Comment l’éducation à la française s’empare-t-elle du numérique ? share
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Comment l'éducation à la française s’empare-t-elle du numérique ?

Débat 23 mars 2016
Que change l’arrivée du numérique à l’école en termes d’usages pédagogiques de ces technologies ? Où en est la France en la matière ? C’était l’une des questions posées lors d’une table ronde au salon de l’éducation Educatec-Educatice le 10 mars. RSLN restitue le débat.

Depuis 2011, le secteur des « EdTech » aux Etats-Unis fait partie de ceux qui connaissent la plus forte croissance – dépassant chaque année le milliard de dollars d’investissements. Le succès de plateformes de moocs comme celle de Coursera (qui comptait en 2015 un peu plus de 13 millions d’utilisateurs répartis sur 190 pays) est d’ailleurs représentatif de cette agitation mondiale autour de l’éducation, comme le note Françoise Colaïtis, déléguée générale adjointe de Cap Digital :

« Dans ce qu’il convient d’appeler une compétition mondialisée autour des EdTech, la domination américaine sur les plateformes de moocs est évidente, même si certains acteurs français comme OpenClassRoom ont très bien réussi à tirer leur épingle du jeu .»

Pour cette experte de l’écosystème de l’innovation français, la barrière de la culture et de la langue ne suffisent plus à protéger un secteur – l’éducation – qui s’est industrialisé et internationalisé. La France a cependant une carte à jouer :

« Le nombre considérable de pays francophones – le Canada, la Belgique, la Côte d’Ivoire…– en demande de solutions éducatives représente un gisement de croissance souvent moins soupçonné par les nombreux acteurs français de la EdTech. »

Rénovation des méthodes pédagogiques, transformation des outils numériques ou encore innovation de plateformes et de contenus : beaucoup d’acteurs sont, selon elle, déjà très investis. Mais quelles nouvelles idées portent-ils pour changer « l’éducation à la française » et surtout, comment se perçoit l’innovation numérique dans le secteur ?

Allier innovation et objectif pédagogique

Pour Sylvie Marcé, présidente de Belin et du syndicat national de l’édition, le sens à porter au numérique dépend de celui qu’on lui donne au sein d’un plus vaste programme de rénovation des pédagogies :

« Toutes les technologies utilisées par le grand public rentrent à l’école tôt ou tard, comme on a pu le voir par le passé avec les cassettes audio, les CD-Rom… La vraie différence est du côté de l’objectif pédagogique au sein duquel la technologie s’inscrit, afin que l’innovation se diffuse et améliore l’efficacité des méthodes existantes. Sinon, ça s’appelle un flop. »

Dans une France qui ne tient pas la tête des classements mondiaux en matière d’éducation, le numérique est ainsi surtout perçu comme un outil pour améliorer l’efficacité des professeurs et les performances des élèves.

« Selon la Banque mondiale, l’adaptation à l’élève – que le numérique permet par un parcours beaucoup plus individualisé – est un facteur clé de l’amélioration du système. »

Une dimension « utilitariste » du numérique en France à laquelle Sami Labidi, entrepreneur, a lui aussi été confronté lors de la création de Beebac (qui compte 300 000 utilisateurs francophones) :

« On a commencé notre aventure en voyant que les apprenants étaient très demandeurs de nouveaux usages. Mais on est vite revenu sur des principes français en termes de méthodes pédagogiques, ce qui nous a permis de mettre en place des outils plus efficaces car, même avec les meilleurs outils du monde, il faut scénariser les parcours et surtout, former les enseignants. »

L’importance du terrain

Selon Sylvie Marcé, les spécificités de l’éducation numérique française se situent peut-être du côté de la tension entre grandes ambitions globales et problèmes qui ne se résolvent qu’à échelle locale :

« Au final, les méthodes d’innovation des systèmes éducatifs sont très différentes d’un pays à l’autre, mais les problèmes qu’elles soulèvent – comme l’adoption par les enseignants – sont mondiaux. En revanche, les réponses apportées sont à chaque fois locales, spécifiques au terrain car l’écosystème de l’éducation, c’est avant tout une classe, un enseignant, son programme, ses élèves… »

Pour cette éditrice qui observe que la mise en œuvre du « grand plan du manuel numérique en 2009 a démoralisé tout le monde », l’optimisme revient :

« On retourne beaucoup plus sur le terrain, avec des projets croisés à l’échelle des collectivités territoriales qui font que l’on n’a pas à rougir de services innovants qui se développent. »

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