Irène Greif : la première femme docteur en informatique au MIT témoigne share
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Irène Greif : la première femme docteur en informatique au MIT témoigne

7 mars 2014

Le 5 mars dernier, The Atlantic publiait un entretien avec Irène Greif. L’occasion pour la chercheuse, première diplômée en informatique au MIT, de livrer ses impressions sur les évolutions d’un milieu essentiellement masculin – mais aussi de promulguer ses conseils aux femmes désirant travailler dans le secteur des technologies. La preuve d’un effort à poursuivre ?

C’est en 1964 qu’Irene Greif voit pour la première fois de sa vie un ordinateur. Et on ne peut pas dire que le coup de foudre soit immédiat : il faut alors parler en « langage de machine » avec l’IBM 1401, c’est-à-dire « à base de zéros et de uns ». « J’aimais les problèmes de logique, c’est probablement ce qui m’a poussée vers les sciences informatiques » explique simplement la chercheuse. Mais avant d’être la première à obtenir un doctorat à la prestigieuse université du MIT, Irene Greif était destinée à un tout autre type de carrière : « Ma mère m’avait dit de devenir enseignante, ainsi je pourrais travailler pendant que mes enfants iraient à l’école, et rentrer ensuite à la maison ». Sauf que ses études en sciences informatiques entamées, il est vite apparu que ce n’était pas la voie qui lui seyait. Ce qu’elle voulait ? « Etudier, penser, découvrir de nouveaux systèmes ».

 
« 50 femmes dans une promo de 1000 élèves »

Au milieu des années 1960, le premier dortoir pour femmes du MIT est construit. L’anecdote n’est pas anodine : cette construction a en fait permis d’apaiser la défiance de nombreux parents à l’idée d’envoyer leurs jeunes filles à l’université. Pour Irene Greif, cette présence féminine s’est avérée capitale, même si nombre de ses colocataires ne suivaient pas le même cursus. Une présence cependant insuffisante : malgré le soutien mutuel entre des jeunes filles, qui ont depuis maintenu des liens d’amitié solides, la difficulté de trouver de véritables partenaires de travail se faisait sentir. Seule à étudier dans le domaine des sciences informatiques, Irene Greif  avoue avoir eu du mal à s’insérer dans des groupes de travail masculins, se demandant toujours s’il ne s’agissait pas plus de flirt que de scolarité. Même si elle n’a jamais eu à souffrir d’un moindre respect de la part de ses professeurs, eu égard à son sexe, elle reconnaît que plus les années avançaient, plus elle se sentait isolée et « inhabituelle ».

« J’ai toujours choisi des rôles et des sujets marginaux, toute une histoire ! »

« J’ai littéralement été la première à avoir ce doctorat », constate Irène Greif. Dans son domaine de recherche, une fois de plus, la chercheuse a été confrontée à l’isolement : l’interface homme-machine, un sujet peu traité en sciences informatiques dans les années 1975. Une façon de rejoindre un aspect plus « social » des sciences dures, plus « féminin » comme se demande la journaliste ? Pas vraiment : s’il est intéressant pour la chercheuse de constater que moins les domaines de recherches sont appliqués, plus on rencontre d’hommes, elle affirme cependant que beaucoup de progrès ont été fait et que la parité semble aujourd’hui atteinte. Mais le chercheuse la relativise toutefois en soulignant que les conférences avec des experts historiques comptent toujours moins de 10% de femmes… Un fait qui rappelle combien les choses étaient différentes dans les années 1980.
 

« Avoir un modèle aurait sûrement fait la différence »

« J’étais une jeune fille terriblement timide… Et j’ai toujours pensé que le problème de sociabilité que j’avais était de ma faute… Et ç’aurait été bien, vous savez, d’avoir quelqu’un qui me dise : ce n’est pas toi (…) j’ai ensuite été capable de m’impliquer pour soutenir les femmes, de faire en sorte qu’elles soient toujours écoutées »

Un problème de visibilité subsiste et « si vous n’y faites pas attention, vous vous retrouvez très vite avec une majorité d’hommes… » affirme la chercheuse. Dans un secteur essentiellement masculin – Irene Greif a fait carrière dans des laboratoires de recherche en informatique -, la présence féminine ne va pas de soi. Au contraire, elle s’oublie parfois, alors qu’elle est, selon la chercheuse, nécessaire pour se penser, se comparer et se comprendre. 

Irene Greif conclut l’interview par un appel à la réflexion : « penser, réévaluer en permanence… Je pense que c’est ce que j’ai fait. Toute ma vie ». 

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