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Babbler : quand deux sœurs veulent révolutionner les relations presse

13 mai 2015

Elles sont sœurs, elles ont remporté la compétition Imagine Cup dans la catégorie start-up il y a deux ans, et elles se sont lancées ensemble dans l’entrepreneuriat. Retour avec Sarah et Hannah, les co-fondatrices de Babbler, sur leur expérience d’entrepreneuses.

RSLN : Babbler, c’est quoi ?

Hannah : Babbler, c’est une plateforme d’échange en temps réel entre les entreprises et les médias au sens large : journalistes, blogueurs, influenceurs. Il existe aujourd’hui de nouveaux relais d’influence, notamment sur les réseaux sociaux. Cela complexifie les relations presse et médias : on a donc créé un outil simple d’interaction entre tous ces interlocuteurs avec un système de matching à l’inscription, ce qui fait que le fil d’actualités (alimenté directement par les attachés de presse) du journaliste l’intéresse forcément. C’est une sorte de Twitter segmenté sur les relations entre médias et entreprises.

RSLN : Comment en êtes-vous arrivées à lancer votre propre entreprise ?

Hannah : On ne pensait pas du tout travailler ensemble, en fait. Un jour, encore étudiante, je suis allée au bureau de Sarah, elle m’avait donné un fichier de contacts de journalistes et un communiqué de presse en me disant d’essayer de les contacter. Après avoir téléphoné et envoyé des mails, je n’avais pas de réponse.

J’en ai parlé avec Sarah, qui m’a expliqué que les journalistes sont de plus en plus sollicités. Les journalistes ne se servent simplement plus de leur boite mail comme outil de sourcing car elles explosent.

J’ai cependant réussi à contacter une journaliste par Twitter : l’utilisation d’autres canaux pouvait débloquer les relations médias. On en a discuté entre nous, et l’intérêt d’une plateforme avec ce principe de followers dans les relations médias nous a paru pertinent.

Sarah : C’était aussi un gros défi, car cela voulait dire qu’il fallait dépoussiérer toute une industrie, inculquer de nouveaux codes, évangéliser tout un marché car ce sont des méthodes de travail qui n’existaient pas.

Le mythe de l’attachée de presse avec son carnet d’adresse, ça n’existe plus. Là où c’était peut-être une centaine de contact à entretenir régulièrement, aujourd’hui ce sont des milliers de personnes avec qui il faut être connecté en temps réel.

La problématique suivante, c’est que ni Hannah ni moi ne venions du numérique. Ne sachant pas coder, il y avait quand même un gros enjeu technique. Il a fallu s’entourer de gens compétents pour pouvoir lancer la première version de la plateforme.

RSLN : Ça a posé des problèmes de travailler entre sœurs ?

Hannah : Non, ça a été une source de réussite pour nous deux car on se fait confiance, on se comprend, on est sur la même longueur d’onde pour le projet, on partage la même vision.

Sarah : Les gens voient souvent cette association comme compliquée, mais le fait d’être deux sœurs fait que les choses sont toujours réalisées dans l’intérêt commun. Au quotidien, c’est très agréable.

RSLN : Par rapport à vos profils, quelle complémentarité s’opère ?

Hannah : on est toujours excellentes lorsque l’on est ensemble. Sarah vient du milieu des relations presse et moi plutôt du numérique et du monde de l’entrepreneuriat. La complémentarité des compétences et des univers s’est très bien passée.

Sarah : Il y a aussi une complémentarité de caractères. Je suis très terre à terre, très opérationnelle, alors qu’Hannah porte beaucoup plus facilement la vision à long terme.

RSLN : Vous avez gagné le concours Imagine Cup en 2013. En quoi cela vous a aidé dans le développement de Babbler ?

Hannah : C’est vraiment ce concours qui nous a mis en lumière et qui a fait décoller le projet. Quand on a fait Imagine Cup, cela ne faisait que 3 mois que Babbler était lancé. Parmi les membres du jury, Richard Menneveux de FrenchWeb, s’est montré très enthousiaste lorsque l’on lui a pitché notre projet. On est donc rentrées dans l’aventure start-up à ce moment-là.

Sarah : Effectivement, Imagine Cup a été l’étape qui a changé le développement de la boite. Si on n’avait pas gagné le concours, on n’aurait pas démarré aussi vite. On a compris que l’on était prises dans une course contre le montre : les membres du jury nous ont dit qu’on allait se battre contre le temps que des concurrents arrivent sur le marché, et sur les parts de marché prises le plus rapidement possible. Ça a été un vrai tremplin.

Sarah et Hannah lors de leur victoire au concours Imagine Cup en 2013

RSLN : Les voix sont de plus en plus nombreuses à plaider pour plus de parité dans les métiers du numérique, encore récemment. En tant que femmes évoluant dans ce milieu, comment percevez-vous les choses ?

Hannah : C’est une réalité, il y a peu de femmes dans le numérique. Je crois qu’il n’y a que 15% de femmes qui entreprennent dans ce secteur. De cette difficulté, nous concernant, on l’a transformée en opportunité. Comme on est rare, on attire plus facilement la curiosité des gens !

De manière plus générale, je dirais que l’IT devient de plus en plus accessible aux femmes, tout comme l’entrepreneuriat. Entreprendre dans le numérique ne nécessite donc pas forcément de savoir coder, et il n’y a pas besoin au début d’un énorme financement.

Sarah : Sans doute les femmes se mettent des barrières liées aux stéréotypes. Il suffit pourtant d’être bien entourée et ça peut rouler quand même.

RSLN : Comment inciter davantage de femmes à faire carrière dans le numérique, d’après vous ?

Hannah : il y a des associations en France qui font la promotion de l’entrepreneuriat au féminin, comme Girls in Tech, Femmes du Numérique, ou Duchess France. Elles savent très bien qu’elles ne vont pas tout changer, mais cela commence par là pour sensibiliser les gens.

De façon très opérationnelle, cela passe aussi par le recrutement de davantage de femmes dans les boites IT.

Sarah : je trouve aussi qu’il y a une vraie solidarité féminine. Quand on s’est lancées, on a rencontré d’autres femmes avec qui on s’est entraidées. Et une fois que l’on est dans l’écosystème des start-up, que l’on soit un homme ou une femme, on a beaucoup plus de facilités.

RSLN : En tant qu’entrepreneuses, comment évaluez-vous l’environnement actuel pour développer sa start-up en France ?

Hannah : Etant à New York la majeure partie de mon temps, cela me permet d’avoir du recul sur la France. Je trouve qu’il y a vraiment de très bonnes actions qui sont menées : le système d’éducation est vraiment top pour ce qui est de la formation. De plus, il y a eu une vraie prise de conscience du gouvernement depuis deux ans avec le lancement de la French Tech, le développement de nouveaux produits pour les start-up par la Banque Publique d’Investissement, etc. Ils ont compris que le renouvellement de l’économie passe aussi par l’innovation et les entrepreneurs, qui sont très différents de ceux d’hier : jeunes, et souvent sans moyens financiers. Beaucoup d’incubateurs sont à disposition pour promouvoir les start-up. Je trouve que ces actions sont plutôt puissantes.

Beaucoup de petits tickets de financement sont également distribués à l’amorçage : 25 ou 30 000 euros. Mais c’est bien aussi d’avoir de très gros tickets de grande ampleur pour certains projets.

Sarah : Il y a aussi un aspect qui est que beaucoup de boites se montent mais ne se développent pas, ou peu. Lancer sa start-up, cela demande un réel investissement, beaucoup de travail et de sacrifices. Quand Nicolas Dufourq, le patron de la BPI, dit qu’il veut arrêter d’arroser des bonsaïs, cela veut dire qu’il ne veut plus financer des projets qui s’arrêtent dès que cela ne marche plus. Les gens investissent sur une idée, mais aussi sur l’humain qui la porte.

RSLN : Les start-up que l’on rencontre nous disent souvent que pour amorcer le projet, ça n’est pas très compliqué de trouver des fonds, mais que cela se corse lorsqu’il faut se développer avec une grosse levée de fonds. Comment ressentez-vous les choses ?

Hannah En France, les investisseurs regardent les chiffres générés dès le début, alors qu’il y a beaucoup de modèles basés sur du gratuit, comme les applications, qui tirent leur valeur de leur communauté. C’est sur ces nouveaux business model que les investisseurs en France sont encore un peu réticents.

Sarah : L’investisseur français est plutôt le reflet du marché français en général : il prend moins de risque ou alors de façon beaucoup plus mesurée. Aux Etats-Unis, le risque est pris plus facilement : ils se disent « il y n’a peut-être qu’une chance sur 1000 que ça cartonne, mais j’y vais car il y a quand même une chance ».

RSLN : Quels sont les prochaines étapes de votre développement ?

Hannah : On se développe à l’international, puisque notre service sera disponible aux Etats-Unis en septembre. C’est important pour une start-up, surtout lorsque l’on propose un modèle nouveau. On ne peut pas se limiter au seul marché français.

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