EdTech WorldTour : un tour du monde de l’innovation pédagogique share
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EdTech WorldTour : un tour du monde de l'innovation pédagogique

Décryptage 22 juillet 2016
À la fin de leurs études, Audrey Jarre et Svenia Busson ont entrepris un tour du monde des innovations du secteur éducatif. L’occasion pour elles de s’inspirer des initiatives observées à travers plus de dix pays et de situer la France au sein du vaste paysage de ce qu’on appelle l’EdTech. À l’occasion du Festival Futur en Seine, elles sont revenues sur leur expérience. RSLN y était.
Deux étudiantes ont observé les pratiques pédagogiques innovantes dans plus de 10 pays. Restitution.

 « Jamais on ne pourra ubériser l’éducation » lâchent d’emblée Audrey Jarre et Svenia Busson. Après avoir lancé en 2012 leur projet « EdTechWorldTour » sur une plateforme de crowdfunding, ces deux anciennes élèves d’HEC ont voulu, par-delà les discours tech-enthousiastes et la « hype » marketing, restituer leur vision de l’innovation du secteur éducatif mondial.

Un voyage d’un an restitué sur un site, des réseaux sociaux et diverses prises de paroles médiatiques plus tard, les deux jeunes femmes présentent avec conviction les enseignements d’une année de voyages et de rencontres lors du festival Futur en Seine :

« Oui, il est possible d’entreprendre dans l’éducation, y compris en France. Et cela même si l’on y considère toujours que l’éducation est nimbée d’une sorte d’aura sacrée qui empêcherait d’y toucher ! »

Et pour prouver qu’il est possible d’entreprendre du côté de l’EdTech, nul besoin d’aller au plus innovant d’un point de vue technologique ou encore de miser sur la « totale disruption » des systèmes (bien) établis :

« L’éducation pose toujours des problématiques très locales, et les solutions qui marchent le mieux sont celles qui comprennent bien ces enjeux – comme le fait que dans certains pays, on ne possède qu’un mobile à la maison et pas d’ordinateurs par exemple. Rien n’empêche de s’inspirer de ces initiatives en France. »

Les micro-schools de Salman Kahn aux Etats-Unis ou l’école ultra-tech

Au sein de la Khanlab School (du célèbre Salman Khan, fondateur de la Khan Academy, mondialement connue pour ses moocs), en Californie, chaque élève a son propre espace, son ordinateur portable et rejoint ses camarades pour les travaux de groupe. Jusqu’ici rien de si étonnant, si ce n’est que l’intégralité du programme est suivie de près par … un algorithme. En coulisses, des ingénieurs étudient les déplacements des enfants, leurs interactions et leurs progrès afin de proposer ensuite un parcours personnalisé à chacun.

« Les parents ont conscience que leurs enfants sont observés comme des rats de laboratoire, mais se disent que c’est en quelque sorte “pour la bonne cause », explique Audrey Jarre. Une bonne cause dont la facture s’avère salée : plus de 20 000 dollars par an, et ce dès l’école primaire.

Mais ce n’est pas tant ce modèle éducatif privé et ultra-tech qui intéresse Audrey Jarre, qui entrevoit plutôt ce qu’une « informatisation » du parcours de l’élève permet. Les ingénieurs placent leurs découvertes sous licence ouverte, afin que chaque professeur puisse ensuite utiliser les algorithmes de suivi de l’élève et développer de nouvelles applications, n’importe où dans le monde.

« Il y a une peur de la personnalisation ou de “ l’adaptative learning“, et elle peut être légitime, dans le sens où certains paris forts peuvent fixer voire enfermer des enfants toutes leurs vies. Mais il est possible d’avoir une approche éthique sur ces questions, sans rester dans une crispation quant aux risques des algorithmes. »

> Ailleurs dans le monde : Sydney Center for Innovative Learning, une école privée où le taux d’équipements des élèves va de pair avec une très forte implication technologique des professeurs, qui développent eux-mêmes leurs applications pour enseigner.

L’EdTech sans la tech : le cas de Vahan, en Inde

Bien loin des problématiques ultra high-tech qui guident le parcours des élèves californiens des micro-schools, les élèves indiens font face à une extrême pauvreté des infrastructures éducatives et technologiques, ainsi qu’à l’absentéisme d‘environ d’un quart des professeurs. Dans ces conditions compliquées, l’entreprise Vahan a fait le choix délibéré du low-tech afin de rencontrer son public.

Welcome to #Bangalore

Une vidéo publiée par Edtech World Tour (@edtechworldtour) le

Le modèle repose sur une pratique courante en Inde, le « missed call », permettant ainsi d’offrir un service d’apprentissage de l’anglais à faible coût : l’utilisateur étant rappelé par la société, il ne paie pas les frais de communication. À l’autre bout du fil, le professeur de langue peut écouter les enregistrements des élèves et analyser la courbe d’apprentissage de chacun. Le système a déjà fait ses preuves lors de sessions de 12 semaines auprès de 65 élèves défavorisés.

> Ailleurs dans le monde : En Afrique du Sud, l’utilisation de l’application Whatsapp sert à pallier l’absence d’équipements des élèves sud-africains en ordinateurs, et à leur proposer des leçons et exercices durant les longs trajets qui les mènent à l’école.

Les Manaiakanali Schools en Nouvelle-Zélande ou la pédagogie créative et solidaire

À Aukland, les Manaiakanali Schools se localisent dans les quartiers défavorisés et misent beaucoup sur un outil pourtant coûteux : l’ordinateur portable. Pour que les élèves issus des milieux pauvres puissent y avoir accès, l’école organise chaque année une levée de fond et propose aux familles de verses 3 dollars par semaine pour que l’outil finisse par leur appartenir.

Côté pédagogie, l’école s’inspire beaucoup de Ken Robinson, célèbre (entre autres) pour son TedTalk où il affirme que l’école tue la créativité. Au lieu d’avoir des contrôles de connaissances assis autour de tables, les élèves des Manaiakanali Schools sont donc au contraire invités à se déplacer avec (ou sans) leurs ordinateurs, à créer des choses et notamment, à bricoler au sein d’un maker space.

« C’est toute une pédagogie qui est en fait repensée, précise Svenia Busson. Pour une leçon d’histoire par exemple, les élèves ont révisé leur chapitre sur Nelson Mandela en créant une chanson, qu’ils ont ensuite mise en scène dans un clip filmé par leurs soins. Et ce sont les enfants les plus heureux que l’on ait vu de tout notre tour du monde. »

> Ailleurs dans le monde : Au Chili, Open Green Road propose une solution à l’un des problèmes structurels du pays : alors que le bac y joue un rôle déterminant, un gouffre sépare les élèves des secteurs publics et privés face à l’examen en termes d’accès aux connaissances. En les diffusant sur une plateforme gratuite, à forte dimension virale (notamment grâce à des vidéos), Open Green Road tenter de combler l’écart en s’adaptant aux usages existant.

* Pour retrouver l’intégralité de l’EdTech World Tour et des innovations de l’EdTech, direction le blog d’Audrey Jarre et de Svenia Busson.

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