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Akhtar Badshah : « Il faut donner aux jeunes les clefs pour changer le monde »

10 janvier 2013

Né en Inde et diplômé du prestigieux Massachussetts Institute of Technology (MIT), Akhtar Badshah dirige le département philanthropique de Microsoft. Issu du milieu associatif,  l’architecte qui a dédié sa vie au développement des zones les plus défavorisées veut offrir aux jeunes les opportunités pour en faire les acteurs du changement. Rencontre avec un personnage hors du commun. 

Des rues de Bombay, où, enfant, il jouait au cricket devant le petit commerce de composants électroniques de son père, à Redmond, jusqu’au siège mondial de Microsoft dans la banlieue de Seattle, en passant par le célèbre Massachussetts Institute of Technology (MIT), où il a étudié et enseigné… l’architecture, qu’est-ce qui pouvait bien destiner Akhtar Badshah à devenir l’un des membres du secteur associatif les plus reconnus au monde ? 

À cette question, nous obtiendrons bien peu d’éléments de réponse… Tout au plus, répété comme un mantra, l’idée d’« opportunités ».

« On m’a donné des opportunités. Je ne sais pas très bien pourquoi. C’aurait pu être quelqu’un d’autre. Mais je les ai saisies ! » se souvient-il, laconique et un rien taquin. 

Aujourd’hui à la tête de la politique de philanthropie chez Microsoft, Akhtar Badshah veut stimuler les jeunes talents solidaires et faire émerger les entrepreneurs sociaux de demain. Comment ? En leur donnant, à eux aussi, de nouvelles opportunités. Entretien. 

> RSLN :De Bombay au MIT, de l’architecture au numérique, pouvez-vous nous en dire plus sur votre étonnant parcours ? 

Akhtar Badshah : Après ma licence d’architecture à Bombay, j’ai eu la chance de décrocher plusieurs bourses qui m’ont permis de partir étudier aux Etats-Unis, plus précisément au Massachussetts Institute of Technology (MIT). C’était un véritable honneur et une grande fierté que de pouvoir y poursuivre mes études. D’autant plus qu’en arrivant là-bas, je savais déjà ce que je voulais faire : me spécialiser en architecture dans les pays en voie de développement pour essayer de changer, à mon échelle, leur quotidien.

Ensuite, j’ai surtout eu la chance de saisir des opportunités qui se sont présentées. Lorsque j’étais étudiant au MIT, nous avions par exemple créé un cycle de conférences qui nous permettait de recevoir de prestigieux professeurs d’universités, de grands architectes, des designers… ça m’a ouvert les yeux sur la complémentarité entre tous ces secteurs et leur potentiel pour changer le monde. Ces rencontres ont été essentielles pour moi car elles m’ont permis de rencontrer des personnalités hors du commun qui ont complètement bouleversé ma manière de penser.

La suite ? Mon doctorat en poche, j’ai commencé à donner des cours au MIT. Mais rapidement j’ai eu envie de plus, de changement : je me suis alors lancé dans l’entrepreneuriat social. D’abord en travaillant pour l’association The Mega-Cities project à New York puis du côté de Seattle – ma femme y avait trouvé un nouveau travail – où j’ai créé l’association Digital Partners. Microsoft m’a ensuite proposé de réaliser des projets encore plus ambitieux et j’ai logiquement saisi l’opportunité de rejoindre cette nouvelle aventure en 2004.

> En quoi consiste votre travail chez Microsoft ?

Je dirige le département qui travaille sur les projets associatifs et solidaires. Nous cherchons à déterminer ce que nous pouvons faire pour que nos projets aient un maximum d’impact sur le terrain. Mon rôle consiste donc également à distinguer les projets qui ont le plus de potentiel, qui peuvent avoir un effet véritablement exponentiel, des autres projets. 
 
Je pense qu’il est essentiel de donner aux gens les moyens de s’accomplir. Si on leur offre les bons outils et un accompagnement, ils peuvent créer de la valeur sur le long-terme. C’est pour ça que j’ai choisi de m’orienter vers le développement : je voulais aider, à mon échelle, les gens à réaliser leurs envies et leurs projets. 

> Justement, vous pourriez nous donner quelques exemples de projets que vous avez lancés ? 
 
Bien sûr. Prenons YouthSpark par exemple, une initiative que nous avons lancée au niveau mondial, en septembre 2012. Le projet est simple : partout où nous le pouvons, nous donnons aux jeunes les clefs pour changer le monde : que ce soit pour eux, en travaillant sur l’accès à l’éducation ou à l’emploi, ou pour leurs actions, en soutenant tous les innovateurs en herbe, et en particulier les innovateurs sociaux. Ce que nous faisons, c’est leur offrir de nouvelles opportunités. 
 
Nous avons pris un engagement fort avec ce programme, celui de soutenir 300 millions de jeunes dans le monde d’ici à 2015. Nous travaillons avec un grand nombre d’associations en relation avec les jeunes comme Unis-Cité, Zup de Co ou encore Nos quartiers ont des talents en France. A travers ces programmes, nous voulons créer des opportunités pour ces jeunes, des opportunités qu’ils n’auraient pas eues autrement.
 
Cela peut prendre de nombreuses formes – une formation « seconde chance » pour ceux qui ont décroché, une aide financière, technologique, métier, à la création de projet, ou tout simplement des conseils ou des connexions au bon moment. 
 
Ce programme n’est qu’un exemple. Un autre serait « Innovate for Good » : des journées annuelles destinées aux jeunes entrepreneurs sociaux de tous les pays pour leur permettre de se rencontrer, de collaborer et de s’inspirer les uns les autres, et ainsi faire une différence dans leurs communautés. 
 
Le projet est à la fois local, les jeunes se retrouvant dans des évènements organisés aux quatre coins de la planète, mais également mondial, grâce à une grande communauté en ligne.
 
De nombreux projets ont émergé de cette initiative et certains connaissent déjà un franc succès sur le Web. Ils sont d’ailleurs nombreux à avoir saisi l’opportunité du crowdfunding pour se financer. Le projet « Nourrir Un Enfant » dont le but est de réduire la malnutrition au Guatemala a par exemple déjà mobilisé près de 7 500 donateurs et a levé plus de 2500 dollars. 
 
> Pourquoi ce focus sur la jeunesse ?

Pendant très longtemps, nos programmes se sont centrés sur la problématique de la fracture numérique. Mais on s’est rendu compte que ce n’était là qu’un bout de l’histoire, qu’elle est bien plus globale. Et qu’on peut avoir beaucoup plus d’impact en soutenant ceux qui veulent changer les choses, en les aidant au bon moment. C’est une approche plus systémique
 
Les jeunes sont aujourd’hui les plus empreints de passion, de projets, et les plus touchés par la crise économique. On observe une véritable « facture des possibles » entre ceux qui ont tout : le réseau, la formation, les bonnes connexions, les bonnes opportunités, et les autres. Et pourtant il y a énormément de jeunes talentueux, qui peuvent et veulent faire une différence dans leurs environnements. Notre travail est d’aller les chercher, de leur offrir l’occasion d’aller au bout de leurs ambitions, de les aider, et de les accompagner.
 
Il y a de jeunes leaders potentiels partout autour de nous, mais il faut leur donner du pouvoir. C’est comme cela que l’on arrivera à avoir un véritable impact social pour faire changer les choses.
 
Notre regard sur la jeunesse doit aussi changer. Il n’y a pas si longtemps, j’étais à une conférence de l’UNESCO pour la paix. De nombreuses personnalités passionnantes étaient présentes : des prix Nobel, des ministres etc. Ils s’intéressaient à nos initiatives en direction des jeunes et voulaient s’en inspirer. Mais à la table, personne de moins de 50 ans… Il faut que tous, collectivement, nous sortions de cette logique. 
 
> Quels rôles les nouvelles technologies peuvent-elles jouer dans ces temps de crise économique ?
 
D’ici quelques années, 9 emplois sur 10 réclameront un niveau de compétence élevé en matière de nouvelles technologies. Former les jeunes dès maintenant, c’est leur donner les armes pour se débrouiller dans le monde de demain. C’est aussi leur donner des outils d’une puissance incroyable pour se développer, se mettre en réseau, donner de l’envergure à leurs actions. 
 
Je ne suis pas ingénieur, mais c’est parce que j’ai vu et expérimenté le potentiel de transformation que possède la technologie, que j’ai confiance dans les capacités de ces nouvelles générations. Les plus motivés sauront saisir ces opportunités. 
 

Pour aller plus loin, découvrez l’intervention d’Akhtar Badshah sur la meilleure manière de s’approprier les technologies au TEDx de Seattle, c’est par ici !

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