Entrepreneuriat social : une crèche pour sortir les enfants handicapés de l’isolement share
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Entrepreneuriat social : une crèche pour sortir les enfants handicapés de l'isolement

9 juin 2015

Favoriser l’entrepreneuriat chez les jeunes principalement issus des quartiers, telle est l’ambition de l’association Yump. En accompagnant les porteurs de projet dans la mise en œuvre, l’association forme les entrepreneurs en herbe à la réalité qui les attend : recherche de partenariats, de financements, pitcher et défendre son projet… Autant de compétences à assimiler en un temps très court, grâce à un réseau de partenaires de l’association, parmi lesquels Microsoft.

Rencontre avec l’un de ces porteurs de projet, Lala Gbegle-bi, 32 ans, qui souhaite se lancer dans l’économie sociale et solidaire avec la création d’une crèche accueillant notamment les enfants handicapés.

RSLN : Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Lala Gbegle-bi : Je monte une crèche, « les Petites Graines », qui se veut responsable face à l’environnement naturel mais aussi social. Avec ma compagne et notre partenaire Eden Baby Park (spécialisé dans la construction et gestion de crèches), nous nous sommes posé deux questions : quelle planète voulons-nous laisser à nos enfants, et quels enfants voulons-nous pour notre planète.

Autour de ça, on a décidé de créer des crèches souples, qui proposent des horaires aménagés pour les parents et surtout une haute qualité éducative et environnementale. Pour y arriver, la mixité est essentielle, notamment en accueillant des enfants en situation de handicap, trop souvent exclus des structures d’accueil collectif.

Comment est né ce projet ?

Il est venu de ma propre expérience : nous avons eu une fille il y a un peu plus de trois ans, et nous avons été confrontés aux réelles difficultés pour la faire garder. Alors que nous nous retrouvions sans solution, on a pu bénéficier d’une place en crèche privée via l’entreprise de ma compagne. Nous avons pu tous les deux conserver nos activités professionnelles.

Si nous étions confrontés à cette situation, d’autres parents devaient l’être aussi. J’ai fait une petite étude de marché, qui est restée dans un coin de ma tête pendant deux-trois ans, et en décembre 2014, j’ai quitté mon emploi au sein d’un cabinet d’expertise-comptable pour me lancer.

J’avais envie de créer une activité en phase avec mes valeurs, à savoir apporter quelque chose à la société. Le handicap est un des enjeux de demain. J’ai la chance de ne pas y être confronté directement, mais j’ai pu l’être par différents biais : lorsque je discute avec les parents d’enfants handicapés, je note avant tout un isolement, un manque de solution, alors que les problématiques ne sont pas si éloignées que ça : un enfant entre 0 et 3 ans est un être peu mobile ou autonome, qu’il soit handicapé ou pas.

Comment avez-vous eu connaissance de l’association Yump ?

J’ai lu un article dans un magazine l’an dernier. Je ne les ai pas contactés à ce moment-là, mais après avoir quitté mon emploi : je suis allé à un salon du jeune entrepreneur et j’y ai rencontré une personne de Yump chargée du recrutement. Le début de leur formation commençait deux mois plus tard, ce qui correspondait parfaitement en termes de timing. J’ai eu la chance de les recroiser au bon moment dans l’avancement de mon projet.

Je me suis donc inscrit à la formation. Il y a eu quelques étapes de sélection, où il fallait par exemple défendre son idée devant des partenaires de Yump. Avec cette formation, cela nous a permis de passer de l’idée au projet, et maintenant du projet à l’entreprise, à quelque chose de concret.

Qu’avez-vous appris ou découvert pendant cette formation ?

La première chose, et cela fait finalement écho à mon projet, c’est de rompre l’isolement dans la mesure où on s’accompagne entre yumpeurs. Le fait de ne pas être tout seul est beaucoup plus motivant lorsque l’on a une petite baisse de régime ou d’envie.

Le contenu de la formation est axé sur le lean start-up, fondé sur l’agilité, les expérimentations. Vu mon précédent emploi et ma formation, je suis assez au courant de ce qui se rapporte à la création d’entreprise, et on y avait une vision qui ne correspond plus à la réactivité nécessaire d’aujourd’hui. C’est dans ce sens-là que la formation Yump a été très enrichissante, car elle nous a appris une nouvelle façon de penser, ainsi qu’une structuration du projet en un temps court.

Autre point important : le réseau. Yump bénéficie d’un réseau conséquent de partenaires. J’ai ainsi pu visiter des crèches au Danemark qui ont d’autres visions sur le sujet.

Enfin, si la formation dure 6 mois, on a encore la possibilité d’un suivi pendant 5 ans. On peut solliciter Yump si l’on a des besoins, comme par exemple la recherche de compétences dans leur réseau.

Quelles difficultés avez-vous déjà rencontrées ou identifiées dans votre projet ?

D’un point de vue organisationnel, déjà : on a beau se faire a minima un « plan de bataille », l’engouement fait que l’on peut avoir tendance à se dissiper. La formation Yump est utile pour ça, en nous apprenant ce qui est important et ce qui est urgent, et à traiter surtout l’important.

D’un point de vue technique, je commence ma recherche de local, et je suis confronté à la difficulté qui est qu’il me faut 300 à 350 m² avec un jardin, ce qui est une perle assez rare. L’accompagnement dont je bénéficie me permet d’avoir des éléments de réponse : pourquoi ne pas acheter du terrain au lieu de louer, par exemple. Ou encore des questions sur le financement : est-ce que je fais appel à un investisseur dès le début comme amorçage, ou plus tard en relais de croissance ?

Est-ce que vous avez l’impression que la création d’entreprise est suffisamment aidée aujourd’hui en France ?

Yump nous encourage à persévérer dans nos projets. On entend pourtant souvent en France que le climat est très difficile pour monter une boîte et en vivre. On nous rabâche que la fiscalité est monstrueuse. Mais créer une entreprise, c’est avant tout une expérience, une aventure. Si je prends 10 de mes amis, au moins 7 ou 8 ont envie de créer quelque chose ou de participer d’une manière ou d’une autre à la création d’entreprise.

On a l’impression que c’est compliqué, mais énormément de choses sont faites. Peut-être faudrait-il davantage communiquer dessus pour que cela semble plus accessible à tous.

Sur la question de l’entrepreneuriat social, avez-vous le sentiment qu’il y a une vrai tendance de fond ?

Absolument ! Tous les jours on a des échos d’une entreprise ou d’un projet qui se monte autour de ça. Tout tourne autour de l’économie sociale et solidaire, qui est un vrai secteur porteur, qui plus est chez les jeunes, je pense. Cela a trait à des valeurs de partage et de « mieux vivre », plutôt que de « plus vivre ».

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