Internet des objets et économie collaborative: l’ascension de l’anticapitalisme ? share
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Internet des objets et économie collaborative: l'ascension de l'anticapitalisme ?

12 mai 2014

En l’espace de quelques années, Internet a permis le développement d’un système économique alternatif et a posé les bases d’une révolte anticapitaliste. C’est l’idée défendue par Jérémy Rifkin dans une tribune publiée le 15 mars dernier dans le journal The New York Times.

Pour le spécialiste, un paradoxe domine au cœur du système capitaliste actuel : la dynamique compétitive inhérente aux marchés baisse tellement les prix que de nombreux biens et services sont désormais pratiquement gratuits, disponibles en grande quantité et échappent aux forces du marché. Si les économistes ont toujours bien accueilli une réduction des coûts marginaux, ils n’avaient toutefois pas anticipé qu’une révolution technologique les conduirait à flirter avec le chiffre nul.

Début du millénaire : montée et développement d’un nouveau modèle

Et ce sont de nombreux secteurs d’activité – voire presque tous – qui sont touchés. En 1999 par exemple, Napster a permis à des millions de personnes de partager de la musique sans payer les producteurs et les artistes, provoquant au passage de nombreux dégâts dans l’industrie musicale. Un phénomène qui a également secoué les médias ou encore l’édition.

Usant largement des possibilités offertes par Internet, les consommateurs ont commencé à partager leur propres informations et divertissements par le biais de vidéos, de pistes audio ou encore de textes, le tout presque gratuitement en outrepassant les marchés traditionnels.

Cette réduction des coûts a de nombreux effets et refaçonne désormais l’énergie, la production industrielle et l’éducation. En la matière, l’expert souligne le potentiel des imprimantes 3D, qui permettent de produire soi-même des éléments en les programmant via des logiciels open source, ou encore les cours en ligne ouverts et massifs (MOOC) qui popularisent l’éducation et ouvrent de nouveaux horizons éducatifs à des coûts marginaux proches de zéro.

Si des modèles économiques fondés sur des offres premium se sont développés pour palier au manque à gagner, le nombre de personnes qui accepte de payer reste encore limité.

Des objets connectés qui refaçonnent le monde

Selon Jeremy Rifkin, l’Internet des objets pourrait pousser encore davantage les prix vers le bas au cours des vingt prochaines années. En synchronisant les hommes aux objets qui les entourent, les objets connectés produisent des quantités considérables de données, des Big Data. Si aujourd’hui l’on dénombre déjà 11 milliards de capteurs dans le monde, reliés par exemple à des réseaux électriques ou encore des maisons par exemple, ils pourraient atteindre le nombre de 50 milliards d’ici 2020.

L’analyse de ces Big Data via des algorithmes permet de gagner en efficience. Aux Etats-Unis par exemple, 37 millions de bâtiments ont été équipés de capteurs qui permettent d’obtenir des informations en temps réel concernant les usages des individus. Une collecte de données d’électricité qui n’est pas sans conséquence puisque les prix de distribution s’en trouvent impactés. Plus encore, ces masses de data pourraient permettre aux entreprises et aux ménages qui génèrent et qui stockent des énergies renouvelables – issues de panneaux solaires ou d’éoliennes – de choisir à quel moment elles souhaitent être reliées au réseau de distribution grand public, tout en leur permettant de partager les surplus avec leurs voisins. Les avantages pourraient donc être considérables. D’ici 2022, Cisco prévoit même que les gains de productivité issus de l’Internet des objets dépassent 14 milliards de dollars.

Alors, quel modèle économique imaginer lorsque des millions de personnes pourront fabriquer et partager eux-mêmes leurs biens et leurs services presque gratuitement ? Pour Jeremy Rifkin, la réponse est claire : il faut prendre la mesure et valoriser le « sans but lucratif » qui s’impose comme une force phénoménale au sein de notre société. Entre 2000 et 2010, les revenus des organisations à but non lucratif ont augmenté à de 41%, inflation prise en compte, et ont eu un impact positif considérable sur le PIB qui a augmenté aux Etats-Unis de 16,4% sur la même période.

L’Internet des objets se révèle donc être une plateforme révolutionnaire faisant émerger des biens communs collaboratifs en parallèle de l’économie capitaliste. Il rend les biens sociaux de plus en plus attrayants et pertinents en leur permettant d’optimiser la collaboration, l’accès et l’inclusion dans notre société. Des éléments essentiels à la construction d’un capital social et à l’inauguration d’une économie du partage.

Pour en savoir plus et retrouver toute la tribune de Jérémy Rifkin, c’est par ici sur le site du New York Times.

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