« La République numérique prend ses quartiers » : le gouvernement mise sur la mobilisation citoyenne share
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"La République numérique prend ses quartiers" : le gouvernement mise sur la mobilisation citoyenne

6 mars 2015

La « fabrique sociale de codeurs » Simplon fait partie des formations retenues et prochainement labellisées par le gouvernement pour accélérer l’apprentissage du code en France. Une décision qui s’inscrit dans l’ambition affichée du président François Hollande d’un « grand plan numérique à l’Ecole » ainsi que dans un contexte de mesures très attendues pour renforcer l’unité nationale après les attentats de janvier. 

Discussion avec Frédéric Bardeau, fondateur et président de Simplon, de ce nouvel élan donné aux initiatives citoyennes;

En 2014, le journal le Monde était allé à la rencontre des « simploniens », ces jeunes autrefois mis à l’écart et réinsérés grâce à une formation expresse au code. Séduits par l’esprit de la jeune association, les journalistes n’avaient pourtant pas manqué de souligner que celle-ci n’était encore qu’une « goutte d’eau dans l’océan d’ignorance de l’informatique, dans la masse de ceux qui voudraient mais ne peuvent pas l’apprendre ». Une situation dont Frédéric Bardeau, fondateur et président de Simplon, se souvient bien :

« Nous avons commencé il y a 18 mois notre initiative autonome, hors cadre. C’est la région Ile de France qui nous a donné notre première subvention puis Orange et Microsoft qui ont participé à notre stabilisation financière et à notre rayonnement. Le processus était donc déjà entamé, et nous a amené de nouveaux partenariats, notamment avec l’Etat. C’est ce qui nous a permis d’en arriver aujourd’hui à ce que nous percevons comme une véritable reconnaissance de notre travail ».

Sélectionnés dans le cadre de « La France s’engage » parmi les projets considérés par l’Elysée comme remarquables et ayant vocation à être essaimés à un niveau national, Simplon bénéficiait déjà de soutiens de l’Etat pour répliquer son modèle. Avec les déclarations de Manuel Valls, Emmanuel Macron, Axelle Lemaire et Myriam El Khomri, c’est un nouveau cap qui est franchi en faveur du tissus associatif. 

Manuel Valls : « Tout se joue dans la mobilisation citoyenne »

Affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un « énième plan pour les banlieues », le premier ministre a annoncé « débloquer de nouveaux moyens » pour les priorités que sont le logement et l’école. 100 millions d’euros seront ainsi alloués aux associations qui font vivre le « projet de société » avec lequel le gouvernement entend mobiliser les français.

Si une deuxième salve de mesures devrait être précisée vendredi prochain, la secrétaire d’Etat au Numérique Axelle Lemaire a déjà annoncé la création d’un nouveau label :

« La grande école du numérique n’est pas une nouvelle institution élitiste mais une école grande du numérique qui va se déployer sur l’ensemble du territoire en s’appuyant sur des initiatives du monde. Je pense par exemple à Simplon, Web@cadémie… Des formations de courte durée qu’il faut légitimer pleinement grâce à processus de labellisation. »

Cette action, a expliqué la ministre, se fera en trois volets : une étape de labelisation concernera une cinquantaine de formations après le mois de mai ; la création d’une structure ad hoc ; la création d’une lettre de mission. A terme, le gouvernement espère voir 10 000 jeunes entrer dans ces formations et s’insérer sur le marché de l’emploi. 200 formations seront ainsi déployées sur le territoire pour un budget chiffré à 50 millions d’euros.

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En proposant ces mesures de soutien, la volonté du gouvernement s’inscrit aussi dans un contexte particulier, explique Frédéric Bardeau :

« Les événements de janvier ont accéléré l’envie du gouvernement de prendre des mesures de sécurité mais aussi de prévention, d’éducation, notamment dans les zones à l’écart. Et le numérique a un potentiel très fort pour ramener à l’emploi des jeunes en décrochage scolaire.»

Marquer une rupture, signifier un nouveau départ, s’affranchir des codes sociaux et culturels… Le numérique a encore d’autres potentiels, explique Frédéric Bardeau : son rôle facilitateur de collaborations, notamment avec une institution comme l’Education Nationale.

« Beaucoup de ceux qui enseignent le code ont jeté de l’huile sur le feu à propos du système de l’Education nationale et de son supposé manque de modernité. Nous ne rejetons pas l’institution car l’une des premières choses que demandaient les simploniens, c’était un diplôme. Et aujourd’hui, nous l’avons et nous sommes vraiment contents des collaborations qu’on peut avoir, mais nous prônons un mélange ! C’est le numérique qui permet cette hybridation entre formation hors circuits et institutions. On n’aurait jamais pu aboutir à de telles collaborations en enseignant les mathématiques… »

Le défi, pour l’association, reste de ne pas agrandir le fossé entre ceux qui considèrent l’Education Nationale comme un « mammouth à réformer » et ceux pour qui « le numérique va balayer l’Education Nationale ». Une ambition semble-t-il partagée par le gouvernement. A suivre.

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