Ces petits frenchies rois de l’animation

11 janvier 2011

Le 15 décembre dernier, au festival Paris Fx, ils étaient un peu les rois de l’affiche. Florent Mounier et Malika Brahmi, les deux associés à la tête de la société de production 2d3d, installée à Angoulême, y présentaient le pilote de leur dernier film d’animation, projet mené en collaboration avec Terry Gilliam, l’un des mythiques Monthy Python.

Ils sont en effet les co-producteurs de 1884, Yesterday’s Future, long métrage d’animation, en cours de réalisation et de création, auquel l’acteur anglais a accepté d’apporter un peu de sa notoriété – le budget est en effet encore en train d’être bouclé.

Comment nos deux petits frenchies se sont-ils retrouvés là ? Ou, plutôt : qu’est-ce qui a poussé John Needham et Tim Olliv, respectivement producteur et réalisateur, à les associer à ce projet phare ? Comment se répartit le travail entre les différentes parties prenantes à la réalisation du film d’animation ? Eléments de décryptage et de making-of.

> La prise de contact

« La société de production anglaise Bankside, à l’origine du projet, avait obtenu par l’intermédiaire de Film France [qui promeut les tournages et la post-production en France ndlr] quelques noms de sociétés françaises, parmi lesquels nous figurions. De notre côté, nous avons été immédiatement séduits par le projet artistique et impressionnés par la liste des personnes qui y participaient. Et puis, le feeling est passé, et les choses se sont faites assez naturellement », raconte Florent Mounier.

Mais, au départ, Bankside recherche plus un « partenaire financier » qu’un véritable co-producteur. Ce qui n’est pas tout à fait au goût de 2d3d :

« Nous avons été plus qu’emballés par le projet, et nous ne pouvions pas nous contenter d’y participer financièrement. Le mélange des techniques que nous aimons et pratiquons était totalement adapté à ce projet. Nous les avons donc contacté pour leur faire part de notre état d’esprit », se rappelle Malika Brahmi.

Reste encore à convaincre les Anglais des capacités françaises :

« Ils sont tout de même venus à Angoulême, vérifier que nous avions les capacités matérielles, comme la manière de penser correspondant à leur vision du film. Tim Ollive a été rassuré par notre travail, sur de précédents projets. Et il est reparti confiant », raconte Florent Mounier, qui a en effet déjà associé son nom à plusieurs réalisations phares du film d’animation « à la française », comme Les triplettes de Belleville, et Astérix et les Vikings.

> Et Terry Gilliam dans tout ça ?

Pas de rencontre directe avant 2010,
mais un esprit, qui plane, tout au long du travail des deux producteurs :

« Terry Gilliam représente un état d’esprit. J’avais développé tout un imaginaire lié à ses films. Je suis un fan. J’étais évidemment très impressionné pour toutes ces raisons. Et bien sûr, sa présence dans ce projet est également intéressante pour nous en terme de notoriété. »

Une notoriété susceptible d’ouvrir de nouvelles opportunités :

« Il y a quelques mois, Terry Gilliam ne nous connaissait pas… Maintenant, il sait au moins que l’on existe … Surtout,après une expérience pareille, nous n’aurons plus peur d’aller vers de gros projets. Et c’est un bel exemple de collaboration. C’est très important dans le milieu de l’animation, où le travail vers l’international est fondamental. C’est un genre qui s’exporte beaucoup. »

> La répartition des tâches

Concrètement, le travail a été réparti selon les spécialités de chacun, d’un bord à l’autre de la Manche :

« Nous avons apporté notre connaissance de l’architecture et des paysages français pour créer des décors véritablement ressemblant. Et nous avons également adapté le scénario pour retranscrire un univers français crédible », explique Malika Brahmi.

« Tim Ollive nous a fait parvenir toutes les vidéos des marionnettes et véhicules, tournées sur fond vert en Angleterre. Nous y avons rajouté les décors, scanné le visage des acteurs pour coller leurs yeux et leurs bouches sur les marionnettes… », détaille Florent Mounier.

> Une « French touch » ?

Au-delà d’une connaissance
fine des éléments de décors, etc, y-a-t’il une vraie particularité aux films d’animations à la française ?

«  En France, il y a une manière différente d’appréhender le film d’animation. Avant tout pour des raisons financières : face à un géant comme les Etats-Unis, il faut savoir compenser le manque de moyens par davantage d’inventivité et d’originalité. Un film d’animation européen dépasse rarement les 10 millions d’euros, alors qu’un film américain tourne plutôt autour des 40 millions ! Cela nous conduit à trouver d’autres esthétiques, des concepts scénaristiques innovants…»

Et progressivement, Angoulême s’impose comme le centre névralgique du film d’animation :

« Angoulême constitue un vivier de compétences artistiques. On y trouve beaucoup d’artistes, d’écoles, de formations… tout un contexte d’accès  à la culture de la bande dessinée et de l’animation. C’est le point fort de la France : de vraies compétences graphiques et conceptuelles », affirme Malika Brahmi. [lire, à ce sujet : Angoulême dynamise la création animée]

> Pour aller plus loin :

Un Monthy Python passe à l’animation, sur RSLN

Angoulême dynamise la création animée, sur RSLN

> Visuels distribués par le festival Paris Fx

 

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