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Internet : les experts craignent un futur de plus en plus sombre

8 juillet 2014

Si l’on pouvait lire le futur d’Internet dans une boule de cristal, qu’y verrait-on ? Entre illusions perdues et utopies déçues, Internet, autrefois élevé au rang d’outil au service d’un monde meilleur, a perdu bien des galons et la magie ne semble plus opérer chez les experts, qui se montrent de plus en plus pessimistes. Un constat que fait le think tank Pew Research Center (PRC) dans l’étude « La vie numérique en 2025 » et dont le New York Times se fait l’écho.

Nous l’évoquions il y a quelques semaines suite au Personal Democracy Forum, les experts sont nombreux à exprimer une certaine défiance face à Internet : du manque d’agilité des « digital natives » à la surveillance des internautes dans la toile, les réticences sont aujourd’hui nombreuses.

Adieu la sérendipité

Parmi les craintes exprimées par les experts dans l’étude, la personnalisation des contenus sur Internet pourrait menacer sa diversité. Proposés en fonction des données enregistrées à son sujet ou encore selon les contacts qu’il a dans son entourage, l’internaute se voit offrir des contenus spécialement sélectionnés pour lui. Mais qu’en est-il de la sérendipité dans ce que l’on regarde ou lit ? C’est bien la diversité de ce qui est posté sur Internet qui est en question ici.

Outre ces considérations, la sonnette d’alarme est tirée en matière de surveillance des Etats, des libertés en ligne et de la confiance accordée aux différents acteurs d’Internet, des opérateurs aux fournisseurs.

Les symptômes d’une ère post-Snowden

L’affaire Snowden se révèle ici être un acte historique lourd en conséquences dans l’histoire d’Internet. L’étude, qui a par ailleurs été effectuée alors que les révélations faites sur la NSA faisaient encore la une des médias du monde entier, met ainsi en lumière un climat particulièrement anxiogène. Lee Rainie, directeur du Pew Internet Project explique :

« Nous avons questionné 1400 acteurs importants du numérique. Nous les avons questionné quant aux menaces et aux opportunités d’Internet […]. Nous constatons clairement un environnement post-Snowden. »

Les experts craignent également l’exploitation du « côté paresseux de l’internaute » :

«  […] Il y a une inquiétude chronique à propos de la commercialisation d’absolument tout en ligne » raconte Lee Rainie.

Une étude représentative ?

Mais ces craintes sont-elles représentatives de l’avis des experts du numérique partout dans le monde ? Il semble que non, à en croire l’article du New York Times qui explique que la plupart des sondés se décrivent comme des Nord-américains, qui définissent un contenu comme le fruit d’une création humaine et personnelle, donnant de la valeur à la libre expression et aux différences. Or pour Steven Weber, professeur à l’Université de Californie, il ne s’agit là que d’un point de vue :

« J’ai passé beaucoup de temps aux Emirats Arabes Unis, et les gens là-bas considèrent cet « Internet libre » que nous définissons, comme une sorte d’oligpole de la culture occidentale impérialiste. »

Si les critères de l’étude peuvent donc être en partie questionnés, il n’en demeure pas moins qu’elle soulève des craintes grandissantes dans une partie du monde, au moment même où la Commission fédérale des communications (FCC) en charge de réguler les télécommunications et des contenus diffusés, se trouve fortement contestée dans son action. 

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