Le web au quotidien : portraits de familles

9 septembre 2008

Faut–il l´installer au milieu du salon ou dans la chambre des parents ? En partager l´usage ou laisser à chacun le sien ? Si choisir la place de l´ordinateur dans la maison est crucial en termes d´organisation, c´est surtout par là que, le plus souvent, débute le contrôle parental sur l´usage que font leurs enfants d´Internet. Pierre et Sophie ont placé l´ordinateur familial dans leur chambre, un moyen de limiter le temps que leurs enfants – Romain, 9 ans, et Julie, 11 ans – lui consacrent. Pour se connecter, chaque membre de la famille dispose d´une session personnelle. « Au début, nous contrôlions seuls la façon dont nos enfants allaient sur l´ordinateur. Mais en passant sur le système d´exploitation Vista, j´ai installé la gestion parentale qui est proposée. à partir de 23 heures, pour se connecter, il faut un mot de passe », explique Pierre.

Chez Alex, 11 ans, et Virgile, 17 ans, l´ordinateur a été installé dans une pièce commune à toute la famille.
Et la console de jeux est dans la chambre des parents, Marielle et François. « Mais dans la mesure où nos enfants ont des activités sportives, sont très socialisés etc., on ne craint pas vraiment qu´ils y passent trop de temps », tempère ce dernier.

Pourtant, l´excès de temps passé devant un écran fait clairement partie de ce que les familles identifient comme un effet négatif possible d´Internet et des consoles de jeux vidéo. « Dans ma classe, il y a quelques "no life", des garçons qui peuvent passer des heures et des heures à jouer. Souvent, c´est aussi parce qu´ils habitent loin de leurs copains, ou ont moins de possibilités de sortir, d´avoir d´autres activités… », constate Virgile qui, lui, ne semble pas prêt à sacrifier ses rendez–vous avec ses amis.

Si consoles et jeux en réseau suscitent donc, parfois, l´inquiétude des parents, toutes les possibilités offertes par Internet – surfer, faire ses devoirs, regarder des vidéos, écouter de la musique, chater… – ne sont pas logées à la même enseigne. « Je fais des distinctions selon les usages. S´il s´agit d´accéder à de la musique, il n´y a, bien sûr, pas de limite de temps. Il m´arrive aussi de m´assurer que mes filles vont consulter les cours et corrigés que certains de leurs professeurs mettent à disposition en ligne, car ce sont des démarches intéressantes et nouvelles. De toute façon, le fait d´avoir un seul ordinateur pour tout le monde limite forcément l´utilisation qu´elles en ont », explique Sylvain, le père d´Audrey, 11 ans, Lola, 15 ans, et Amaranta 16 ans.

Du côté des enfants, pas d´inquiétude à ce sujet : ils disent se contrôler. Alex a néanmoins découvert quelques–uns des risques du Net lors d´une réunion organisée par son école. « Apprendre, par exemple, que le téléchargement pouvait être illégal et puni par la loi l´a beaucoup inquiété », se souvient Marielle. Elle-même reconnaît avoir pris conscience de beaucoup de choses au cours d´une réunion similaire destinée aux parents. Notamment que ces derniers ne connaissent pas vraiment les utilisations que leurs adolescents font d´Internet…

Qui est derrière le chat ?

Quand ils sont devant l´ordinateur, les jeunes passent beaucoup de temps à communiquer via des messageries instantanées du type Windows Live Messenger. Un moyen simple de discuter avec leurs amis, qu´ils les aient quittés l´après–midi même ou six mois plus tôt, à la fin de la colonie de vacances.

 « Une discussion sur chat, cela commence souvent par SAV : sexe, âge, ville »,
raconte Lola. Et sur les chats, c´est un peu comme dans la rue : il peut arriver qu´on soit abordé par un inconnu. « Une fois j´ai accepté le contact d´une personne qui m´avait parlé sur le chat d´un site de jeux en ligne, puis je me suis rendu compte que c´était un homme de 33 ans. Depuis, je ne parle qu´aux gens que je connais », raconte Audrey. « En fait, on repère vite les gens qui mentent sur leur âge, affirme Amaranta. Cela se voit à la façon dont ils écrivent, aux questions qu´ils posent. Certains nous demandent directement nos mensurations… »

Les trois adolescentes elles-mêmes avouent s´être déjà, à l´occasion d´un chat, vieillies de quelques années. Il existe sur Windows Live Messenger un logiciel gratuit qui permettrait à Virginie, leur mère, de contrôler qui communique avec ses enfants. Mais elle reconnaît n´en avoir jamais entendu parler. De temps en temps, elle vérifie elle–même les contacts de ses filles. Même réflexe chez leur père : « Je regarde parfois avec qui elles discutent. Je m´informe aussi des pseudos qu´elles choisissent. Il m´est d´ailleurs arrivé de leur demander d´en changer ou d´enlever des photos, si cela me paraissait ambigu. »

Chez Sophie et Pierre, l´usage de Messenger vient tout juste d´être autorisé à Julie.
« Mais je refuse catégoriquement qu´elle contacte des gens qu´elle n´a jamais rencontrés, explique Sophie. En fait, la Toile est juste un lieu de plus pour nos enfants, poursuit–elle, nous devons leur apprendre le respect d´autrui et leur donner des repères, qui sont les mêmes qu´ils soient dans la rue ou sur Internet. »

Des logiciels méconnus

Si le spectre des réseaux pédophiles continue d´alimenter les craintes,
au quotidien, ce sont surtout les contenus, apparus au détour d´un clic, qui peuvent s´avérer problématiques pour les jeunes. « Je sais qu´il y a des choses trash. Si je savais faire, j´installerais peut–être un logiciel de contrôle parental », estime Marielle, qui admet ne pas les connaître. Pas plus que Virginie, qui ne sait pas bien comment ils fonctionnent.

« Mais dans la mesure où moi–même je me sers d´Internet en permanence, j´estime que cela fait aujourd´hui partie du quotidien et je ne m´inquiète pas plus que cela », précise-t-elle. Sophie n´est pas davantage au fait de ce qui existe en matière d´outils techniques de contrôle. C´est son mari, web designer et féru d´informatique, qui s´est penché sur le sujet et a mis en place le contrôle parental. « J´ai bloqué certains contenus, comme des vidéos violentes ou des sites pornographiques. En l´installant, j´ai aussi regardé la classification européenne des jeux vidéo, explique Pierre. Mais je suis persuadé que d´ici peu les enfants sauront contourner le filtrage. » Assez méconnus, les logiciels de contrôle n´apparaissent donc à aucune de ces trois familles comme la solution unique. « Notre PC n´est qu´un PC parmi d´autres. à 17 ans, Virgile accède régulièrement – à l´école, chez ses copains – à des ordinateurs que nous ne pouvons pas contrôler. Mieux vaut lui donner des repères », estime François.

Myspace, réseaux sociaux, blogs en tout genre…
Internet offre aussi aux adolescents de nombreuses possibilités de partage. Même si, parfois, on peut tomber sur des blogs « où des filles racontent leurs déprimes, leurs expériences de scarification etc… Une de mes copines est anorexique et elle raconte tout cela sur son blog », raconte Lola. Chez Virginie et ses filles, la discussion est donc de mise, pour prendre du recul vis–à–vis de ces pratiques.

De la blague à l´insulte

Pour les adolescents, la prise de conscience de ce qu´implique l´usage du Net passe parfois par quelques déconvenues. Quand Julie a ouvert un blog avec une copine, « des filles qu´on n´aimait pas ont récupéré l´adresse et nous ont insultées : depuis on n´accepte plus que les commentaires de nos amis », raconte-t-elle. Son frère Romain était plutôt content quand a été mise en ligne sur le blog de son club de sport une vidéo où on le voit danser la tecktonik : « mais à un moment j´en ai eu vraiment marre qu´on m´en parle », ajoute–t–il.

Pourtant, on lui avait demandé son autorisation.
Ce qui est loin d´être toujours le cas. « Beaucoup de vidéos circulent : on se fait suivre les liens les uns aux autres », explique Virgile. Si les écarts de conduite sur le Net relèvent dans bien des cas de l´humour potache, les choses vont parfois beaucoup plus loin. Propos diffamatoires, diffusion d´informations sans autorisation des personnes concernées, insultes se multiplient, sur les blogs, les sites de partage de vidéos etc. « J´ai été assez inquiet au moment où les vidéos d´agressions de personnes ou de tortures d´animaux ont commencé à avoir un grand succès dans les cours de récréation. Mais Virgile nous a montré certaines de ces images, on a pu en parler ensemble, sans dramatiser », explique François.
 

« Au final, même s´il y a parfois des contenus difficiles, j´encourage à 100% les itinéraires des enfants sur le web et je trouve la sociabilité qui s´y crée formidable, résume-t-il. L´important est de les accompagner dans ces parcours. » Il est clair en tout cas que ces parents modernes conçoivent l´apprentissage d´Internet comme une nouvelle étape dans l´éducation de leurs enfants, un langage à partager et à maîtriser avec eux.

> Pour aller plus loin : tous les articles du dossier "Enfants du net : comment les protéger ?"

Enfants du net : comment les protéger ?

Au Canada, front commun pour les usages du net

Trois questions à… Marc Mossé

Éric Besson : « Il est impératif de sensibiliser les parents, en particulier dans les populations les plus fragiles »

 

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email