Demain, tous des Dev rock-stars ?

6 février 2015

Dans un monde où les outils numériques révolutionnent nos usages, notre vie quotidienne comme nos pratiques professionnelles, la connaissance du code informatique constitue un atout précieux. Son enseignement est même considéré aujourd’hui comme une priorité par notre gouvernement.

Dès lors, Développeur deviendra-t-il demain le plus beau métier du monde? Tout le monde doit-il maîtriser le code ou au contraire, la connaissance du code doit-elle rester l’apanage des spécialistes ? Ce sont les questions auxquelles répondront les intervenants au débat des TechDays, mardi 10 février prochain. En attendant cet événement initié par RSLN, voici quelques clés pour comprendre.

Savoir coder : une compétence majeure des salariés de demain ?

Programmer ou être programmé, coder pour décoder le monde… avec de tels mantras, nombreux sont les experts qui expliquent qu’il faut, dès maintenant, se convertir au code pour se préparer à un monde où l’informatique prendra plus de place. C’est tout l’enjeu auquel s’appliquent à répondre nos voisins européens, du Royaume-Uni avec Year of Code à l’Estonie et ses cours de programmation pour tous, dès la primaire. C’est d’autant plus urgent, que ces nouvelles compétences relèvent désormais d’un enjeu économique capital : répondre à une pénurie de talents dans un secteur pourtant attractif, le numérique, et demain dans l’ensemble de l’économie, tant les nouvelles technologies irriguent et transforment désormais tous les métiers.

« La nouvelle économie, c’est l’économie de la multitude, nous rappellait Henri Verdier, le directeur d’Etalab. Sa principale source de valeur est l’activité créatrice de milliards d’individus créatifs, éduqués, équipés et connectés ».

Dans ce cadre, nombreux sont les observateurs qui voient dans le code un nouvel alphabet, à l’instar du CEO de GonnaBe Hank Leber :

« Aujourd’hui nous sommes dans une bataille entre ceux qui connaissent le code et ceux qui ne le connaissent pas. Et cette nouvelle alphabétisation ne réfère pas à la capacité de quelqu’un de lire et de comprendre les nouvelles technologies mais bien d’en créer. »

Demain donc, les salariés devront savoir coder. Et d’ailleurs ils ne seront peut-être plus salariés, si on en croit les penseurs qui, comme Thierry Crouzet, explorent déjà les nouveaux moyens de donner à la “multitude” la capacité d’innover.

Enseigner le code : est-ce vraiment si utile ?

Pas étonnant donc, que dans la vision du “code” tel que le véhicule la Silicon Valley, on fasse volontiers des “dev” les rock-stars du 21ème siècle. Pourtant ce métier a un revers : parce qu’il évolue sans cesse, il exige une grande agilité. Et quand quelques talents émergent et parviennent à obtenir des ponts d’or, nombre de développeurs sont victimes de formations à des langages déjà obsolètes ou ne parviennent pas à tenir le rythme des innovations. Alors, en vertu d’une tendance du numérique à polariser l’emploi aux deux extrémités de l’échelle des qualifications, les compétences de développeur ne risquent-t-elles pas d’enrichir une minorité de surdiplômés, tout en laissant sur le carreau un grand nombre de professionnels moins qualifiés ? Sous l’effet de l’idéologie parfois techno-béate de la Silicon Valley, il ne faudrait pas qu’un mauvais calibrage des formations mène à ce résultat. Et surtout pas dans un contexte de bouleversement de l’emploi sans précédent où la moitié de nos métiers pourraient avoir disparu dans 20 ans, remplacés par des machines. 

Demain, nous ne serons pas tous développeurs. Par ailleurs, certains des experts que nous avions interrogés sur le sujet tempèrent l’idée que le code serait le nouvel alphabet : depuis 40 ans il tendrait même à disparaître. « Grâce aux mécanismes d’automatisation, le codage se fera de plus en plus à travers les machines, expliquait ainsi le philosophe Bernard Stiegler. L’école n’a donc pas besoin d’enseigner ces codes – qui changent d’ailleurs bien trop souvent. Ceux que cela intéresse les apprendront… hors de l’école ». Et Dominique Piotet de résumer : « le pouvoir n’est plus au codeur et à l’expert. Il est passé à l’utilisateur, qui n’a pas besoin d’être spécialiste pour pouvoir utiliser pleinement l’outil ».

Culture(s) numérique(s)

Pour le Directeur des partenariats éducation de Microsoft France, Thierry de Vulpillières, « la majorité des acteurs plaide pour une présence de la culture numérique dans l’ensemble des disciplines ». A côté de nouvelles filières, comme le Bac “humanités numériques” que préconisait récemment le Conseil National du Numérique, la transdisciplinarité serait donc le maître-mot des démarches à entreprendre pour insuffler, au-delà de la programmation, une culture numérique dans l’éducation. C’est bien le sens des réformes proposées par François Hollande dès sa campagne en 2012 (et c’est Vincent Peillon qui nous l’expliquait alors). Aujourd’hui, Najat Vallaud-Belkacem poursuit l’entreprise avec le Grand Plan numérique pour l’école, comme elle le déclarait encore le 29 janvier dernier au micro de la CNIL :

« Nous allons mettre en place ce nouveau parcours citoyen éducatif, sur tout le long de la scolarité qui permettra aux élèves de développer leur esprit critique, leur capacité d’analyse et dont une part importante sera consacrée à la formation aux médias et au numérique. Ce sera un parcours qui traversera les disciplines« . 

Et c’est bien la direction que prend l’école depuis quelques années, à en croire l’ancien directeur scientifique adjoint de l’INRIA, Gilles Dowek, qui a mis « moins de trente lignes de code » au programme de la spécialité Informatique et Sciences du Numérique proposée en Terminale depuis 2012

« On n’enseigne pas aux collégiens ni aux lycéens à construire des centrales nucléaires, mais on leur enseigne quelques notions qui permettent d’en comprendre le fonctionnement : masse, énergie, chaleur, température, tension, intensité… C’est ce même objectif que nous devons avoir pour l’informatique ».

Pour comprendre le monde numérique, s’initier au code en s’amusant ?

Vous vous baladez dans un couloir avec un pistolet à code qui vous permet de faire exploser vos ennemis, de manipuler le monde ou de créer des nouvelles structures. Avec votre arme, vous pouvez copier du code, l’éditer ou le créer : c’est le synopsis de Project Spark, l’un de ces jeux vidéo qui vous apprend à coder. Autres exemples, le logiciel « Scratch » du MIT media lab, l’outil Kodu pour Xbox ou encore « Make your own Flappy Bird » de Code.Org, qui permet de créer sa propre version du jeu tout en apprenant à coder, comme le montre la vidéo ci-dessous.

Il faut bien sûr plus que des clics de souris pour créer un jeu vidéo, mais ces initiatives vont à rebours de l’enseignement traditionnel de lignes de codes souvent rébarbatives pour les débutants. Et c’est tant mieux, car comme nous l’expliquait Stéphanie Vincent, dont l’association organise les Kids Coding – des programmes de sensibilisation au code pour des enfants – les meilleures méthodes sont certainement celles du learning by doing (apprendre en faisant).

En sortant du langage informatique et y entrant plutôt par le jeu, peut-on apprendre à coder en un jour ? C’est l’idée véhiculée par certains évangélistes de la programmation, comme les créateurs de Decoded, un programme de cours et d’ateliers pour “apprendre à n’importe qui à coder” en quelques heures. Certains, comme Frédéric Bardeau de Simplon, en promeuvent le principe tout en recadrant l’objectif pédagogique : si ces ateliers sont utiles, ce n’est pas en vous faisant croire qu’ils feront de vous des développeurs. Car « plus que l’apprentissage du code, c’est la sensibilisation aux cultures numériques qui est importante« .

Pour aller plus loin sur ce sujet, ne manquez pas le débat “Demain, tous des Dev rock-stars ?” qui aura lieu le 10 février prochain à Paris, dans le cadre des Tech Days.

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