Éric Besson : « Il est impératif de sensibiliser les parents, en particulier dans les populations les plus fragiles » share
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Éric Besson : « Il est impératif de sensibiliser les parents, en particulier dans les populations les plus fragiles »

6 septembre 2008

(photo : Eric Besson, par Adders, licence CC)

RSLN : Vous avez été nommé en mars 2008 secrétaire d’État au développement de l’économie numérique. Quelle est votre mission et quels sont vos principaux axes de travail ?

Éric Besson : Ma mission est simple et ambitieuse : faire de la France une puissance numérique, à l’égale des économies les plus dynamiques de notre planète. Je veux développer le numérique partout et pour tous. C’est tout l’objet du Plan de développement de l’économie numérique à l’horizon 2012 que j’ai remis au Premier ministre cet été.

RSLN : Quand avez–vous découvert Internet ? Quel usage, professionnel et personnel, en faites-vous ?

Éric Besson : Je me suis intéressé à Internet dans les années 90, quand ce phénomène s’est accéléré aux États–Unis. Très rapidement, les nouvelles technologies ont fait partie de mon environnement professionnel. À la maison, au même moment, je découvrais en famille les joies de la connexion bas débit par modem téléphonique, cette époque où il fallait patienter de longues secondes pour se connecter. Aujourd’hui, les choses ont bien évolué.

Je ne suis pas pour autant devenu un « geek » : j’utilise le web principalement pour communiquer, rechercher des informations, organiser mes voyages en famille, ou acheter à distance des produits que je n’ai pas le temps de me procurer. Un usage très classique en somme.

RSLN : Quel regard portez-vous sur cette génération de jeunes nés dans le numérique, que les Anglo-saxons appellent les « digital natives » ? Avez-vous le sentiment qu’ils évoluent dans un monde vraiment différent de celui dans lequel nous avons grandi ?

Éric Besson : Il suffit d’observer le comportement de cette « génération numérique » pour s’en rendre compte, et je le constate tous les jours avec mes propres enfants : ils communiquent chaque soir par messagerie instantanée et organisent leur vie sociale à travers les sites de réseaux sociaux. À l’évidence, les outils, les usages ne sont pas les mêmes dans cette génération et dans la nôtre.

Trois autres choses me frappent aussi : ils consomment plus de médias que la moyenne, et je reste surpris par leur capacité à faire plusieurs choses en même temps. Par ailleurs, j’observe comme une forme de schizophrénie dans leur comportement : d’un côté, un fort individualisme, un besoin immense de personnalisation (« ma sonnerie de portable », « mon fond d’écran », « mon ordinateur »…), de l’autre, un fort sentiment d’appartenance à une communauté, à une tribu, qui se retrouve sur le Net, par la messagerie instantanée, les réseaux sociaux, les blogs.

RSLN : Les familles françaises sont-elles égales devant les risques d’Internet ?

Éric Besson : À l’évidence, non. Le niveau d’information, d’encadrement et d’éducation sur les nouvelles technologies n’est pas le même. Une étude menée sur 9 600 collégiens a par ailleurs mis en évidence des comportements à risque de la part des parents : présence d’un ordinateur dans la chambre des enfants pour 46 % d’entre eux, téléchargement de vidéos à la demande des parents pour 25 %, alors que le téléchargement est l’une des premières sources d’exposition à des contenus choquants. Il est impératif de sensibiliser les parents, en particulier dans les populations les plus fragiles, pour limiter ces risques.

RSLN : Vous êtes également maire de Donzère dans la Drôme. En tant qu’élu local, avez–vous déjà été confronté à ce type de problématique ?

Éric Besson : Naturellement, la question des risques liés aux nouvelles technologies se pose dans une ville comme Donzère. Mais le vrai problème d’un jeune dans une commune populaire comme la mienne, c’est de ne pas avoir accès à Internet. Être privé d’ordinateur aujourd’hui, c’est être privé d’accès à l’information, à la culture, à l’éducation, aux services publics. C’est être exposé à un risque accru de marginalisation. Il est essentiel de réduire la fracture numérique.

RSLN : La France vous paraît-elle en retard ou, au contraire, en avance sur ce sujet par rapport aux autres puissances numériques ?

Éric Besson : La France est très présente sur les questions de sensibilisation et de pédagogie. La délégation aux Usages de l’Internet, avec laquelle je travaille, a multiplié depuis sa création en 2003 les initiatives dans ce domaine (Opération « Internet accompagné », passeport Internet multimédia, etc.). La protection des mineurs contre les risques de l’Internet est aussi l’une de ses actions prioritaires et a conduit notamment à la création du site www.mineurs.fr.

Le gouvernement français a été précurseur et réunit en outre régulièrement les fournisseurs d’accès à Internet (FAI), les industriels du secteur et les associations de protection de l’enfance dans le cadre d’un comité de suivi « Protection de l’enfant sur Internet », présidé par ma collègue Nadine Morano, secrétaire d’état à la Famille. Là encore, notre ambition est de trouver le bon équilibre entre la promotion d’Internet, de ses potentialités, et une sensibilisation nécessaire aux risques qui menacent en particulier les publics jeunes.

RSLN : Plus largement, quelle place envisagez-vous pour le décryptage du média Internet à l’école ? Pensez–vous par exemple qu’il faille renforcer le niveau de compétence requis par le brevet informatique et Internet (B2I) ?

Éric Besson : Les enfants ont une formidable capacité à découvrir le web par eux-mêmes. Il est indispensable qu’on les mette en contact avec ce média le plus tôt possible. Mais, parallèlement, ils ont besoin d’être accompagnés et qu’on les aide à développer leur esprit critique. C’est en effet, vous le soulignez, l’un des objectifs du brevet informatique et Internet (B2I), qui atteste de la capacité de l’élève à utiliser avec pertinence les outils multimédias.

L’objectif de 100 % des élèves sortant de l’école primaire titulaires de l’attestation « B2I école » et celui consistant à faire du « B2I collège » une condition à l’obtention du brevet des collèges vont, à cet égard, dans le bon sens. Dans le cadre des Assises du numérique, j’ai par ailleurs proposé d’ajouter une troisième brique, en intégrant un module « usage de l’Internet » dans le programme d’éducation civique.

RSLN : Des développements au niveau européen sont–ils en cours dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne ?

Éric Besson : Plusieurs initiatives européennes sont en effet en cours. Une conférence ministérielle portant sur la « e–Inclusion » sera notamment organisée dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, à Vienne, les 30 novembre, 1er et 2 décembre 2008.

RSLN : Vous êtes père de trois enfants. L’usage d’Internet fait-il l’objet d’un dialogue familial ?

Éric Besson : Oui, bien sûr. Le Net, ses dangers, ses limites, mais aussi ses potentialités, font partie de nos discussions familiales, d’autant plus souvent aujourd’hui du fait de mes responsabilités. Avec nos enfants, nous avons toujours fait le pari du dialogue et de la responsabilité, et jusqu’ici, nous n’avons pas eu à le regretter.

En revanche, dès la petite enfance, nous avons instauré des règles simples : le temps passé devant l’ensemble des outils (télévision, Internet, jeux vidéo, console) devait être « globalement raisonnable » et inférieur à celui consacré aux devoirs et à la lecture. Les règles ont été très vite entérinées et elles font partie d’un patrimoine commun qu’il n’est plus nécessaire de rappeler. Je n’en tire pas de leçons excessives : mon épouse est professeur et, en dépit de sa carrière, consacre énormément de temps à l’éducation de nos enfants. Tous les enfants de France ne bénéficient pas de ce privilège.

ÉRIC BESSON EN QUELQUES DATES

• 1958 : naissance à Marrakech, au Maroc
• 1995 : devient maire de Donzère, dans la Drôme
• 1997 : devient député sous l’étiquette du Parti socialiste
• 2005 : secrétaire national à l’économie chargé de l’économie et de la fiscalité au pôle activités du Parti socialiste
• 2007 : secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques
• Mars 2008 : Éric Besson prend également la responsabilité du développement de l’économie numérique.

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "Enfants du net : comment les protéger ?"

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