École numérique : bienvenue à l’école Châteaudun, à Amiens share
back to to

École numérique : bienvenue à l'école Châteaudun, à Amiens

23 avril 2010

(Reportage photo : Emmanuel Fradin)

À première vue, rien de spectaculaire, pas de design futuriste qui témoignerait d’une école à la pointe de l’innovation. L’école primaire Châteaudun, située dans un quartier populaire d’Amiens, s’abrite derrière une tranquille façade IIIe République. Pourtant, de 2007 à 2009, sous l’impulsion de Bruno Nibas, son directeur, Châteaudun a élaboré son projet d’école autour des TICE, dans le cadre du programme écoles innovantes de Microsoft [éditeur de RSLNmag.fr, NDLR].

Depuis deux ans, accompagnée entre autres par le rectorat et la mairie, qui a fourni le matériel, l’école expérimente avec sept instituteurs (dont un en classe CLIS) une pédagogie fondée sur les nouvelles technologies. [Voir le partenariat, autour de ce projet, avec l’Institut national de recherche pédagogique, au format .doc]

Dans la classe, un détail fait toute la différence. Au mur, un tableau blanc aux allures d’écran géant d’ordinateur. « C’est notre TBI ! », s’écrie Thibault, élève de 7 ans. Un tableau blanc interactif, bien sûr ! Exit le tableau vert et la craie. L’école version nouvelles technologies est équipée d’un espace numérique de travail (ENT) – une sorte d’intranet sécurisé –, de trois tableaux blancs interactifs (TBI), d’un ordinateur par enseignant, de trois vidéoprojecteurs portables nomades, et, depuis peu, de chaises équipées de tablette et de cloisons phoniques pour redistribuer l’espace.

Dans la classe de Benoît, l’enseignant des CP-CE1, un premier groupe analyse une phrase au TBI. Ce jeudi, c’est conjugaison. Sur l’écran blanc, les pastilles de couleur font ressortir, telles de petites veilleuses, les marques des terminaisons du présent de l’indicatif. Un deuxième groupe de cinq élèves est occupé à légender des photos sur l’ordinateur portable. Ils doivent décrire les photos prises par leur maître le jour de la galette des rois. Derrière eux, des élèves attendent leur tour pendant que l’instituteur termine sa leçon de conjugaison au TBI, et d’autres font des pages d’écriture. Ce qui crée un joyeux mouvement dans la classe, où chacun se parle et s’entraide.

Un aspect ludique plébiscité

L’introduction de ces outils a servi de levier pour créer de nouvelles pratiques pédagogiques, « notamment dans la conduite de classe, car ils développent l’autonomie de l’élève, analyse Bruno Nibas. Il faut accepter que l’élève puisse apprendre tout seul. De fait, il est plus actif et plus acteur. » Le succès que rencontrent ces outils est en grande partie dû à leur aspect ludique, plébiscité par les élèves. Ainsi, pour Marie, 6 ans, « dans cette classe, on joue et on travaille en même temps ».

Mais la frontière est claire : « Derrière le jeu, nous veillons à ce qu’il y ait toujours un apprentissage », prévient le directeur. Corollaire de cette évolution, c’est aussi le rapport de l’élève à l’enseignant qui a changé. « Désormais, le maître n’est plus dans la position dominante ; la pédagogie frontale vole en éclats. Son rôle est ailleurs, il devient médiateur, impulseur, et recentre les débats. Nous avons trouvé de nouvelles organisations de travail, en favorisant les ateliers par groupes de 10 à 12 élèves. »

Dans ces classes où les élèves se saisissent aussi spontanément d’une souris que d’un manuel, la trace écrite reste cependant un repère essentiel. Cet après-midi de janvier, la consigne est claire : la classe de CM1-CM2 doit produire un document pour lancer une action de solidarité au sein de l’école. La page réalisée sera mise en ligne dans quelques jours sur l’ENT de l’école. L’espace numérique de travail est devenu central dans la vie scolaire de Châteaudun car il sert de lien entre tous ses acteurs. Les parents peuvent venir s’y informer des activités de l’école et de la classe de leur enfant ; les élèves ou les classes, débattre dans un forum ; les enseignants, compléter et enrichir ce qui a été abordé en classe…

Une aide pour les élèves en difficulté

L’instituteur de CM2 a développé sa méthode d’apprentissage sur un nouveau rythme. Il organise un plan de travail sur trois semaines, à raison de deux séances hebdomadaires de quarante-cinq minutes afin d’évaluer le niveau de compétences du socle commun de chacun de ses élèves. Des groupes de compétences sont ainsi constitués, avec un élève référent sur l’exercice. Un travail collaboratif s’engage alors. À l’issue du cycle, le maître demande à l’élève de montrer, à travers la « preuve numérique » de son choix (diaporama, fichier image ou texte, vidéo didacticielle), la compétence qu’il est censé avoir acquise. « Ces outils nous ont permis de prendre en compte l’hétérogénéité des élèves », conclut Bruno Nibas. Les résultats ? Plus qu’encourageants.

Mais, prudent, le directeur attend d’avoir le retour d’expérience sur plusieurs années pour juger réellement des apports des TICE. Pour les élèves en difficulté aussi, les TICE sont des outils de progression. « La répétition d’exercices est bien mieux acceptée par l’élève en échec scolaire, lorsque la demande émane de l’ordinateur, explique Bruno Nibas. Dans les cas où le passage de l’oral à l’écrit est problématique, certains logiciels s’avèrent très utiles. » L’écolier peut, par exemple, commenter oralement un diaporama avant d’en écrire le texte, une fois mis en confiance.

A la tête de la CLIS, Élodie, quant à elle, utilise les TICE pour travailler l’élocution avec ses douze élèves handicapés cognitifs. « Pour ces enfants, il est très important de pouvoir s’écouter pour progresser. Ils utilisent des logiciels comme Dspeech et Audacity. »


À l’heure des bilans, quels enseignements tirer de ces nouveaux outils ? Pour les enseignants, pas question de retourner à des méthodes classiques. « Pour ma part, explique Benoît, j’ai totalement intégré l’utilisation de TICE dans ma pratique. De la préparation à l’évaluation, en passant par la transmission du savoir. Ce n’est pas une matière en soi, mais des techniques appliquées de manière transversale à toutes les disciplines. » Il ne s’agit pas, disent-ils, de se lancer dans le tout-numérique, au risque de s’y enfermer. Ils souhaitent simplement continuer à intégrer les outils technologiques aux divers stades de l’apprentissage.

Pour les trois années à venir, le projet d’école vise l’amélioration du « dire-lire-écrire » et le développement de la gestion des données numériques. « Finalement, remarque Bruno Nibas, avec l’arrivée des nouvelles technologies à l’école, nous mettons en oeuvre les méthodes du pédagogue Freinet [Célestin Freinet, né en 1896 et mort en 1966] qui prônait déjà l’expression libre des enfants, le travail coopératif entre élèves et enseignants. Comme chez Freinet, il y a contrat entre l’enseignant et l’élève sur l’utilisation des outils. » Un hommage de l’ère numérique à une pédagogie née au début du xxe siècle.

16h20, avant de partir, dernier coup d’oeil sur les rayonnages de la bibliothèque : un livre de Victor Hugo côtoie le manuel d’utilisation d’un ordinateur. Une image de l’avenir, synthèse entre histoire et modernité ?

> Pour aller plus loin :

– Notre débat : Eduquer au numérique : comment on fait ?

– Reportage : Innover à l’école : un voyage à la New Line Learning Federation, à Maidstone

– Tous nos articles sur l’éducation au numérique

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email