Colbert 2.0 : un logiciel peut-il sauver notre industrie ? share
back to to

Colbert 2.0 : un logiciel peut-il sauver notre industrie ?

23 juillet 2013

Les big data ont-elles le pouvoir de relocaliser l’industrie française ? C’est en tout cas l’espoir d’Arnaud Montebourg, Ministre du redressement productif qui a dévoilé lundi 22 juillet le logiciel « Colbert 2.0 », dont l’objectif est de faire prendre conscience aux entrepreneurs qu’il n’en coûte pas forcément moins cher de délocaliser son activité et qu’ils peuvent faire des économies en les réinstallant en France. Un événement qui rappelle que des données bien utilisées et bien modélisées peuvent aider à changer les comportements des acteurs de notre économie… en tordant le cou à certaines idées reçues.

De la délocalisation ratée… à la relocalisation

Vieille lune française sur la mondialisation, le spectre de la délocalisation hante les consciences de nos politiques et appuie de nombreuses actions visant à « réveiller la compétitivité française ». Bien que ce manque de compétitivité reste à prouver, et que les délocalisations n’expliquent qu’une part très minoritaire des destructions d’emplois dans l’industrie (de nombreux autres phénomènes comme la mécanisation intervenant aussi), la lutte contre les entreprises qui déménagent est pour notre Ministre du redressement productif une priorité avec sa « politique de localisation et relocalisation d’activités industrielles ». 

Dans cette idée, le logiciel « Colbert 2.0 » se positionne sur un front bien précis : surfer sur une vague de relocalisation d’entreprises déçues par la qualité et le manque de flexibilité de leurs ateliers étrangers. Comme l’a déclaré Arnaud Montebourg à l’AFP, l’objectif est de
reséduire ces entrepreneurs qui sont allés voir ailleurs, ou qui s’intéressent de près aux sirènes de destinations d’affaires réputées « low-cost » :

« Il y a déjà beaucoup d’entreprises qui ont relocalisé, beaucoup plus qu’on ne le pense. Des grands groupes, des petites entreprises. Et ne serait-ce que les faire connaître, comme démonstrateurs, comme démonstration de la pertinence de la relocalisation, c’est déjà une étape considérable ».

Localisation des achats, délais de livraison, taux de produits défectueux : un long questionnaire accessible sur le site – et testé par Libération – permet au logiciel de croiser des données que les chefs d’entreprise désireux de délocaliser ne prennent généralement pas en compte. Le logiciel rend ensuite ses conclusions pour présenter les avantages d’une relocalisation et informer les entreprises des aides dont elles pourraient bénéficier.
 

En amenant « les chefs d’entreprise à s’interroger sur les coûts cachés de leurs délocalisations antérieures », pour les inciter à « refaire leurs calculs », le ministre espère ainsi accélérer la tendance aux relocalisations. Le cabinet de conseil Sémaphores, qui a participé à la création du logiciel, a compté 107 retours depuis quatre ans, précise La Tribune – un chiffre que le Ministère aimerait bien porter à mille d’ici à 2017. Pour compléter ce dispositif, une base de données accessible aux entrepreneurs permettra d’identifier les « avantages compétitifs » de différents territoires.

Son secret ? Révéler les coûts cachés

Mis au point à la demande du Ministre par deux universitaires parisiens, El Mouhoub Mouhoud et Xavier Ragot, Colbert 2.0 se présente ainsi comme un véritable outil d’aide à la décision qui exploite l’une des vertus des données à profusion : la possibilité de révéler les coûts cachés de nos activités.

En effet, utilisées pour nous faire prendre conscience de la valeur de certaines informations les données pourraient bien nous rendre plus responsables. En extrapolant à peine le principe derrière Colbert, que ne pourrait-on pas imaginer, par exemple, si tous les acteurs économiques se mettaient à inclure dans leurs coûts de production des coûts environnementaux autrefois cachés, mais aujourd’hui révélés par les modélisations informatiques ? Les biens et services les plus respectueux de l’environnement pourraient s’avérer être les moins chers, et le système de prix, en nous incitant ainsi naturellement à des comportements plus responsables, pourrait mieux réguler la collectivité.

L’idée n’est pas seulement à la base de la création d’un marché des droits à polluer et un pilier de l’économie du développement durable. Avec elle, certains pensent très sérieusement à utiliser les Big data pour construire un énorme simulateur planétaire en temps réel. Une idée pour le prochain logiciel du Ministère ?

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email