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Entrepreneurs : de vos échecs naîtront vos succès ! - FailCon Grenoble

3 février 2015

« Si vous n’échouez pas de temps à autre, c’est signe que vous ne faites rien de très innovant ». Ainsi Woody Allen définissait-il son rapport à l’échec, thème-clé de la conférence « Fail Conference », surnommée « FailCon », qui s’est tenue à Grenoble le 29 janvier. Objectif de ce rassemblement : l’échec étant source d’apprentissage et inhérent à tout parcours entrepreneurial, il ne doit plus être tabou mais, au contraire, se voir valorisé. Chercheurs, professeurs, entrepreneurs ou encore sportifs de haut niveau étaient rassemblés à cette occasion pour témoigner : leurs « erreurs » ont été des moteurs – positifs – dans leurs parcours professionnels exemplaires.

Lancée à San Francisco, la FailCon a été introduite pour la première fois en France par Roxanne Varza en 2011 et se développe dans notre pays – manifestement, le thème y est particulièrement porteur. Après Paris, Toulouse et Grenoble, son concept pourrait bientôt séduire Lyon, Montpellier ou Strasbourg. A mi-chemin entre dédramatisation de l’échec et conseils avisés de « role models », cette conférence a vu ses intervenants lever le voile sur leurs échecs passés, autour de keynotes et tables rondes. 

Sans échec, pas d’innovation

En ligne de mire des interventions : changer nos mentalités et apprendre à considérer l’échec comme une ressource créative.

En entretien d’évaluation, la fondatrice de Mylittleparis, Fany Péchiodat, incite les candidat(e)s à lui faire part du nombre d’échecs constatés au fil de leurs parcours. Ceci non pas par sadisme mais parce qu’elle est persuadée d’une chose : ces échecs constituent la preuve d’une sortie de la fameuse « zone de confort », d’une recherche de performance et d’une forme d’audace : des qualités particulièrement appréciées par les entreprises aujourd’hui.

« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again, fail again, fail better » – Samuel Beckett

Sans ténacité, les aspirateurs Dyson n’auraient pas existé. La théorie de l’évolution non plus 

Miguel Aubouy, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure, discerne quant à lui trois étapes clés pour innover : se poser la bonne question, trouver la bonne idée, transformer cette idée en objet. Parmi elles, la transformation de l’idée en objet est la plus fascinante mais aussi la plus difficile pour les entreprises que ce docteur ès-physique théorique se charge d’accompagner au quotidien. Or, cette étape finale est celle nécessite le plus de courage et de ténacité – un trait de caractère bien difficile à enseigner. 

C’est au cours de cette étape de transformation de l’idée en objet que James Dyson a été amené à établir 5127 prototypes de son aspirateur sans sac avant de parvenir à un résultat à la hauteur de ses attentes, c’est également sur cette étape cruciale du processus d’innovation que Darwin a passé, sans jamais renoncer, les 18 ans ayant séparé sa première intuition (la non immuabilité des espèces) et l’élaboration de sa théorie de l’évolution. 

Apprendre à rebondir après un échec, l’une des vocations de l’éducation ?

Comment les systèmes éducatifs peuvent-ils éviter de sanctionner l’échec et le revaloriser ? Comment inculquer l’audace, le courage et la capacité de résilience à des élèves ? La question était sur toutes les lèvres et ne trouve pas de réponse évidente.

En attendant que de tels enseignements se développent, il existe la  possibilité de bénéficier des conseils avisés d’entrepreneurs chevronnés. A ce titre, Xavier Wartelle, CEO du French Tech Hub (qui soutient les entrepreneurs français dans leur lancement au sein de la Silicon Valley), souhaite leur éviter de reproduire certaines erreurs bien connues. Parmi les plus fréquentes : le fait de sous-estimer les différences inhérentes à un territoire particulier et le temps d’immersion nécessaire à en comprendre les principaux enjeux, une tendance à confier le développement d’une filiale américaine à un débutant de type V.I.E, la volonté d’investir tous azimuts sans établir de choix stratégiques clairs, ne pas accorder assez d’importance au marketing et au positionnement, considérer qu’il est plus aisé d’investir aux Etats-Unis qu’en France (le « rêve américain » fait toujours son effet…), ou encore venir sur place avec un budget insuffisant en tentant d’être rentable trop rapidement.

Reculer (à temps) pour mieux sauter !

Apprendre à renoncer avant qu’il ne soit trop tard : l’une des qualités supplémentaires dont doivent disposer les entrepreneurs, selon Martin Génot, ancien directeur de Photobox et coprésident du fonds d’entrepreneuriat Network Finances. Entrepreneur aguerri, ce quinquagénaire a cofondé une dizaine d’entreprises, dont Inspirational Stores, partenaire stratégique des marques pour un e-commerce efficace… qui reste probablement son échec le plus cuisant. 

Après une levée de fonds de 10 millions d’euros auprès d’Atlas et d’OTC en septembre 2008, son usine de e-commerce pour grandes marques (Ladurée, Antic Batic…) n’a pas résisté bien longtemps à une faille dans son business model… Mais cette erreur valait la peine d’être faite : elle a été rattrapée par le rachat de Motoblouz, pure player destiné à la vente d’équipement moto, dont la valeur est passée de 5 à 30 millions d’euros. 

De quoi faire dire à Martin Génot que, malgré la difficulté de reconnaître à temps que l’on s’est trompé, savoir réagir en temps voulu est une preuve d’agilité, une qualité particulièrement reconnue dans les grands groupes qui s’adonnent notamment au « test & learn ».

« Le succès consiste à aller d’échec en échec sans jamais perdre son enthousiasme » Winston Churchill

Mettre fin à l’escalade d’engagement : un choix que Sylvain Géron a lui aussi du oser faire. Fondateur en 2000 du premier opérateur ADSL en France, Mangoosta, l’entrepreneur a dû mettre fin à son projet très prometteur au départ (2/3 du marché de l’ADSL à ses débuts, marché qui s’est par la suite effondré), pour mieux se lancer par la suite dans la création de Polyconseil. Avec une obsession pour leitmotiv : rebondir sans cesse sur de nouveaux projets.

Et Olivier Mathiot, CEO de PriceMinister et co-président de France Digitale, de rappeler que l’échec peut servir une politique d’ajustement… vers le succès. Criteo, champion français, a par exemple réalisé 6 modèles économiques différents avant d’atteindre sa valorisation actuelle de 30 M de dollars. En cas de problème majeur, cet ancien étudiant d’HEC préconise de s’intéresser surtout à la composante humaine du projet – une composante qui est bien souvent une source importante de « fails »…

Organisé en à peine trois mois par une équipe dirigée par Blandine Rageade, étudiante de Grenoble École de Management (GEM), la « FailCon » aide les entrepreneurs à prendre du recul sur leurs propres expériences et à en tirer des leçons. C’est alors un message très positif qui passe, et qui doit particulièrement être entendu en France : de vos échecs naîtront vos succès. 

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