Barack Obama et les nouvelles technos : ce qu’il a vraiment dit aux diplômés d’Hampton share
back to to

Barack Obama et les nouvelles technos : ce qu’il a vraiment dit aux diplômés d’Hampton

18 mai 2010

(visuel : capture d’écran)

C’était l’information « techno rigolote » du début de la semaine dernière : Barack Obama, l’accro au Blackberry, l’un des plus fervents utilisateurs des nouveaux médias en politique, aurait déclaré la guerre aux nouvelles technos. Accusant notamment « les iPods et les iPads, les Xbox et les Playstation » d’avoir transformé « l’information » en « divertissement » – ce qui pourrait « contrarier la démocratie ». Rien que cela.

Notamment reprise par l’AFP dans une dépêche presque entièrement dédiée,  la déclaration présidentielle a immédiatement suscité une levée de boucliers sur les blog technophiles ou quelques médias plus mainstream US (, ou ), mais également en France – « Il ne nous semble pas qu’Internet et les nouvelles technologies sont un danger pour la démocratie, mais bien au contraire qu’ils poussent les états à davantage de transparence, à davantage de consultation et donc à davantage de démocratie », écrit par exemple Numerama, dans un article rendant compte de la sortie de Barack Obama.

En fait, le discours (texte intégral, vidéo) prononcé le dimanche 9 mai devant les étudiants de l’université d’Hampton (c’est ici) qui fêtaient leur « graduation » – leur cérémonie de remise de diplôme, si vous préférez – est un peu plus subtil que ce que vous avez pu lire ci-dessous.

L’argumentation développée par Barack Obama dans son adresse à « la promo 2010 »« the Class of 2010 », dans le texte – tient en deux grands axes :

  • Décrire deux grands défis du « monde du XXIe siècle » auxquels ces néo-diplômés vont être confrontés : l’un est économique, l’autre réside dans la manière de s’informer – et, a fortiori, de vivre ensemble et d’exercer sa citoyenneté.
     
  • Examiner en quoi le parcours scolaire de ces jeunes diplômes leur donne des clefs pour les relever.

Vous l’avez compris, c’est la première partie du discours qui a été largement diffusée. Celle des constats. On y lit donc :

« Vous entrez dans la vie adulte à une époque ultra-connectée, où les médias fonctionnent 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Ils vous matraquent de contenus et d’argumentations de toutes sortes – parfois assez éloignés de la vérité. Et, avec les iPods et les iPads, les Xbox et les PlayStation, que je ne sais personnellement absolument pas faire fonctionner, l’information devient une distraction, une diversion, une forme de divertissement. Et non plus un outil au service de l’empowerment [voir ici pour une définition, NDLR], de l’émancipation. Vous n’êtes pas les seuls à subir cette pression : notre pays, notre démocratie y sont également soumis. »

Et, un peu plus loin :

« Alors que les voix les plus diverses espèrent trouver votre attention sur les blogs, sur les chaînes câblées, sur les radios libres, il devient difficile de passer tout cela au crible, de savoir ce qu’il convient de croire. Qui dit la vérité, et qui ment. Soyons clairs : même les affirmations les plus folles peuvent facilement être amplifiées – j’en ai d’ailleurs fait l’expérience. »

Bien sûr, la tonalité générale est assez dure. Evidemment, de la part d’un président qui, à l’époque où il était en campagne, achetait des espaces pubs dans des jeux vidéos, la remarque peut paraître un peu surprenante.

Mais s’arrêter là serait un peu court : dans la seconde partie de son discours, Barack Obama affiche également sa ferme conviction que les années d’études tout juste pour bouclées par ces étudiants vont leur permettre « de manœuvrer sur ce terrain ». Et de relever « les défis de [leur] temps ».

Vous allez voir, même si la formule « éducation au numérique » n’est pas formellement prononcée, on se rapproche tout de même très fortement de thèmes souvent débattus ici :

« Votre éducation a développé et aiguisé vos capacités de recherche et d’analyse, vous a donné un contexte pour comprendre le monde. [Vos années à la fac] vous ont ouvert l’esprit. Vous savez penser à la place des autres. Mais désormais, c’est vous qui allez devoir ouvrir l’esprit des personnes qui n’ont pas forcément cette capacité, et que vous allez rencontrer un peu partout. »

Et Barack Obama de convoquer dans son discours, Thomas Jefferson, l’un des "pères fondateurs" de la nation :

« "Si une nation espère être à la fois ignorante et libre" a écrit [Jefferson], "elle attend ce qui n’a jamais été et ne sera jamais". Ce qu’il voulait dire par là, c’est que, sur le long terme, leur folle expérience – les Etats-Unis – ne pourraient pas fonctionner si ces citoyens n’étaient pas informés […] Oui, l’éducation doit nous permettre de relever tous les nouveaux défis de la citoyenneté. »

> Pour aller plus loin :

– Sur Slate.fr : un décryptage de l’origine de certaines des attaques contre Barack Obama

– Sur CNBC : les dix meilleurs discours de « graduation

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email