères par tweet. Pour comprendre la raison de son existence, il faut tout d’abord remonter à 2006, date de création du réseau social par Jack Dorsey, Evan Williams, Biz Stone et Noah Glass.

Twitter a été pensé et construit comme un service de messagerie texte, s’inspirant ainsi beaucoup du système des SMS (Short Message Service). Or, à l’époque, les SMS sont limités à 160 caractères. Sur Twitter, le nom de l’utilisateur ne peut dépasser les 20 caractères et est compté dans le texte. C’est ainsi que de la simple soustraction 160-20 a résulté la règle des 140 caractères.

Quel rapport entre un tweet et un SMS ?

Mais ceci amène une autre question : pourquoi se fonder sur le même système que les SMS ? Parce que c’était la meilleure solution, et surtout la plus pratique, pour un réseau social pensé comme une service de messagerie texte. Le SMS étant la norme à l’époque, la dépasser revenait, sur une grande majorité des téléphones, à couper les messages en deux. Une option inenvisageable pour Jack Dorsey, qui confiait au Los Angeles Times en 2009 :

«La plupart des téléphones de base bridaient les messages à 160 caractères avant de scinder les SMS. Ainsi, dans le but d’éviter les soucis et la réflexion entourant la réception d’un message, nous voulions être sûrs que les messages ne seraient pas coupés. C’est pourquoi nous avons pris 20 caractères pour le nom d’utilisateur et 140 pour le contenu. C’est de cela que tout est parti.»

Jack Dorsey, Kevin Krejci via Flickr CC BY 2.0

La nouvelle étape pour comprendre les véritables origines de la règle des 140 caractères repose alors dans cette nouvelle question : pourquoi les SMS étaient-ils limités à 160 caractères ? Un nom : Friedhelm Hillebrand.

Cet ingénieur allemand était en 1985 le président du comité des services non-vocaux pour le standard développé par Global System for Mobile Communications («Groupe spécial mobile»). C’est ce comité qui a déterminé le nombre optimal de caractères pour un message texte. Quel a été le processus de décision ? Sur quoi ces chercheurs se sont-ils appuyés pour conclure que 160 caractères était la taille la plus appropriée pour un message texte ?

Friedhelm Hillebrand a commencé ses recherches chez lui, à Bonn, en Allemagne, devant sa machine à écrire. Il a tapé des phrases, des questions et des réponses au hasard, puis a compté chaque lettre, chiffre et espace. Presque à chaque fois, les messages faisaient moins de 160 caractères. « C’est parfaitement suffisant », se rappelle-t-il avoir pensé en 1985.

Le but de l’expérience de l’ingénieur allemand était de démontrer à un ami sceptique que 160 caractères laissaient suffisamment de place pour communiquer la plupart des pensées.

De plus, l’équipe de chercheurs en communications dont il faisait partie avait pour objectif de mettre au point un système de messagerie texte qui prendrait le moins de place possible en raison des restrictions concernant les bandes passantes des réseaux sans fil de l’époque.

SMS, glasseyes view via Flickr CC BY 2.0

Le nombre 160 avait convaincu Friedhelm Hillebrand. Il ne restait plus qu’à prouver aux autres chercheurs membres du comité dont il était le président que 160 caractères étaient suffisants. Ne disposant d’aucune étude de marché en la matière, les chercheurs se sont appuyés sur deux arguments jugés convaincants par Hillebrand :

  • Très souvent, les cartes postales contiennent moins de 150 caractères
  • Après l’analyse de messages envoyés par Telex (un réseau de télégraphie pour les professionnels sans limite de mots), les messages faisaient bien souvent la même taille que ceux sur les cartes postales

Le dernier argument à rentrer en ligne de compte a été celui de la praticité. Le T9 (ou saisie intuitive) n’étant pas encore inventé et plusieurs lettres étant assignées à un numéro, écrire un long message était une tâche aussi minutieuse que pénible.

140 signes, mais jusqu’à quand ?

De nombreuses rumeurs d’élargissement du nombre de caractères autorisé par Twitter ont circulé, qui pourraient aller jusqu’à 10 000. Chaque annonce de ce type provoque de nouveaux débats parmi les utilisateurs de Twitter. La dernière velléité en date concernait les URL qui ne seraient plus comptabilisées, permettant de gagner une vingtaine de caractères. Un tel changement signifierait plus ou moins un retour aux 160 caractères originels du SMS.

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