Comment devient-on créateur de jeux vidéo ?

2 novembre 2011

La seconde édition du Paris Games Week qui s’est tenue du 21 au 25 octobre 2011 est terminée. A la différence de l’année dernière, les visiteurs ont pu participer à un forum dédié aux métiers du jeu vidéo, en plein cœur du salon.

Après entretiens avec les principales écoles du milieu, nous vous proposons quelques pistes pour se repérer dans ce parcours universitaire original, où les places font rêvées mais restent chères.

Isart Digital, Supinfogame ou l’ENJMIN, ces noms ne vous disent peut-être pas grand chose. Et pourtant, chaque année, des centaines d’étudiants frappent aux portes de ces écoles, voies rêvées vers une carrière toute tracée dans le jeu vidéo.

> Quels sont les métiers du jeu vidéo ?

Qu’il est loin le temps où la conception d’un jeu ne demandait que la volonté d’une bande de copains passionnés et acharnés. Aujourd’hui, le moindre projet requiert la collaboration de nombreux talents dans des domaines variés. Des programmeurs bien sûr, doués pour rédiger des lignes de codes, mais pas seulement. Des graphistes 2D ou 3D sont indispensables pour mener à bien la conception des visuels des jeux et leur donner une cohérence artistique. Les ingénieurs du son s’occupent eux des bruitages et des ambiances sonores, essentiels à afin de créer une bonne immersion.

Sans oublier l’un des rôles clés, celui de game designer, cet architecte qui a la charge d’inventer et de mettre en œuvre les bons concepts pour rendre le jeu à la fois ergonomique et intéressant.

> Différents parcours pour différentes écoles

Les principales écoles sur le créneau des métiers du jeu vidéo sont certes concurrentes, mais n’offrent pas pour autant le même contenu, ni la même façon de l’aborder. C’est ce qu’elles nous ont expliqué sur leurs stands respectifs.

A Paris, on trouve par exemple l’ISART Digital, où on peut entrer soit directement après le BAC, soit après deux années d’études. A l’origine, elle formait à la création de films en images de synthèse, son tournant vers le monde du jeu reste récent. Sa principale originalité : proposer des formations en alternance, ce qui permet à la fois d’engranger une solide expérience dans le milieu, tout en réduisant la facture. Cette dernière est d’ailleurs élevée pour la plupart des écoles, et oscille pour l’ISART entre six et sept mille euros par année de formation.

« Nous avons un certain nombre de nos diplômés qui s’exportent bien. Dernier exemple en date, des diplômés de la promo 2011 viennent d’être recrutés par Gameloft aux États-Unis » plaident ses étudiants.

Hors de la capitale, les formations ne manquent pas. À commencer par Angoulême, du côté de l’Ecole Nationale du Jeu et des Médias Interactifs Numériques, ou ENJMIN.

« Nous sommes largement reconnus par la profession. Quand j’y suis rentré, j’ai pu toucher à tout. Devant la multitude des orientations possibles, on te montre un coin du carré, à toi de découvrir les trois autres. » résume Colin, qui ne regrette pas ses deux ans passées là-bas.

Car l’ENJMIN recrute uniquement à BAC + 3, dans le cadre d’un master. Il faut donc s’y préparer longtemps en amont pour prétendre s’y spécialiser. Autre point important : l’école n’est pas privée, elle dépend d’une université. Il en résulte un faible coût d’inscription (environ 450 euros) et la possibilité de prétendre à des bourses d’Etat.

Le nord de la France est également bien loti avec Supinfogame, à Valenciennes. Le game design reste le cœur de la formation de l’école, même si elle s’est ouverte depuis aux autres métiers du jeu vidéo. Si, à nouveau, le prix à payer reste élevé (de cinq à sept mille euros l’année), Mathieu, issu de la dernière promotion, détaille les points forts de son établissement :

« La semaine se passe comme au lycée, c’est ce qui fait notre force, il n’y a pas une énorme coupure avec la vie d’avant. On bénéficie également d’une ambiance ‘studio’  [comme dans le monde professionnel] afin de développer nos projets toute l’année. »

> Quelques conseils pour tenter sa chance

Au-delà de leurs différences, toutes les écoles sont à la recherche des mêmes compétences. Parler anglais, voilà un quasi-indispensable pour prétendre étudier dans le jeu vidéo. Les concours d’entrée demandent également un bon niveau de culture générale.

Les jurys sont à la recherche de gens curieux et créatifs, avant même d’éventuelles connaissances techniques – tout particulièrement pour les écoles post-bac. Engranger une première expérience, comme un stage, chez un éditeur ou un développeur, constitue évidemment un plus. Mais la possession d’un « book » de ses propres expérimentations, comme la création d’un blog, d’une carte pour un jeu, de mods – c’est-à-dire des modifications d’un jeu – ou d’artworks – des dessins préparatoires – reste la meilleure preuve de sa motivation.

Loin des stéréotypes, les filles ont tout autant leurs chances que les garçons, même si ces derniers restent encore surreprésentés dans cette filière. Plus étonnant enfin, tous s’accordent à dire que la meilleure approche est d’oublier que l’on est soi-même un joueur invétéré :

« Il faut arrêter de se voir comme un joueur, mais se penser comme créateur » résume en cœur les étudiants des trois stands.

Fini le plaisir donc. Pour être bon, il faut être dans l’analyse, lire entre les lignes de codes, voir ce qui marche ou non. Devenir créateur de jeux, c’est aussi changer le regard que l’on porte sur sa passion. Un point important à savoir avant de se lancer dans l’aventure, surtout quand on sait que le taux de sélection des trois établissements est particulièrement sévère : seulement 10% à 20 % des candidatures sont acceptées.

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