Bootstrapping : comment quitter son job et survivre 12 mois pour lancer sa startup ? share
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Bootstrapping : comment quitter son job et survivre 12 mois pour lancer sa startup ?

15 avril 2014

Pendant que certaines start-up s’évertuent à séduire des business angels pour réunir des fonds, d’autres décident de passer directement à l’action, et de lancer leur activité en ne comptant que sur leurs propres deniers. Par défaut ou par choix, ils acceptent de tirer un trait sur une croissance rapide pour gagner en flexibilité et en indépendance. Décryptage.

Trouver des investisseurs et les convaincre d’apporter leurs capitaux à un projet : voilà l’une des étapes les plus difficiles pour une start-up en phase de démarrage. Un processus délicat et chronophage qui peut tourner au casse-tête – tout particulièrement dans un environnement économique incertain où les sources de financements se font rares. Dans ces conditions, certaines start-ups décident tout simplement de faire l’impasse sur les financements extérieurs. Nombre d’entre elles ont débouché sur des réussites internationales : GoPro, Dell, ou encore Rovio, le développeur d’Angry Birds, ont ainsi fait le choix de se concentrer sur le développement et la commercialisation de leur produit, sans passer par la case « investisseurs ». Cette option porte un nom : le bootstrapping.
 

Seul maître à bord

L’origine de l’expression est attribuée à un passage des Aventures du baron de Münchhausen de Rudolf Erich Raspe, où le personnage principal parvient à s’extirper d’un marécage en tirant sur les lanières de ses propres chaussures. On l’aura compris : qui veut s’adonner aux joies du bootstrapping doit avoir de la ressource, et surtout, être prêt à ne compter que sur lui-même.

Inutile de se voiler la face : le fait de s’inspirer des aventures rocambolesques du baron allemand n’est pas toujours le fruit d’un choix délibéré. Lors de son lancement en 2010, WooRank est parti à la chasse aux capitaux. Objectif de la levée de fonds : 300 000 euros. Mais rapidement, les fondateurs de la start-up belge déchantent : les investisseurs se montrent frileux. Les entrepreneurs décident alors de poursuivre l’aventure en comptant uniquement sur leurs propres ressources. Un choix qui n’a pas empêché la start-up de se hisser en quelques années parmi les leaders mondiaux de l’analyse web mobile.

« Nous réalisons aujourd’hui la chance que nous avons eu de ne pas réussir à les convaincre de se nous soutenir financièrement lors de cette phase de démarrage », écrit Jean Derely, le co-fondateur de la société.


 

Small is beautiful

Et pour cause : les start-ups qui se fondent sur ce modèle jouissent de bénéfices incontestables, avec en premier lieu l’absence de pressions externes sur les décisions stratégiques et la direction générale à suivre. Au lieu de se focaliser sur des objectifs financiers souvent imposés par les investisseurs, l’équipe peut concentrer son énergie sur la définition de son offre, sur sa qualité de service et sur la relation client. Plus petite, la start-up est aussi plus flexible :

« Dans une opération de petite taille, les coûts d’un changement de direction sont mineurs, alors que le procédé peut être angoissant dans une société qui dispose de capitaux importants », témoigne Nanxi Liu, CEO d’Enplug, une start-up spécialisée dans les panneaux d’affichages digitaux.
 

All you need is love-money

Cette liberté de manœuvre a cependant un prix. Le choix du bootstrapping implique notamment de tirer un trait sur une croissance rapide. C’est la raison pour laquelle il convient d’avoir les reins solides pour se lancer dans l’aventure. La grande majorité des entreprises n’étant pas rentables avant un an au minimum, l’idéal est d’avoir la possibilité de puiser dans ses économies personnelles pour couvrir les frais. Dans le cas contraire, le bootstrapper devra trouver une solution pour garder la start-up à flot : recourir au love-money (à traduire par « argent de l’amour » et non « amour de l’argent »), que certains l’appellent avec humour l’ACCC – “l’argent des cousins, des copains et des cinglés”. Certains préféreront louer leur lieu de résidence, conserver une autre activité – éventuellement en freelance…
 


 

These boots are made for walking

Des situations qui nécessitent un investissement personnel particulièrement fort, un soutien de la part de sa famille et une cohésion sans faille entre les fondateurs de l’entreprise. Chuck Cohn, le fondateur de la société de cours particuliers Varsity Tutors, n’y va pas par quatre chemins : le lancement de la société l’a privé de plusieurs années de vie sociale, pendant lesquelles il consacrait toute son énergie à son projet, en investissant tous ses revenus dans la société plutôt que de se verser un salaire. Une décision qu’il ne regrette pas un seul instant.

Il est également indispensable de faire l’impasse sur toute dépense superflue, en investissant uniquement dans des produits ou des services qui contribueront à la croissance de l’activité. Pour cette raison, les start-ups qui suivent ce chemin s’orientent en général vers un modèle 100% numérique, avec un bureau virtuel qui leur permet d’économiser des frais de location, et font appel à des stagiaires dès que possible.

Aide-toi et le ciel t’aidera 

La révolution numérique a considérablement réduit l’investissement nécessaire pour créer les services du futur, démocratisant l’innovation. Que les jeunes entrepreneurs puissent survivre avant que leur projet ne devienne rentable a donc plus que jamais un intérêt public. C’est même une clé du développement économique et de l’attractivité d’un territoire, a conclu l’Auvergne qui propose un salaire et un logement à dix jeunes startupers désireux de s’installer dans la Région. Mais en attendant que des solutions de financement innovantes (comme un revenu de base ?) viennent aider les créateurs de la nouvelle économie, le bootstrapping a sans doute encore de beaux jours devant lui.

Si l’aventure vous tente toujours, pensez à consulter la présentation ci-dessous avant d’enfiler vos bottes d’entrepreneur et de sauter à pieds joints dans l’univers du bootstrapping : le think-tank France Digitale vous y explique comment, concrètement, budgétiser votre « break » pour bien vivre les 12 premiers mois du lancement de votre startup.
 

 

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