Le BAC S en 2012 : maths, physique et... informatique

24 novembre 2011

Du 23 au 25 novembre 2011 se tient, à Paris, le salon Educatec-Educatice, un grand rassemblement dédié aux « professionnels de l’éducation ». L’occasion pour les professionnels de l’enseignement de débattre de la culture du numérique à l’école.

Nous avons suivi la table ronde sur l’enseignement de la discipline informatique en classe de Terminale et vous livrons tous les détails du lancement de cette nouvelle matière en septembre 2012.

Certains s’en souviennent peut-être : dans les années 80 existait une option informatique d’enseignement général, présente dans la moitié des lycées et ouverte de la Seconde à la Terminale. Si d’aucun y voyait un bon moyen de se préparer à la révolution numérique, elle fut néanmoins supprimée en 1992.

L’instauration, l’année prochaine, de l’enseignement de spécialité « Informatique et Sciences du Numérique » (ISN) au lycée signera donc le grand retour de l’informatique à l’école

> L’ISN en trois questions

• Qui peut choisir cette matière ?

Les élèves actuellement en première S pourront choisir dès l’année prochaine cette spécialité en lieu et place du triptyque habituel – mathématiques, sciences-physiques ou Sciences de la Vie et de la Terre. Selon les derniers chiffres du Ministère de l’Education nationale, un lycée sur deux devrait être capable de proposer ce choix à leurs élèves pour l’année scolaire 2012-2013. Sur toute la France, il y aurait environ 1300 enseignants en formation cette année, en sachant qu’il existe un total de 2500 lycées d’enseignement général.

• Quel est concrètement le but de l’ISN ?

Une des leçons tirées de l’option informatique des années 80, c’est qu’elle avait une « visée trop large, trop grande » explique Gilles Dowek, directeur de recherches à l’INRIA. L’objectif est donc moins d’expliquer en quoi les sciences du numérique bouleversent la société que d’enseigner, par petite touche, les concepts de l’informatique :

« Il faut que les savoirs techniques restent le socle de la matière. L’objectif, c’est aussi que ceux qui choisiront d’étudier l’informatique à l’université sachent aussi de quoi il s’agit. Aujourd’hui, la plupart des étudiants se font une idée fausse de ce qui les attend avec cette matière. » précise l’enseignant-chercheur.

Quel est le contenu du programme ?

Les élèves seront initiés à quatre piliers fondamentaux : représentation de l’information, algorithmique, langages et programmation, architectures matérielles. Un peu de robotique, quelques notions sur la sécurité des réseaux sont également au programme.

> Dans les coulisses de la fabrication du programme

Gilles Dowek a dirigé la rédaction du manuel « Introduction à la science informatique » qui doit servir de base à ce nouvel enseignement, et a lui-même formé les professeurs volontaires de l’académie de Versailles :

« Dix-sept auteurs ont participé à l’ouvrage, cela apporte une énorme quantité d’information et une diversité de points de vue importante, qui contribuent à abolir l’esprit de clocher qui règne parfois entre les sous-disciplines de l’informatique – langage, architecture, réseaux… » explique-t-il.

Il a senti les enseignants venus suivre la formation « motivés et volontaires ». Parfois, certains ont travaillé près de six heures par semaine, « sans décharge » – donc bénévolement, pour se mettre à jour.

L’introduction de l’ISN se heurte tout de même à quelques difficultés dans certains départements, comme le souligne un professeur de l’Académie d’Orléans-Tours, où « la formation n’a pas encore commencé ». De même, les collectivités territoriales doivent financer les ordinateurs nécessaires au bon déroulement du cours, et la question de la maintenance des réseaux, qui « est un métier à part » selon Gilles Dowek, n’a pas partout de réponse. Mais ce dernier reste largement optimiste :

« L’apparition d’une nouvelle discipline se fait principalement avec la bonne volonté de chacun et des moyens limités. Nous avons la chance d’être pionnier, de créer quelque chose. Si votre lycée ne veut ou ne peut pas ouvrir l’option en 2012, battez vous pour ouvrir en 2013. »

Pour aider au mieux le corps enseignant à être prêt, le Centre National de Documentation Pédagogique, l’INRIA, et P@scaline ont mis en place le site internet « Sciences Info Lycée ». Michel Ganguillin, qui a participé au projet, le présente comme une plate-forme qui fournit des ressources, souvent libres de droit, pour les enseignants et qui permet la discussion entre collègues, afin d’échanger sur les expériences et éventuelles difficultés de chacun.

> L’informatique, une matière bientôt autonome ?

Reste que par rapport à d’autres pays, comme les Etats-Unis, la réintroduction de l’informatique seulement en classe de Terminale S n’est pas suffisante aux yeux de Jean-Pierre Archambault, président de l’association Enseignement Public et Informatique (EPI). Ce promoteur du numérique dans le système éducatif pointe en effet le manque « de reconnaissance institutionnelle de l’informatique ».

Ainsi, pour enseigner l’ISN, il n’y a pas de formation dédiée : seuls les professeurs de physiques, mathématiques et de sciences de l’ingénieur peuvent le faire, en plus de leur matière d’origine. Pour le président de l’EPI, l’idée est donc qu’à terme soit mis en place un vrai concours – Capes comme agrégation – en informatique, afin de former des professeurs spécialisés, qui prodigueraient leur savoir dès le collège ou l’école primaire.

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