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Des ordinateurs pour aider les enfants dyslexiques : le pari de Denis Masson

14 janvier 2015
Tout a commencé par le projet fou d’un père de famille : un kit informatique pour surmonter un obstacle qui bloque de très nombreux enfants à l’école, la dyslexie. Trois ans plus tard, sa petite association Ordyslexie a conclu des partenariats avec des grandes entreprises (Air France, Microsoft…) pour se développer. Denis Masson nous raconte son histoire.

RSLN : Votre credo, c’est que l’ordinateur offre aux enfants dyslexiques la possibilité d’apprendre autrement. De quelle manière ?

L’ordyslexie bouleverse les habitudes de l’utilisation de l’ordinateur. Elle est diamétralement opposée à tout ce qui se faisait jusqu’à présent, et s’adapte davantage aux problématiques de l’enfant dyslexique, ou « dys ». Son principal problème, c’est le langage écrit, de la lecture à l’écriture en passant par la mise en forme… A ce sujet, l’ordinateur est un formidable outil d’aide : il lit, permet de refaire, corriger, ranger, dicter… Tout ce que le papier ne sait pas faire. Utiliser l’ordinateur pour imprimer un papier revient à se priver de ces fantastiques possibilités d’aide en temps réel. C’est pourquoi on y a renoncé.

Mais il ne s’agit pas de n’importe quel ordinateur…

C’est vrai, il s’agit d’un ordinateur de type Tablet PC à stylet accompagné d’outils spécifiques, particulièrement adaptés aux attentes de l’enfant. Ce sont d’ailleurs généralement les enfants qui nous aident à mieux comprendre ce qui leur conviendrait et qui font le succès de l’ordyslexie. Je ne suis que l’assembleur qui cherche à coller à leurs besoins sans imposer ma vision. Mon travail consiste à permettre aux enfants d’accéder à cet outil, et croyez-moi, il faut développer une énergie phénoménale pour convaincre les adultes !

En tout cas, les résultats sont là : le projet Ordyslexie a grandi très vite depuis son lancement il y a 3 ans !

Oui, au vu du succès que rencontre la formule auprès des enfants dyslexiques nous faisons un gros effort pour le diffuser. Dès les premiers mois d’utilisation avec deux enfants nous avons publié les documents nécessaires à la configuration complète de notre kit sur le site de l’Anapedys pour qu’ils soient accessibles à tous. Ainsi 10 enfants ont été équipés la première année, 100 la deuxième avec du matériel d’occasion… et plus de 1000 la troisième année, grâce à la donation et à nos partenariats. Mais il reste 200 000 enfants en souffrance et tout cela n’est qu’un début !

Votre pari, c’est donc un kit informatique clé en mains, pensé spécialement pour les enfants dys.

Oui, le but est de fournir un outil prêt à l’usage complètement configuré, prêt pour l’école. Autrement, cela ne marche pas. La partie « ordinateur » est basée sur un tablet-PC à stylet Wacom complètement configuré par les Ateliers du bocage grâce au programme AdB SolidatTech. Il comprend Windows 7 avec la plateforme Microsoft speech Platform en 6 langues, Office 2010 avec OneNote complètement configuré. Une configuration qui comprend une barre d’outil de l’écolier,l’installations de classeurs et l’intégration d’un didacticiel interactif, plus quelque utilitaires. Aux parents de rajouter le scanner, la clef USB de sauvegarde et une housse « child Proof« , avec une modification spéciale pour accueillir le scanner sans le casser.

Comment les enfants se servent-ils de cet outil ?

Plusieurs outils sont à leur disposition. L’enfant utilise toutes les astuces de OneNote, apprises grâce à un didacticiel, pour être deux à trois fois plus rapide que sur un cahier. Il a également besoin du stylet Wacom, pour colorier, surligner, remplir une carte, faire des maths, esquisser un schéma de SVT…. Il faut encore rajouter le scanner à main ou la souris-scanner et la housse cartable. Avec tout cela, nous avons un véritable cartable numérique puissant. L’enfant se l’approprie en quelques semaines, abandonne complètement le papier, retrouve le plaisir de l’école et surtout… les progrès. Il n’y a qu’à voir les témoignages recueillis, très positifs dans l’ensemble.

Mais le matériel n’est rien dans tout cela, car sans un accompagnement attentif des enfants, aucun progrès n’est possible.

Justement, Ordyslexie c’est aussi une association présente sur tout le territoire, avec une logistique bien rodée et vous êtes particulièrement bien entourés grâce à vos partenariats avec de grandes entreprises (Air France, Microsoft…). Comment en êtes-vous arrivés là ?

Après une année d’étude de la problématique des enfants dys, la rédaction d’un cahier des charges complet – à l’époque je ne connaissais pas Onenote…- et l’assemblage du kit, nous sommes entrés dans une politique de diffusion. Il nous a fallu passer au-dessus de tous les obstacles, à savoir ceux des adultes, pour équiper les enfants. Il nous fallait donc un démonstrateur prêt a l’usage, très bon marché et suffisamment doté pour évincer les peurs et craintes de nos interlocuteurs.

C’est pour cela que nous avons monté la donation. Tout notre travail a été de convaincre Air France de la faire directement aux AdB, à destination des enfants des associations. Dans ce montage chacun est dans son rôle optimal : Air France soigne son image, AdB fait de la réinsertion et du recyclage, Microsoft offre les logiciels, les associations locales font le travail humain indispensable (commande, distribution, formation, suivi, maintenance…) et l’association Ordyslexie, que je préside, s’occupe des décisions opérationnelles stratégiques à destination des enfants. Enfin, les FUSO (Familles Utilisatrices de la solution ORDYSLEXIE) fédèrent les utilisateurs et s’occupent de la logistique d’utilisation, des documents pour l’utilisation et de l’assistance aux associations.

Au final, en quelques mois nous avons formé environ 25 groupes d’utilisateurs et équipé 1400 enfants. Nous avons une véritable audience : 14 000 personnes ont lu l’article sur le site Anapedys depuis mars 2014. Pour convaincre nous ne faisons pas de grands discours vers les institutionnels, mais nous investissons le terrain avec 1400 ambassadeurs au collège et à l’école.

Et comment se passe ce travail sur le terrain ?

Nous avons plusieurs équipes, pour tous nos terrains d’action : France métropolitaine, Polynésie, Nouméa, Moscou, Belgique, entre autres. Ces équipes sont constituées d’associations locales mais aussi de quelques institutionnels et professionnels motivés, tels que des associations de DYS, d’autistes, de personnes à troubles moteurs…

Toutes les semaines, ces volontaires donnent une formation à l’université de Perpignan. Pensez donc : il y a deux semaines, un groupe de trois enfants a formé, à la fac, les enseignants d’un collège à l’usage de l’ordyslexie… c’est le monde à l’envers : des enfants de 13 ans qui font un cours à un groupe de 5 enseignants de collège sur les bancs de la fac… On adore !

A la technique et au développement, l’association ORDYSLEXIE est un groupe solide de 8 ou 9 experts au service des enfants. J’apporte la vision industrielle, due à ma formation d’ingénieur en informatique et de pilote de ligne. Un médecin spécialiste des troubles dys s’occupe de la cohérence du projet, une directrice de collège de l’usage scolaire… Un groupe de parents fortement impliqués est également présent, au service des enfants.

Enfin, nous avons l’industriel ADB qui reconditionne le matériel. L’Ordyslexie, c’est donc toute cette chaîne au service de l’outil de scolarisation de l’enfant dys, pour que tous les jours, nos enfants aient plaisir à aller à l’école en ayant une totale confiance en leur outil… Une belle aventure, donc.

Vous dites qu’il faut que cette aventure continue, car il reste 200 000 enfants Dys en souffrance. A court terme, de quoi avez-vous besoin pour développer le projet ?

Nous devons nous tourner vers le marché du neuf. Actuellement deux outils correspondent au cahier des charges : le Lenovo ThinkPad Yoga touch and pen et le Microsoft Surface 3 pro. Ce dernier a notre préférence, car il ne lui manque que la boîte, et un clavier avec trackpoint pour devenir un outil « childproof », performant et résistant… seulement la boîte, c’est si peu !

Et ensuite ? Avez-vous d’autres projets pour l’avenir ?

Il faut absolument continuer le travail d’optimisation de l’assistance au langage… Déjà fabuleux, OneNote pourrait nous apporter quelques outils supplémentaires qui révolutionneraient l’usage de l’ordinateur pour les « empêchés de lire », dont ce que nous appelons la lecture au doigt… Nous sommes aussi en contact avec Synapse, fournisseur des dictionnaires français de Microsoft, pour proposer un correcteur visuel adapté. Il nous faut aussi un dictionnaire évolutif pour remplacer le mini-traducteur. Nous voulons enfin travailler sur un concept d’accessibilité que nous appelons la sphère lexicale… Nous n’en doutons pas, ces outils sont l’avenir de l’accessibilité au langage et la lutte contre l’illettrisme. Et nous avons une grosse expérience dans ce domaine !


L’ordyslexie c’est aussi deux sites ONEDRIVE documentaires : un site d’information large sur l’ordyslexie et un site pour les utilisateurs. La porte d’entrée :
http://1drv.ms/1puyPZj

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