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Educatec : faire de l’élève un créateur-producteur dans la société du numérique

28 novembre 2014

Du 26 au 28 novembre dernier se tenait au Parc des Expositions de Paris le salon de l’éducation Educatec-Educatice. L’occasion de rappeler l’importance de se familiariser aux outils numériques dans le cadre scolaire et les enjeux soulevés par l’introduction de telles technologies.

Ponctué de conférences destinées à aborder les liens entre numérique et éducation sous tous rapports, le Salon hébergeait notamment un débat axé sur « L’élève créateur-producteur dans la société du numérique – De nouvelles opportunités à maîtriser ». Il était animé par Blandine Raoul-Réa, de la Direction du numérique pour l’éducation au Ministère de l’Education nationale.

Le numérique pour une expression créatrice

Social TV, smartphones, sites web… Notre époque est faite d’une profusion d’informations, induite par les outils numériques. Un contexte auquel les jeunes sont familiarisés et dans lequel ils développent des usages quotidiens. Comment remettre en œuvre de telles activités dans un cadre scolaire, afin de les aiguiller vers une pratique raisonnée et consciente du numérique ? C’était l’un des principaux questionnements de la conférence.

L’un des arguments régulièrement avancés en faveur du numérique à l’école ? Les nouveaux usages qu’il crée, bénéfiques à la créativité des élèves.

« L’intégration du numérique dans l’enceinte scolaire n’a pas forcément pour premier effet de rendre l’élève créateur », explique Adeline Collin. « Tout cela est le fruit d’un travail sur le long terme, pour ne pas cantonner l’élève au statut d’exécutant, généralement ennuyeux ».

Inspectrice de l’Education nationale, A. Collin s’est intéressée aux expérimentations autour de la pédagogie inversée, vecteur de création et de production chez des élèves rendus « acteurs et actifs ». Les raisons de cette mobilisation sont à chercher du côté de la taxonomie de Bloom, vieillissante bien que continuellement revisitée, qui fait office de base de l’apprentissage pour la plupart des enseignants en activité. Une taxonomie qui place la création en fin de parcours, au stade d’étape finale de l’apprentissage. L’inversement de cette taxonomie, et donc la considération de la création comme première étape pour l’élève, amène à une mobilisation de nouvelles compétences. 

« Au quotidien, les enseignants restent au sous-sol de la taxonomie de Bloom », regrette-t-elle.

Une erreur selon elle, connaissant les bénéfices de la créativité sur l’implication des élèves.

« La créativité, c’est du plaisir d’apprendre. »

Professeur de musique dans une classe de 3e de Créteil, Virginie Soulier mène un projet sonore mené autour d’Audacity, logiciel libre d’enregistrement et de montage audio, par lequel elle sensibilise ses élèves aux enjeux esthétiques et humains d’une œuvre artistique.

Adepte de Steve Reich, compositeur américain de musique contemporaine, elle a encouragé ses élèves à créer un fichier son à la manière de sa principale œuvre musicale, Different Trains, afin que ces derniers puissent toucher du doigt et s’approprier ce qu’est l’interprétation.

Pour ce faire, les instructions étaient claires : rechercher en salle info ou en salle de cours trois témoignages d’une crise, à partir de leur date de naissance, avant d’en faire un compte-rendu par le biais d’un discours chronologique enregistré. A ce texte étaient ajoutés des sons, assimilables à la musique répétitive de Steve Reich. Le résultat final, associant toutes les voix autour du thème commun du 11 septembre, s’avère non seulement intéressant d’un point de vue esthétique mais également pédagogique.

«  Parmi les élèves impliqués, l’un était très bon, et un autre en difficulté, voire en échec scolaire. Son implication dans le projet et l’influence bénéfique du bon élève lui ont, entre autres, donné l’envie de se mettre aux langues étrangères et de développer son écoute », note Virginie Soulier.

Une façon comme une autre d’acquérir un langage et des compétences réutilisables hors champs scolaire, et d’affiner l’esprit critique par une écoute collective des productions finales.

Utiliser des outils numériques pour produire du numérique en retour

Alors que les usages numériques font partie intégrante du quotidien des adolescents, Karine Aillerie, chargée d’expérimentation et de veille à l’Université de Poitiers, rappelle l’existence d’une « culture de la chambre », qui désigne la valeur prise par cette pièce dans la vie des jeunes générations, successivement espace de jeu puis d’expression et d’autonomisation. Des usages parfois qualifiés de buissonniers, aux caractéristiques le plus souvent informelles totalement opposées aux exigences scolaires, mais qui peuvent être réinvestis dans une optique créative et instructive.

« L’opposition école/ maison est fausse et dangereuse. Il faut atténuer le fossé entre ces deux contextes différents dans les usages numériques », note Karine Aillerie, en s’appuyant sur l’emblématique des usages juvéniles de Facebook.

Avec un argument pragmatique : la sociabilité des adolescents, exportée sur les réseaux sociaux, ne peut pourtant perdurer sans les liens sociaux préexistant à l’école, les réelles interactions enregistrées sur les réseaux s’effectuant entre des personnes se connaissant mutuellement hors ligne.

Malgré la familiarisation aux outils digitaux, à nuancer toutefois, les jeunes ne méritant pas forcément toujours le qualificatif d’ « hyperconnectés » qu’on leur attribue si souvent, les membres de la « génération Z » manquent encore de méthodes pour rechercher du contenu sur Internet et ne pas se contenter d’un lèche-vitrines virtuel. Une brèche dans laquelle l’école peut trouver sa place, en travaillant sur l’hétérogénéité des usages individuels. 

Autonomie, créativité, adaptation aux rythmes personnels… Si ces arguments reviennent constamment pour vanter la « scolarisation » d’outils numériques, on oublie souvent un élément nécessaire de la démarche : aider les élèves à prendre un véritable recul critique sur leur manipulation d’outils numériques au quotidien – une démarche que vise également l’instauration à l’école de cours d’apprentissage du code et de la littératie numériques. De quoi donner aux élèves un coup de pouce pour mieux comprendre le monde qui les entoure et décrypter les informations dont ils sont assaillis.

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