Carpe Dièse : révolutionner l’apprentissage en ligne de la musique share
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Carpe Dièse : révolutionner l'apprentissage en ligne de la musique

4 avril 2013

Apprendre à jouer de la guitare, du piano ou encore de la batterie à Paris avec un professeur qui enseigne depuis Nice, pourquoi pas ? C’est ce que propose la start-up Carpe Dièse que nous sommes récemment allés rencontrer. Outre la démarche d’e-learning, Carpe Dièse c’est l’aventure de trois amis passionnés de musique et qui utilisent du web pour faire se rencontrer internautes et artistes.

Prendre des cours de musique quand on travaille peut se révéler bien compliqué. Heureusement, différentes solutions d’e-learning sont aujourd’hui proposées afin de s’adapter aux besoins du plus grand nombre, et notamment des actifs.

Mais quelle place accorder à l’humain dans ce contexte ? Est-ce souhaitable de se retrouver en tête-à-tête avec son écran sans interactions possibles ? Quelle pédagogie adopter sur le web ? 

La genèse du projet

Carpe Dièse tente donc de répondre au dilemme. Plateforme de cours de musique en ligne destinés aux actifs, la start-up est avant tout l’aventure de trois passionnés de musique cherchant à répondre au besoin des travailleurs d’aujourd’hui.

Et les trois têtes pensantes, Léni Maroglou, Anthony Dziubecki et Victor Drault, tous issus d’un parcours d’ingénieurs et d’école de commerce sont partis d’un besoin personnel pour imaginer Carpe Dièse :

« On est tous musiciens depuis qu’on est gamins. On a donné des cours, on en a pris. Puis on s’est retrouvés dans la vie active et on s’est rendus compte que ça devenait difficile d’apprendre la musique. On a donc voulu trouver une solution. »

Pour Anthony, il était important de conserver son niveau de guitare :

« Je fais de la guitare depuis que j’ai 10 ans et quand j’ai commencé à travailler. Je me suis dit que c’était fini, que je n’avais plus le temps. Je me disais que j’allais continuer tout seul, mais même si j’avais un très bon niveau j’avais le sentiment de le perdre très rapidement. »

(Dans l’ordre de gauche à droite) Léni Maroglou, Anthony Dziubecki, Martin Gobert (en stage à Carpe Dièse) et Victor Drault

Avec Carpe Dièse actuellement installé dans l’Appart coworking, c’est une vision de l’apprentissage de la musique qu’ils veulent offrir comme le raconte Anthony :

« On est un peu des ovnis. On ne vient pas du tout du milieu de la pédagogie musicale à la base, la musique c’est notre passion commune. Initialement on ne pensait pas forcément être dans l’enseignement mais on a eu cette idée. On a constaté les avantages d’apprendre à distance tout en restant avec un professeur, c’est un suivi personnalisé et c’est très important pour apprendre et progresser en musique sinon on stagne très vite.

On nous disait que ce n’était pas possible, que la visio-conférence ça ne marcherait pas et que pour la musique il fallait être avec les gens, à leur contact. »

Mais à force d’élaboration, les trois jeunes gens ont su convaincre les plus récalcitrants comme l’explique Victor :

« Ce sont les mêmes personnes qui doutaient de la faisabilité du projet qui finalement nous ont permis d’entrer dans l’incubateur HEC et d’aller jusqu’au bout de notre projet. »

Replacer l’humain au coeur du e-learning

Et pour rendre leur solution innovante, les trois jeunes hommes sont partis d’un constat : sur le web on se retrouve vite confronté à un déluge d’information sans vraiment pouvoir s’en sortir.

Dans le cas des cours de musique en ligne la problématique est la même. Les tutoriels sont nombreux sur les plateformes de partage de vidéos mais si l’on échoue devant son écran, personne ne peut nous aider à régler le problème et à aller de l’avant.

« Seulement 10% des gens savent véritablement apprendre avec des pédagogies autodidactes sur internet et notamment dans le domaine de la musique, précise Anthony, on peut montrer à quelqu’un tous les riffs de Jimi Hendrix mais dès qu’il s’agira d’improviser dessus ce sera quasi-impossible, comme s’il y avait un travail de compréhension qui manquait. »

D’où la nécessité de réintégrer l’humain au coeur du processus comme le raconte Victor :

« Avec Internet on a eu une ruée vers des solutions qui permettaient aux gens d’avoir plus de flexibilité. Et effectivement on est au milieu d’une masse gigantesque d’informations et finalement on n’a pas de guide pour nous aider. Sans interaction on se rend compte qu’on ne progresse pas. On se dit que c’est peut-être de notre faute si on n’arrive pas à progresser. »

Redéfinir une approche pédagogique

La préparation de cet enseignement musical en ligne a donc été mûrement réfléchi :

« On s’est adaptés au support, raconte Léni, on a pris le temps de développer les cours et les outils qui sont adaptés en regardant aussi ce qui existe. On a compris qu’il fallait réinventer la pédagogie en s’adaptant au net mais avec de l’humain. »

Mais redéfinir la pédagogie en ligne n’est pas une mince affaire. Inspirés par les départements de musicologie de plusieurs universités Outre-Atlantique, les trois amis ont décidé d’étudier l’e-learning, ses spécificités et ses limites.

Léni et Anthony se sont donc sérieusement penchés sur le sujet afin d’établir un état des lieux des pratiques et déterminer comment dépasser les limites induites par la visio-conférence.

Puis ils se sont rapprochés de professionnels et de l’université de Nanterre, notamment de son département en sciences de l’éducation et de celui en sciences cognitives. 

Le ou les musiciens-internautes – les cours peuvent se prendre à plusieurs et selon les niveaux – commencent par choisir une chanson qu’ils aiment.

La session qui se divise en quatre cours à raison d’un par semaine peut alors commencer avec le professeur de son choix parmi ceux proposés. A la fin de chaque session, une interface personnelle permet de retrouver les partitions et une vidéo postée postée par le professeur permettant de revenir sur la leçon précédente.

L’élève retrouve toutes ses leçons et ses partitions au même endroit. Le but des séances : s’amuser et maîtriser une chanson en l’espace d’un mois. L’idée étant de progresser sur le long-terme par une succession d’approches court-termistes.

Les professeurs sont donc auparavant formés par Victor à la méthode Carpe Dièse. Pendant cinq semaines, ils apprennent comment donner les cours via Skype.

Mais Victor s’assure aussi qu’ils sont suffisamment bien équipés aussi bien en termes d’instruments qu’en termes de matériel informatique et de connexion internet.

Un cours de musique et une aventure culturelle

Et les cours vont bien au delà de l’apprentissage d’un instrument. L’expérience est aussi culturelle puisque le professeur est un artiste à part entière et peut faire profiter son élève de sa culture musicale.

L’étudiant peut donc découvrir son univers musical, ses influences et même voir ses clips et ses concerts.

Au delà de la création d’un lien avec un professeur, c’est une relation avec un artiste et son milieu que permet Carpe Dièse, des rencontres qui peuvent même dépasser le stade des écrans :

« Nous voulons avoir des évènements récurrents pour permettre aux gens de se rencontrer, notamment lors de la fête de la musique » raconte Léni.

Une méthode qui pourrait se décliner à l’international comme le raconte Léni, Anthony et Victor :

« Notre but final c’est d’être à l’international et de permettre à un élève de suivre un cours de guitare avec un professeur qui est à Nashville par exemple pour apprendre le blues. Le but c’est de faire rencontrer les meilleurs pédagogues avec les élèves volontaires. »

Et là encore, l’expérience personnelle est au coeur des perspectives d’avenir de la start-up :

« Quand je prenais des cours de guitare je faisais beaucoup de rock et j’aurais bien aimé suivre des cours avec des musiciens de Liverpool ou de Manchester » témoigne Léni.

Et qu’en est-il des écoles ? 

« Le principe c’est de s’amuser donc oui c’est une méthode qui pourrait fonctionner même dans un établissement scolaire. »

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