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François Taddéi : « Avec le numérique, les élèves deviennent co-auteurs des solutions de demain »

Entretien 1 juillet 2015
François Taddéi, biologiste et directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI), était l’invité le 26 juin dernier de la Hello Tomorrow Conference qui réunit plus de 2000 innovateurs, entrepreneurs, investisseurs et journalistes. RSLN a rencontré ce spécialiste reconnu de l’innovation éducative et des questions d’apprentissage numérique.

Les technologies représentent-elles une opportunité pour l’éducation du plus grand nombre ?

François Taddéi : Aucun doute ! Le numérique permet d’accéder à beaucoup plus d’informations qu’auparavant et à échanger avec beaucoup plus de personnes. Concernant plus spécifiquement l’éducation, les technologies nous font passer de la posture de « récepteur » à celle d’« auteur » ou de « co-constructeur ».

Concrètement, qu’est-ce que le numérique apporte à l’éducation ?

Prenons l’exemple de l’imprimerie : c’est quelque chose de complètement centralisé. Quelques personnes écrivent un livre, qui sera édité, et tout le monde aura exactement le même ouvrage entre les mains.

Sur Internet, il est possible de faire autant de variantes du programme d’histoire, ou de n’importe quelle autre matière, qu’il peut y avoir de contributeurs.

L’exemple probant est celui des jeunes qui quittent le système scolaire (school dropout). Le programme Transapi invite par exemple des jeunes qui ont décroché du système éducatif à créer le cours qu’ils auraient aimé avoir comme élèves, y compris sous format numérique. Ce cours est ensuite partagé sur Internet et d’autres enfants peuvent alors apprendre à partir d’un cours qui a été co-designé par des professeurs innovants et des élèves qui ont joué le jeu.

L’outil numérique renforce donc l’autonomie des élèves ? 

C’est une évidence : le numérique leur permet de ne plus être dépendants du professeur comme source de savoir ou du livre comme source de connaissances.

Cela ne signifie pas que le professeur et le livre n’ont plus de rôle, mais cela leur permet de diversifier les manières dont ils peuvent aborder un problème, de s’autonomiser dans l’apprentissage.

S’autonomiser dans l’apprentissage nécessite donc de nouvelles méthodes plus adaptées à la société numérique…

En lieu et place de méthodes qui sont très top-down, descendantes et centralisées où l’élève note tout ce que le professeur dit et réécrit le cours, il faut instituer des méthodes plus horizontales.

L’imprimerie avait déjà rendu cela un peu obsolète et c’est encore plus vrai aujourd’hui avec le numérique. Le professeur peut catalyser le collectif d’enfants qui explore un sujet. Et cela leur permet de passer de consommateurs passifs de connaissances produites avant à co-auteurs des solutions de demain.

Les enfants qui font des choses originales, qui racontent ce qu’ils font, donnent envie à d’autres enfants de faire eux-mêmes des choses originales et d’aller encore plus loin.

Selon vous, quel rôle l’Etat doit-il jouer dans cette évolution ?

Le rôle que l’Etat ne remplit pas aujourd’hui mais qu’il pourrait remplir est typiquement de faire de la recherche et  développement sur ces sujets. Aujourd’hui, le ministère de l’Education Nationale n’a pas de vrai budget de recherche et développement. Il faut un budget de R&D car il ne faut pas que ce soit seulement des entreprises privées qui investissent autour de ces questions.

Le rôle de l’Etat est de s’assurer que les innovations les plus intéressantes sont publiques et mises à la disposition de tous les enseignants et de tous les élèves. En France, mais aussi dans les pays désireux de collaborer avec la France sur ces questions,  par exemple les pays de la francophonie ou auprès de nos partenaires européens.

Avez-vous déjà participé au développement de programmes accordant une large place au numérique ?

Avec le CRI, nous avons développé un programme, les « Savanturiers« , dans lequel nous avons des enfants-chercheurs qui peuvent développer leurs propres projets et questionnements en collaboration avec de jeunes chercheurs.

Le numérique n’est pas une obligation au sein de ce programme mais nous encourageons ses usages. Par exemple, quelques classes sont présentes sur Twitter, ce qui permet aux enfants de progresser plus rapidement en lecture, en écriture et dans la capacité à être concis dans leurs idées.

Nous sommes également en train de former des professeurs à utiliser ce type de méthodes dans leurs classes. Enfin, nous formons des étudiants de niveau Licence, Master et doctorat à contribuer à réinventer le système éducatif. Le Master EDTECH proposé par le CRI, va dans cette direction.

Le développement et la démocratisation des technologies participent-ils à renforcer l’égalité des chances ?

Ne nous leurrons pas : la technologie peut autant réduire qu’aggraver les inégalités.

Si, par exemple, les meilleurs cours en ligne sont payants, les inégalités vont s’aggraver. En revanche, si les contenus sont ouverts, cela peut participer à une réduction des inégalités.

L’enjeu de société est de s’assurer que nous sommes dans une politique de l’« ouverture » et du partage. La connaissance est par essence un bien public. La connaissance à l’heure du numérique doit l’être également.

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