Le Haut Conseil de l’Education publie un plan numérique à 300 millions d’euros share
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Le Haut Conseil de l’Education publie un plan numérique à 300 millions d’euros

19 mai 2010

(visuel :  à l’école Chateaudun, à Amiens, par Emmanuel Fradin, pour RSLN)

>>> Le billet, version courte : alors que le ministre de l’Education nationale doit rendre public un grand plan sur le numérique à l’école dans les prochaines semaines, le HCE, institution spécialisée dans l’évaluation du système éducatif, vient de publier une note sur la question. Plus modeste dans son chiffrage que le rapport rédigé il y a quelques mois par un député de la majorité sur le sujet, et concentrée sur le primaire, cette note ouvre néanmoins d’autres pistes. 

Pour l’instant, ce n’est qu’un avis purement « consultatif » – ou, pour être plus précis, une « note », que les neuf membres du Haut Conseil de l’Education (HCE) ont « pris l’initiative » d’adresser « à la fin du mois d’avril » au cabinet de Luc Chatel, le ministre de l’Education nationale, comme l’explique Pierre Maurel, secrétaire général de cette jeune institution née en 2005.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : ces 21 pages (PDF), rendues publiques début mai, entendent bien peser sur le futur « grand plan sur le numérique à l’école » qui doit être dévoilé par Luc Chatel dans les prochaines semaines – initialement annoncé pour « le mois d’avril », ce plan pluriannuel serait désormais plutôt rendu public « en juin », d’après le cabinet de Luc Chatel.

Constat, publics concernés, et, surtout, moyens alloués : la note rédigée par le HCE s’éloigne un peu du rapport « Réussir l’école numérique » (PDF), rédigé par le député UMP et ancien ingénieur pédagogique du CNRS, Jean-Michel Fourgous. Remis en février au ministre de l’Education nationale, ce document avait été largement salué par plusieurs acteurs du secteur, y compris des syndicats enseignants : tous appelaient alors Luc Chatel à se saisir de certaines des pistes suggérées par le parlementaire.

Voici quelques éléments de comparaison entre ces deux textes, qui entendent tous deux servir d’inspiration au futur plan gouvernemental :

Le constat

La note du HCE débute par un double constat partagé avec les orientations développées dans le rapport Fourgous :

  • La France est en retard sur l’utilisation du numérique à des fins pédagogiques – les données publiées dans la note du HCE sont d’ailleurs largement issues du rapport Fourgous ;
     
  • La mise en œuvre d’un « plan », impulsé par le gouvernement et réunissant des acteurs variés, est nécessaire;

Mais les membres du HCE adoptent très rapidement un regard moins « enchanté », notamment quant à l’effet positif des TICE sur les résultats scolaires.Le HCE conteste ainsi un point assez central : la corrélation entre bonne performance à certains indicateurs de performance internationaux et taux d’usage des TICE :

« Il faut se garder d’établir une corrélation trop simple entre les résultats des tests PISA [un ensemble d’études de l’OCDE visant à mesurer les performances des systèmes éducatifs des pays membres, NDLR] et l’usage des TICE dans les établissements scolaires », écrit ainsi le HCE dans sa note.

A l’inverse, le rapport Fourgous affirmait :

« Une amélioration de 11 % des résultats chez les élèves utilisant les ordinateurs est enregistrée […] et les adolescents qui ont un ordinateur à la maison ont 6 à 8% de chances en plus de réussir leur lycée que les adolescents qui n’ont pas  d’ordinateur à la maison, compte tenu des variables familiales et sociales.

L’étude de l’OCDE […] de 2007 montre qu’il existe une forte corrélation entre les élèves utilisant les Tice et les résultats scolaires en mathématiques : les élèves ayant un ordinateur à la maison et à l’école et l’utilisant depuis plus de trois ans ont des résultats nettement supérieur à la moyenne au test PISA […], contrairement aux élèves dépourvus d’ordinateur qui obtiennent des résultats, inférieurs à la moyenne de l’OCDE. »

(pages 109 et 110 pour les références)

En fait, on perçoit, chez les rédacteurs de la note du HCE, une certaine proximité avec le constat posé par l’étude « Les jeunes offline et la fracture numérique » publiée en décembre 2009 par des chercheurs de la fondation travail et technologies de Namur, mais également avec le billet de Jean-noël Lafargue sur la génération post micro (version intégrale sur son blog, version courte dans la rubrique « Le débat RSLN »).

On lit ainsi, dès la première page de la note du HCE :

« Les digital natives sont à l’aise avec la technique, mais sont-ils pour autant compétents en matière de navigation, de recherche d’information sur le Net ? Ont-ils le réflexe de cliquer au-delà des deux ou trois premières occurrences qui leur sont proposées par tel ou tel moteur de recherche ? Sont-ils incités à rechercher la source promaire des données qu’ils consultent ? Savent-ils maîtriser la technique du couper-coller pour en faire autre chose que du soft-piratage ? Rien n’est moins sûr. »

Evidemment présente dans le rapport Fourgous, cette réflexion n’y était pas mise autant en valeur.

Les actions

Jean-Michel Fourgous proposait une liste de douze priorités, déclinées en soixante-dix mesures. Celles-ci concernaient l’ensemble des niveaux scolaires, et suggéraient également un plan de formation des enseignants très volontaire et incitatif.

-> Sur le plan matériel :

Le rapport Fourgous réclamait :

« [La connection] en haut débit de 100% des établissements scolaires pour 2012, puis en très haut débit.

[La généralisation] à 100% des établissements scolaires [d]es tableaux numériques interactifs associés à un ordinateur et à un logiciel de création de séquences pédagogiques multimédias.

[La poursuite], sur l’exemple des projets pour les classes rurales [de] l’équipement du premier degré de systèmes interactifs de base (système de projection, dispositifs et tableaux numériques, boîtiers de réponse, visualiseur, classe nomade). »

Le plan recommandé par le HCE se concentre sur le primaire – sur le CM2, même – et propose :

« [l] équipement prioritaire d’un niveau de classes, le CM2, de tableaux numériques interactifs et de chariots d’ordinateurs ainsi que des ressources pédagogiques et des aménagements indispensables qui vont de pair avec l’entrée des TICE dans les établissements. »

A noter également : les membres du HCE ouvrent une piste potentiellement très importante, en saluant l’expérimentation menée autour du programme "Manuels  numériques via l’ENT" :

« [ce] programme […] a combiné cinq atouts dont il convient de s’inspirer :
– son calendrier a coïncidé avec celui des programmes officiels

il s’est appuyé sur l’ensemble de la communauté éducative
– il a bénéficié d’un financement dédié,
– il combine un double partenariat public/privé (avec les éditeurs) et Etat/Collectivités territoriales
– il a permis de développer le marché côté ressources pédagogiques : à lui seul et bien qu’il ne porte que sur 1 % des élèves de 6ème, ce programme a représenté presque la moitié des achats numériques de la classe de 6ème »

-> Sur la question de la formation des enseignants :

Le rapport Fourgous proposait :

« [d’] affecter 20 % des crédits formation de l’Éducation nationale pour former à l’utilisation des outils et aux fonctionnalités du numérique, avec une priorité sur les nouveaux enseignants et les cadres.

[Et de] former, avant la fin 2010, par une université d’été « Campus Éducation numérique », sur la base des stratégies académiques et sur un engagement volontaire des participants, 6 000 « ambassadeurs du numérique » à doter d’un ordinateur professionnel équipé. »

La note du HCE est un peu moins précise, et évoque :

« [une] formation [qui] doit inclure un minimum de manipulations techniques permettant de réparer de petits incidents. »

-> Sur l’articulation entre le temps de classe et le temps hors classe :

Quand le rapport Fourgous propose de :

« Prolonger le temps de l’école par le numérique et favoriser l’égalité des chances et la réussite scolaire. »

La note du HCE semble répliquer :

« Il faut se garder d’une trop grande porosité ; il faut des temps pour chaque moment de la vie : l’accompagnement scolaire à la maison est essentiel mais ne doit pas conduire à des débordements qui conduisent l’enfant à ne plus bien distinguer le scolaire et l’extrascolaire. »

Les moyens

Le rapport remis par Jean-Michel Fourgous n’avançait aucune enveloppe globale pour le financement des douze priorités retenues. Néanmoins, le député des Yvelines a répété, à plusieurs reprises, que l’enveloppe globale nécessaire à la construction d’un grand plan tournait « au minimum autour du milliard d’euros » :

Le HCE divise, a priori, cette enveloppe par trois :

« Si l’objectif est d’équiper systématiquement les classes restantes de CM2, le coût total se monte à une somme de l’ordre de 275 à 300 millions d’euros […] »

La note comporte un tableau récapitulatif du volet budget et financement du plan proposé, sur trois années :

Sur ce point, le discours tenu par Benoît Loutrel, responsable du volet numérique au sein du Commissariat général à l’investissement, lors des Assises de l’éducation et de la formation numérique, dressait le tableau d’un plan TICE se situant plutôt dans la fourchette esquissée par le HCE que celle espérée par le rapport Fourgous : l’éducation ne sera qu’ « un tout petit volet » du volet numérique du grand emprunt, avait notamment expliqué Benoît Loutrel.

> Pour aller plus loin :

– Tous nos articles consacrés aux TICE

– Un reportage du journal de France 2 sur l’école numérique, diffusé le 20 février, soit quelques jours après la remise du rapport Fourgous.

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