Enseignants et élèves peuvent-ils entretenir une correspondance sur internet ? share
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Enseignants et élèves peuvent-ils entretenir une correspondance sur internet ?

23 août 2011
Enseignants et élèves peuvent-ils entretenir une correspondance privée en utilisant les nouvelles technologies ? Au Missouri, une association regroupant 44.000 professeurs des écoles publiques de l’Etat est entrée en guerre contre une loi leur interdisant l’ « usage de sites non-initialiement conçus pour une utilisation non-liée au travail » (sic) avec leurs élèves.
 
L’affaire débute au mois de juillet 2011, avec la signature, par le gouverneur du Missouri, Jay Nixon, de l’Amy Hestir Student Protection Act. Cette loi fédérale entend mieux protéger les élèves d’éventuels comportements déviants de leur professeurs, y compris en ligne  – elle porte d’ailleurs le nom d’une femme de 40 ans qui, au mois de février 2008, a témoigné devant le Sénat du Missouri, racontant en détails la relation qu’elle a entretenue, à l’âge de 13 ans, avec l’un de ses enseignants.
 
Son volet  « numérique » tient en une série de trois dispositions très courtes, mais très restrictives : la section  160.069 du texte interdit tout simplement aux professeurs des écoles publiques d’échanger des messages privés avec leurs élèves, que ce soit par mail, via les espaces de tchats ou encore sur les réseaux sociaux. Cette interdiction vaut également pour leurs anciens élèves encore mineurs.
 
Voici, au format PDF, les quelques lignes décrivant cette disposition :
 
 
 Les professeurs du Missouri, visés par ce texte, protestent, et soulèvent des oppositions de deux registres : 
 
  • Des protestations juridiques, d’abord : 

« Ce texte très vague et plus important, nous pensons qu’il viole certains droits constitutionnels des professeurs », s’agace Todd Fuller, l’un porte-parole de l’association des professeurs publics. Les professeurs visés par la loi invoquent le sacro-saint Premier amendement qui garantit la liberté de parole à tous les citoyens américains – notamment à cause du flou des définitions proposées. 

  • Des protestations pédagogiques, ensuite :

« Les [enseignants] ont utilisé, et continuent à utiliser, des sites non-directement créés à des fins éducatives, comme des points de contact avec leurs élèves. A la fois dans des situations d’urgence, mais également à des fins pédagogiques et quotidiennes, et notamment lorsqu’un élève a des difficultés pour un travail, ou dans le cas d’intimidations ou de pressions qu’ils subissent à l’école ».

Voilà, c’est écrit noir sur blanc, dans le recours que l’association des professeurs du Missouri a déposé, rédigé par leur avocat David J. Moe : les enseignants peuvent très bien utiliser des sites de réseaux sociaux – et pas seulement ! – pour entretenir de nouvelles relations avec leurs élèves. Avec une prise de parole éventuellement moins contrainte que dans le cadre d’une relation maître-élève traditionnelle.

« Le problème de ce texte, c’est qu’il revient à tuer un moustique avec une masse énorme », résume de son côté l’avocat Bob Buckley, dans une tribune publiée sur le site examiner.net, qui se conclut sur un pronostique sévère : 

« Cette loi sera contestée, des recours seront déposés, elle sera invalidée, et l’Etat fédéral dépensera énormément d’argent en grais de procédures … autant d’argent qu’il n’a pourtant pas. Pourquoi ? »

edit, 29 août :  Les étudiants du Missouri ont donc obtenu … un report de l’entrée en vigueur de cette disposition.

Dans le texte de la décision (PDF), rendue le 24 août par un tribunal d’Etat, on peut notamment lire cet argument de fond : 

« La Cour a constaté, d’après les éléments présentés, que les réseaux sociaux sont utilisés de manière extensive à des fins pédagogiques. Il s’agit souvent du premier, sinon du seul, moyen de communication entre [des professeurs] et leurs élèves.  »

Affaire à suivre.

> Pour aller plus loin : 

– Notre dossier : Bienvenue à l’école du futur
– Notre dossier : Enfants du net, comment les protéger ?

(Photo : Emmanuel Fradin, à l’école Châteaudun, à Amiens)

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