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« Montrer aux jeunes filles que tout leur est possible »

26 janvier 2015

A l’occasion de la conférence au cours de laquelle Microsoft France présentait ses initiatives en faveur de la jeunesse, nous avons pu interviewer Claire Etien, responsable de l’association FACE Seine-Saint-Denis, qui initie les collégiennes aux métiers du numérique et avec laquelle Microsoft développe l’initiative WI-FIlles. Explications de ce programme, et bilan de l’expérience.

RSLN : Vous faites partie de l’association FACE Seine-Saint-Denis. Pouvez-vous décrire vos activités ?

Claire Etien : FACE 93, c’est la « Fondation Agir contre l’Exclusion » déployée dans le département de la Seine-Saint-Denis. Notre rôle, c’est d’être l’interface entre les entreprises et les personnes en risque d’exclusion (demandeurs d’emploi, jeunes collégiens ou lycéens, personnes précarisées), dans une logique d’accompagnement des entreprises dans leur responsabilité sociale.

En quoi consiste le partenariat avec Microsoft France ?

Avec Microsoft France, nous déployons notamment notre programme WI-FIlles qui permet de promouvoir l’informatique et le numérique auprès de collégiennes. C’est un programme hors temps scolaires, qui associe un enseignement informatique (coding, création de sites, applications mobile, etc.) à des rencontres de professionnels des métiers du numérique, mais également des visites d’entreprises comme Microsoft.

En quoi le numérique favorise-t-il l’égalité des chances à vos yeux ? 

Le numérique est un outil. Un outil pour comprendre le monde, pour trouver un emploi, pour développer ses compétences personnelles, sa créativité et son imagination.

Le souci qui nous guide, c’est de donner aux personnes que nous formons les moyens de leur autonomie. Nous leur donnons les clés, dans une logique d’empowerment. Cela permet d’avoir plus confiance en soi, de mieux connaitre le monde et d’avoir la possibilité de choisir ce que l’on souhaite faire ensuite. C’est ouvrir le champ des possibles à des jeunes qui n’auraient pas forcément pensé à la richesse de cette voie ou n’auraient pas cru en leurs propres capacités. 

Avec WI-FIlles, quels sont les buts recherchés en incitant les jeunes filles de cette façon ?

Comme le pointe l’Union Européenne dans sa dernière étude sur la programmation informatique et l’emploi : l’Europe proposera plus de 900.000 emplois dans le numérique d’ici 2020.  Seuls ceux qui se seront formés au numérique pourront y accéder, or les filles s’orientent encore trop peu vers les filières scientifiques et informatiques, donc elles ne vont pas avoir accès à ces nouveaux métiers. Elles sont les premières utilisatrices des produits du numérique comme les réseaux sociaux mais n’en sont pas encore les réalisatrices. Donc il n’y a pas de raison que les jeunes filles n’aillent pas vers ces filières, sauf une raison de culture ou d’éducation.

Notre logique, c’est donc de travailler avec ces jeunes filles pour leur montrer que tout leur est possible et que, si elles le souhaitent, elles peuvent s’épanouir personnellement, professionnellement à travers le numérique.

Lorsque vous avez lancé WI-FIlles, avez-vous perçu une différence entre filles et garçons sur leur attrait au numérique, et les opportunités qui leurs sont proposées ?

Cette thématique de l’accès aux opportunités du numérique touche à la fois les filles et les garçons. Les filles sont encore trop nombreuses à penser que le numérique est « réservé » aux garçons. Nous avons voulu casser ce préjugé tout en partant du constat que dans un groupe mixte, les filles, spontanément, vont moins prendre la parole, là où les garçons vont le faire davantage. Notre logique a donc été de rassembler des filles, tout en les laissant « baigner » dans la mixité : on a fait attention, par exemple, à ce que les rencontres avec les entreprises ou les formateurs soient des hommes et des femmes. 

Pourquoi cibler spécifiquement des élèves de 4ème et 3ème pour ce programme ?

En 3ème, il y a la séquence d’observation, le fameux stage de 3ème, où les jeunes sont confrontés pour la première fois au monde de l’entreprise et où il y a une première discrimination : celle du réseau, entre les jeunes qui en ont et ceux qui n’en ont pas. 

Faire des stages dans la crèche où est la petite sœur ou chez le garagiste du coin – et c’est souvent le cas en Seine-Saint-Denis pour ceux issus de milieux plutôt modestes – c’est très bien, mais derrière, ça ne permet pas forcement aux enfants de voir le champ des possibles qui leur est offert. C’est pour ça que l’on a touché cette tranche d’âge : c’est là où les choses se dessinent. Et pour l’orientation en particulier des filles, les choix se font beaucoup plus tôt, en 4ème/3ème, alors que pour les garçons cela peut être plus tard. Donc nous nous sommes dit qu’agir le plus tôt possible permettait un changement sur le choix de l’orientation. 

La perception des élèves vis-à-vis du numérique et de ses métiers a-t-elle évolué suite à leur participation au programme ?

Ce programme est vraiment ambitieux. Elles ont été chez Microsoft, chez Dell, elles ont rencontré des personnes qu’elles n’auraient probablement pas rencontrées autrement, comme des Ministres. Dans une logique d’empowerment, sans même parler du numérique, on est sur un discours fort : « tout est possible, même pour vous qui habitez en Seine-Saint-Denis ».

Par rapport au numérique, elles ont plus ou moins accroché au coding, mais certaines ont été complètement fascinées par cet apprentissage. Un détail amusant, lors de l’événement Silicon Valois organisé par le Ministère de la Culture, on avait demandé aux WI-FIlles de faire un live-coding pour des jeunes. Le prof de code qui leur avait fait une semaine de formation au code est venu voir les WI-FIlles faire ce live-coding. Il a été impressionné de voir les compétences qu’avaient acquises toutes seules les jeunes filles en dehors du cours : on leur avait donné les rudiments, et derrière, celles qui étaient passionnées sont allées plus loin grâce à des tutoriels sur Internet, et étaient capables de choses qu’elles n’avaient pas vues en cours.

Certaines ont revu leur orientation, ou ont voulu mettre en application leur apprentissage auprès de personnes plus exclues du numérique, comme leurs grands-parents. Ça a donc un impact qui dépasse leur propre orientation, l’enjeu professionnel.

3 clubs WI-FIlles vont être créés dans les collèges. Les jeunes filles ont été identifiées par les professeurs pour pouvoir mener ça. D’un point de vue scolaire, de confiance en soi, de relation aux autres, l’outil numérique permet une réalisation personnelle forte.

Quels ont été les retours ou les réactions les plus surprenantes que vous ayez eues, de la part de ces jeunes filles ?

Et bien par exemple le fait qu’une des jeunes filles puisse animer un atelier informatique dans la maison de retraite de sa grand-mère, alors que c’était une jeune femme qui avait des difficultés de communication. Une autre jeune fille, par exemple, se retrouve aujourd’hui à la mairie de sa ville pour prendre la parole et exprimer les difficultés que peuvent ressentir les collégiens. Ce sont des impacts qui dépassent ce qu’on avait pu penser. 

Ce sont pleins de petites choses qui font qu’il y a un vrai changement. Nous ne sommes pas dans une logique « j’ai appris le coding », mais plutôt « je suis une adolescente qui devient adulte et qui sait outiller » grâce aux opportunités qu’on lui a données pour devenir tant bien que mal une femme dans ce monde bien complexe.

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