Faire travailler ensemble des jeunes de bac-5 à bac+5 grâce au service civique : entretien avec Marie Trellu-Kane, d’Unis-Cité share
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Faire travailler ensemble des jeunes de bac-5 à bac+5 grâce au service civique : entretien avec Marie Trellu-Kane, d'Unis-Cité

9 mars 2015

Unis-Cité a 20 ans. Et fête ce soir cet anniversaire entouré de ses 2000 volontaires, en présence notamment du Président de la République, François Hollande. Retour avec Marie Trellu-Kane, co-fondatrice, sur ce pari audacieux et réussi. 

RSLN : L’association Unis Cité a maintenant un peu plus de vingt ans. Imaginiez-vous une telle longévité ? Comment l’expliquez-vous ?

Marie Trellu-Kane : Le chemin parcouru en 20 ans par l’association Unis-Cité est énorme. Nous avons commencé avec 24 jeunes en Ile-de-France et seuls quelques acteurs croyaient à l’époque en notre projet. Nous n’imaginions pas que notre association inspirerait un jour un projet de loi et une politique publique et que nous accueillerions 12 500 jeunes en 20 ans ! Cependant nous en rêvions déjà et notre ambition était bien celle-ci. Unis-Cité s’est inspirée de l’association américaine City Year créée en 1980, qui a elle-même posé les jalons d’Americacorps, le service civil américain lancé par Bill Clinton au tout début des années 1990. A l’instar de City Year, notre ambition était à la fois de permettre à des jeunes de consacrer une période de leur vie à la collectivité, et de pousser pour que ce volontariat puisse dépasser notre association et devienne accessible à tous les jeunes en France.

L’association a connu des périodes difficiles ; si nous sommes toujours là et que nous avons pu grandir, c’est à force de persévérance mais aussi grâce aux nombreux soutiens et amis de l’association – des partenaires privés, des politiques, des personnes impliquées personnellement … – et qui n’ont cessé de croire dans le projet et nous ont aidés à le porter jusqu’à maintenant.

A l’heure des réseaux sociaux, dont on entend qu’ils seraient « facilitateurs d’échanges », pourquoi défendez-vous toujours la rencontre via un service civique et… physique ?

Nous sommes convaincus que la rencontre peut permettre de dépasser ses préjugés et que la connaissance de l’autre contribue au bien vivre-ensemble. C’est la raison pour laquelle nous organisons un service civique en équipe, avec pour principe de rechercher la diversité des profils de jeunes. Nous faisons travailler ensemble des jeunes de bac-5 à bac+5 qui ne se seraient probablement jamais côtoyés sans cette expérience de service civique, nous leur offrons de vivre une véritable expérience de mixité sociale.

Les réseaux sociaux ouvrent des espaces d’échanges et de rencontres nouveaux, cependant ils doivent rester complémentaires à la rencontre physique et ne pourront jamais la remplacer.

Quelles innovations liées à la « révolution numérique » avez-vous été amenés à mettre en place ?

C’est avant tout dans la façon de communiquer avec les jeunes que notre association a pu saisir l’opportunité des nouvelles technologies. L’engagement en service civique est volontaire et la première étape est donc de donner envie aux jeunes de s’engager. Nous communiquons tant que possible via les réseaux sociaux et internet dans cette optique ; Microsoft nous offre d’ailleurs depuis quelques années des bannières sur Skype et MSN pour nous soutenir dans notre communication de recrutement au mois de juin ! Nous utilisons également les réseaux sociaux pour faire passer des messages aux jeunes engagés et les inviter à suivre l’actualité d’Unis-Cité.

La nouveauté cette année est que nous lançons le réseau des anciens d’Unis-Cité, notamment grâce au soutien de Microsoft qui a accompagné l’association dans la prise en main de l’outil Yammer, un réseau social qui nous permettra d’animer la communauté des volontaires et anciens volontaires.

Parmi les projets portés par les jeunes dans leur service civique, le numérique occupe-t-il une part importante ? Avez-vous constaté une progression de l’usage des outils numériques dans les projets au fil des années ?

La lutte contre la fracture numérique fait partie des missions que nous avons développées ces dernières années, auprès des personnes âgées isolées par exemple : les volontaires organisent des temps de découverte des NTIC et accompagnent ces personnes individuellement dans la prise en main d’outils NTIC selon leurs envies (apprendre à écrire un mail ou un sms à ses petits-enfants, rechercher ses chansons préférées sur Internet, partager son récit de vie sur le web…). Les NTIC permettent une ouverture sur le monde et la volonté est de permettre à ces personnes de se sentir intégrées dans ce monde, et non plus à côté. La fracture numérique touche aussi les personnes les plus défavorisées et des volontaires d’Unis-Cité accompagnent également des primo-arrivants dans leurs démarches administratives sur Internet pour qu’elles puissent accéder à leurs droits par exemple.

On observe le succès d’initiatives comme Simplon.co, l’Ecole 42, la croissance des communautés d’entraide en ligne pour se former seul aux métiers du numérique… Le numérique a-t-il selon vous changé la donne en matière d’égalité des chances ?

Avec Internet et les outils collaboratifs, de nombreux contenus pédagogiques sont devenus accessibles à tous. Cela contribue sans aucun doute à l’égalité des chances.

En même temps, ce qui change vraiment la donne, c’est la volonté de rendre accessibles des contenus. C’est là qu’un projet comme Simplon.co prend tout son sens : Simplon.co fait le choix de s’adresser en priorité à des jeunes éloignés de l’emploi, et s’adapte à ce public dans les modalités de formation. C’est une démarche formidable dans un contexte où de nombreux jeunes sont au chômage alors que les besoins dans les métiers numériques sont en forte augmentation.

Votre association a participé à Imagine Cup afin de conseiller et d’encourager des jeunes désirant se lancer dans l’entrepreneuriat « civique » via des apps. Diriez-vous que le numérique rend plus facile/plus visible l’aboutissement d’initiatives citoyennes pour qui sait un peu coder ?

Oui sans aucun doute. Le numérique peut donner naissance à des innovations solidaires, il offre des solutions nouvelles à des problématiques sociales et sociétales. Et il permet d’autre part de relayer de façon plus efficace des campagnes solidaires pour sensibiliser les populations, collecter des fonds, se faire connaitre… J’ai été très impressionnée par la qualité des projets des jeunes compétiteurs et étonnée par les solutions que certains avaient imaginées, cela est très prometteur.

Effectuez-vous un suivi des jeunes une fois leur service civique terminé ? Dans quelle mesure le service civique favorise l’employabilité des jeunes ?​ Auriez-vous des chiffres à nous communiquer ?

Nous réalisons chaque année une étude d’impact avec la sociologue Valérie Becquet pour en savoir plus sur le profil des jeunes que nous accueillons et suivre leur parcours après leur service civique. Les jeunes remplissent ainsi un questionnaire à leur entrée en service civique, un second à l’issue, puis un troisième 6 mois et 18 mois après leur service.

Sur la promotion en cours, 40% des jeunes que nous accueillons sont niveau infra-bac ; 38% sont titulaires d’un bac et 22% titulaires d’un diplôme post-Bac. 27% sont originaires des quartiers dits « politique de la ville ».

Quant à la promotion précédente, qui a donc conclu son service il y a 6 mois, nous voyons une évolution très significative : 54% des jeunes sont en changement de situation favorable (reprise d’un parcours de formation abandonné, emploi trouvé dans le domaine choisi…) et 28% sont en continuité de situation (reprise de formation ou d’emploi). 40% de jeunes menaient une activité bénévole avant leur Service Civique, et 82% déclarent avoir envie de continuer une activité bénévole après leur Service Civique.

Ce travail d’évaluation de l’impact est primordial pour nous assurer de la qualité de l’accompagnement que nous proposons aux jeunes, mais également pour mesurer l’impact des actions menées par les jeunes auprès des publics bénéficiaires. L’association aimerait d’ailleurs ouvrir prochainement un chantier numérique et outiller toute l’association de tablettes numériques pour faciliter ce travail d’évaluation en le dématérialisant. Ce sera peut-être la prochaine innovation numérique de l’association !

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