Au Canada, front commun pour les usages du net

8 septembre 2008

Comment sensibiliser massivement la population aux dangers que peut présenter le Net ?
En mettant en commun les ressources et les canaux de diffusion des différents acteurs, prouve l´expérience canadienne. Le pays mise sur les partenariats entre les pouvoirs publics – gouvernement, services de police, etc. –, les industriels et la communauté éducative, à l´image de l´une des collaborations les plus anciennes, le Réseau Éducation–Médias.

Né il y a une douzaine d´années
avec les phénomènes de violence à la télévision, cet organisme à but non lucratif s´emploie, depuis, à apprendre aux enfants à décrypter les médias – Internet en tête – et développe des programmes à la demande du gouvernement, d´associations, etc. Le Réseau vient ainsi de travailler pour la Fédération canadienne des enseignants sur le thème de la cyberintimidation. « Les cas sont de plus en plus nombreux. Très mobilisée sur ces questions, la Fédération nous a demandé de concevoir une formation ad hoc », raconte Emmanuelle Erny–Newton, spécialiste du Réseau Éducation–Médias.

Former des « e–parents »


Pour développer certains de ses projets,
le Réseau s´appuie sur ses partenaires publics et privés, qui, pour quelques–uns, ont des représentants à son conseil d´administration.

Réalisée avec l´appui des industriels et distribuée gratuitement, une bande dessinée met en scène les personnages d´un célèbre dessin animé canadien, aux prises avec les dangers du web.

Des entreprises comme Bell, Telus, Microsoft, l´association canadienne des fournisseurs d´accès à Internet, et des organismes comme les services de police, la protection civile, les bibliothécaires ou différents médias ont ainsi soutenu et diffusé WebAverti (Be Web Aware), un programme national bilingue « pour informer les parents des potentiels danger du web ».

Il faut dire que 94 % des jeunes Canadiens ont un accès à Internet chez eux, 37 % ont leur propre ordinateur et 44 % peuvent se connecter depuis leur téléphone portable. « Souvent, les parents sont dépassés. Nous avons imaginé des outils pratiques sur des thèmes comme la pornographie, les contenus violents, la désinformation, la cyberdépendance…, afin qu´ils puissent mieux gérer l´utilisation d´Internet à la maison et faire de leurs enfants des internautes avertis. En bref, nous les aidons à devenir des “e–parents”. Une centaine d´employés de Microsoft se sont rendus dans les écoles, dans les groupes de jeunes, les églises, pour faire des formations » explique Bruce Cowper, responsable des questions de sécurité à Microsoft Canada.

Les FAI mis à contribution

Microsoft travaille également régulièrement avec les forces de police, qu´il forme à ses technologies, ou dote d´outils techniques. « La police de Toronto dispose de l´une des plus grandes unités d´Amérique du Nord dédiées à la cybercriminalité. Son ancien directeur avait écrit à Bill Gates qu´une compagnie comme Microsoft se devait de participer à la lutte contre les prédateurs sexuels. Cela a débouché, en 2004, sur la mise en place d´un logiciel de partage d´informations pour les services de police », se souvient Bruce Cowper.

Les collaborations entre les services de police et les industriels sont fréquentes. Des structures ont même été créées pour favoriser ces échanges, à l´image de la Coalition canadienne contre l´exploitation des enfants sur Internet (CCCEEI).

Depuis 2004, elle rassemble les représentants des principales entreprises web du Canada, des gouvernements fédéral et provinciaux, des instances policières et de Cyberaide.ca, le service pancanadien de signalement d´enfants exploités sexuellement sur Internet. C´est elle qui est à l´origine, en 2006, du projet Cleanfeed Canada : les principaux fournisseurs d´accès à Internet se sont engagés à doter leurs serveurs de nouveaux filtres bloquant l´accès à des sites étrangers, hors de portée des autorités judiciaires canadiennes, contenant des images de maltraitance sexuelle envers des enfants.

Mais même si, depuis son lancement en 2002,
Cyberaide.ca a procédé à 38 arrestations et à la fermeture de 2 850 sites, « les prédateurs sexuels sont loin de constituer la menace principale. Pour armer les mineurs face à l´ensemble des risques du web, l´essentiel est de promouvoir une réponse éducative, et que parents et enseignants développent l´esprit critique des enfants », insiste Emmanuelle Erny–Newton. Elle aime à rappeler comment, en 1995, Keith Spicer, alors président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications, résumait l´approche canadienne des problèmes posés par les médias : « 10 % d´outils technologiques, 10 % de législation et de régulation par l´industrie des médias elle–même… et 80 % d´éducation ».

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "Enfants du net : comment les protéger ?"

Enfants du net : comment les protéger ?

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