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Les perspectives du livre numérique en 2014 avec Hadrien Gardeur, co-fondateur de Feedbooks

10 janvier 2014


Entre le développement de l’auto-édition, des bibliothèques nationales qui numérisent leurs collections et de nouvelles formes d’écriture, le livre se mue et se diversifie avec les possibilités ouvertes par le numérique. 

Ingénieur de formation et co-fondateur de la librairie numérique Feedbooks, Hadrien Gardeur est aussi très impliqué dans les questions de standardisation et les enjeux autour d’un écosystème ouvert pour le livre numérique. RSLN a discuté avec ce professionnel du livre numérique dans l’objectif de vous faire découvrir les offres et les enjeux de ce secteur en 2014. 

> Qu’est ce que Feedbooks ? Comment votre activité s’articule t-elle dans l’écosystème de l’édition et le livre numérique ? 

Feedbooks est une librairie numérique internationale (nous distribuons des titres dans cinq langues et dans le monde entier). Notre rôle est donc d’aider les lecteurs à trouver leur prochaine lecture et pouvoir le lire facilement. Nous avons toute une équipe dédiée à cette médiation, et nous sommes très présents sur périphériques mobiles via une intégration directe dans des applications de lecture.

 

> Quels sont selon vous les enjeux importants aujourd’hui dans le domaine du livre numérique ? 

Le livre est un objet très complexe : quand on parle d’un roman, d’une BD ou d’un livre pratique, ce sont en fait des interactions et des contenus totalement différents. Un enjeu majeur sera d’adapter les contenus et les expériences de lecture à cette diversité (et non s’en tenir à de la lecture continue comme c’est majoritairement le cas actuellement).

Un autre enjeu pour 2014 en France, sera de développer le livre numérique dans le contexte de la lecture publique, que ce soit via les bibliothèques municipales, départementales ou universitaires. L’accès à la culture, et au livre en particulier, est une question clé de la société, et les collectivités ont un rôle primordial à jouer dans ce cadre.

 > Est-ce que vous voyez des possibilités pour que l’industrie du livre numérique fleurisse tout en maintenant la bonne santé des librairies de quartier ? 

C’est une question complexe, à laquelle on peut avoir tendance à répondre uniquement en légiférant. En tant que médiateur, le libraire a un rôle à jouer dans l’industrie du livre numérique, mais il y a de nombreux problèmes à résoudre pour y arriver. Beaucoup d’innovations techniques se font d’abord dans un cadre fermé et contrôlé – pour que chacun trouve sa place. Dans l’écosystème du livre numérique, il faudra rendre les usages le plus fluides possibles tout en gardant cette diversité.

> Quel doit-être la place du gouvernement dans tout ca ? Réglementation, optimisation…

La France a été proactive sur ces questions, notamment en étendant la loi Lang (prix unique du livre) au livre numérique ou en alignant le taux de TVA sur celui du livre (contre l’avis de la Commission Européenne qui considère le livre numérique comme étant un service). L’ouverture d’une offre auprès des collectivités va aussi permettre à nos instances politiques de « voter avec leur porte-monnaie », en favorisant potentiellement des offres plus ouvertes et standardisés. 

> Vous avez créé Feedbooks à un très jeune âge. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours pour fonder cette start-up en France et l’évolution du projet ?

Nous avons fondé Feedbooks directement en sortant de notre cursus d’ingénieur, c’était même notre projet de fin d’études. Vu que nous sommes arrivés sur un marché encore balbutiant, il nous a fallu être très patients et accompagner le marché au fur et à mesure (arrivée d’abord des liseuses, puis des smartphones et enfin des tablettes, les trois appareils qui ont fait exploser les usages autour du livre numérique).

Je pense que la meilleure décision que nous ayons prise a été de nous impliquer fortement auprès de l’inter-profession et des organismes de standardisation. Il est primordial pour nous de travailler aux côtés d’autres acteurs du monde de l’édition, et non seulement au sein d’une sphère « tech ». En tant que Français, on peut aussi être un peu apeuré à l’idée de travailler avec des anglo-saxons sur des enjeux technologiques majeurs, et je pense que c’est une erreur à ne pas faire. L’écosystème numérique en France a vraiment évolué dans le bon sens ces dernières années et il y a maintenant de plus en plus de structures et d’événements pour accompagner les start-ups en France. 

> La France est un pays historiquement connu pour la littérature. Est-ce qu’elle peut maintenir cette importance dans l’ère numérique ? 

J’aurais tendance à penser que le numérique favorise justement la diffusion des oeuvres. Pas besoin d’avoir des entrepôts et des camions pour envoyer des livres numériques, pas de retour et de pilon non plus. Reste la barrière de la langue et des éléments contractuels qui bloquent encore trop souvent la pleine diffusion des livres francophones à l’international.
C’est une question culturelle plus globale, qui ne s’arrête pas au livre. J’ai souvent l’impression que la France est un excellent « récepteur », nous accueillons des artistes du monde entier les bras ouverts, et cette curiosité, cette ouverture à l’autre est une force que nous devrions mieux exploiter.

> Vous travaillez actuellement sur la question du prêt des livres numériques dans les bibliothèques municipales. Pouvez-vous nous en dire davantage ? 

L’offre grand public se développe depuis maintenant plusieurs années en France, mais très peu de titres étaient jusqu’à présent disponibles auprès des collectivités. Le projet PNB (Prêt Numérique en Bibliothèque), porté par Dilicom (un acteur interprofessionnel) va permettre de rendre disponible le catalogue de grandes maisons comme Gallimard/Flammarion, La Martinière, Actes Sud ou Editis.

> Quelle sera l’expérience pour le public de ces bibliothèques ? 

De la même manière dont on peut emprunter des livres auprès de sa bibliothèque, il sera aussi possible d’emprunter des livres numériques. La plus grosse différence bien sûr, c’est qu’il sera possible d’emprunter des livres n’importe quel jour, à n’importe quelle heure et sans avoir besoin de se rendre à la bibliothèque.

> Comment le livre numérique pourrait-il, à votre avis, s’intégrer dans les salles de classe pour améliorer l’expérience d’apprentissage ? 

C’est une question très complexe, notamment étant donné les besoins spécifiques à l’éducation (la double page comme unité pédagogique, le taux d’équipement ou encore les questions techniques sur les formats pour ne citer que quelques points).
Le livre numérique devra forcément s’inclure dans une politique plus large liée au numérique dans l’éducation, pour trouver sa place comme support pédagogiques.
On pense forcément à toutes les possibilités en terme d’interactions entre les élèves et les professeurs, d’annotations ou encore les enrichissements interactifs et multimédias. 

> Pour finir, pourriez-vous nous conseiller un livre ?

Rien de mieux qu’un peu de science fiction pour parler des enjeux du numérique et des technologies en général à l’échelle d’une société !  Je conseille la lecture des ouvrages de Milad Doueihi, en particulier Pour un humanisme numérique, il fait un formidable travail sur la question d’une culture du numérique.

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