Tim Bell : « Dans la classe, le numérique ne peut pas remplacer les relations » share
back to to

Tim Bell : "Dans la classe, le numérique ne peut pas remplacer les relations"

15 octobre 2014

Tim Bell, professeur en Sciences de l’Informatique à l’université de Canterbury, en Nouvelle-Zélande intervient ce mercredi 15 octobre à la journée e-education de la SDBX4 organisée par la Ville de Bordeaux. Auteur de nombreuses publications, Tim Bell est également concepteur d’un programme d’enseignement de l’informatique à l’attention des élèves de l’école primaire. L’équipe de la SDBX4 l’a rencontré pour découvrir son univers avant le rendez-vous du 15 octobre. Interview.

SDBX4 : Bonjour Tim, nous assistons à une véritable explosion des outils numériques et des progrès dans les systèmes interactifs. D’après vous, l’enseignement aujourd’hui doit-il se « digitaliser » ?

Tim Bell : Je ne vois pas de grandes distinctions entre l’apprentissage par le digital et l’enseignement traditionnel. Aujourd’hui, toute notre vie est partagée entre faire des choses par le biais d’outils numériques et les faire en personne. Il faut donc choisir la bonne approche en fonction de chaque situation.

Si je veux parler à des amis qui se trouvent dans la même pièce que moi, je leur parle ; s’ils sont dans une autre ville, j’utilise la communication digitale. Je ne choisis pas la communication digitale parce que c’est « l’avenir », mais parce que cela me permet de communiquer avec mes amis. De même, pour la pédagogie vous devez vous demander ce que vous voulez enseigner et en déduire quels sont les meilleurs outils pour le faire : plutôt digital, plutôt physique ou un mélange des deux. Les étudiants ont besoin de concret, d’expériences tangibles, nous devons donc faire attention à trouver un équilibre. 

SDBX4 : Vous intervenez sur la thématique du « coding ». En France, on parle de plus en plus d’encourager l’apprentissage du code dès le plus jeune âge. Vous avez vous même conçu un programme d’enseignement à l’informatique pour les très jeunes. Comprenez-vous les réticences de certains ? Que pensez-vous des débats qui ont lieu un peu partout à ce sujet dans le monde ? Mais finalement qu’entend-on par le coding ? Quels en sont les enjeux pour affronter l’avenir ?

Tim Bell : De nombreux programmes et clubs proposent d’enseigner le code aux jeunes enfants, mais nous devons être clair avec ce que nous entendons par « coding ». Les élèves peuvent avoir des expériences intéressantes à travers certains langages comme Scratch, avec lequel ils apprennent quelques idées fondamentales. Mais créer un logiciel ne se réduit pas au simple fait de coder. On dit que l’informatique est à la programmation ce que les télescopes sont à l’astronomie. Coder est important mais ce n’est pas l’objectif final, ce n’est qu’une petite partie des sciences de l’informatique. Notre objectif est d’ouvrir l’esprit des étudiants aux grandes idées de l’informatique et pas seulement à son fonctionnement. De plus, coder doit être approprié à l’âge de l’élève : la nécessité d’abstraction et la maturité mathématique requise pour un langage informatique doit en effet correspondre au niveau d’apprentissage de chaque l’élève.

SDBX4 : Lors du teaser de la Semaine Digitale, Bernard Ourghanlian, de Microsoft, a indiqué que « il faut coder pour décoder le monde », qu’en pensez-vous ?

Tim Bell : Comprendre les fondamentaux de n’importe quelle discipline des sciences et des technologies nous aide à prendre de meilleures décisions. Certains jeunes adultes ont des opinions très arrétées concernant les changements climatiques, les modifications génétiques ou la force nucléaire mais sans connaissances scientifiques, ils ne peuvent s’appuyer que sur l’opinion d’autres personnes pour se faire leur propre avis. C’est la même chose avec l’informatique : nos lois, notre confidentialité, notre sécurité, même notre profession sont très dépendants des systèmes numériques. Et avoir une compréhension éclairée de ce qu’il se passe nous permet de prendre de meilleures décisions plutôt que de simplement accepter ce qu’on nous donne.

SDBX4 : Dans une interview récente pour la Semaine Digitale, Emmanuel Davidenkoff, expert de l’éducation, a martelé le message suivant : « le numérique ne supprimera pas les enseignants ! ». Il dit aussi « La machine ne remplacera jamais l’envie d’apprendre ». Est-ce aussi votre avis ? Comment rassurer les parents et les enseignants ?

Tim Bell : Apprendre est une expérience sociale basée sur les relations avec les autres. Les outils numériques peuvent nous aider à améliorer ces relations (et aussi les endommager si nous les utilisons mal). Mais les outils ne peuvent pas remplacer les relations. La pédagogie et l’apprentaissage doivent être portées par des enseignants bien équipés (matériellement), qui accordent une vraie valeur à leur relation avec leurs apprennants et qui souhaitent ce qu’il y a de mieux pour eux.

Pour en savoir plus, c’est par ici, à la journée e-education de la Semaine Digitale de Bordeaux.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email