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Les métiers transformés par le numérique : professeur de musique

12 avril 2013

Pour ce nouvel épisode de notre série « Les métiers transformés par le numérique », nous avons choisi de faire une plongée au coeur du e-learning, mais pas dans n’importe quel domaine : celui de la musique.

Nous vous présentions récemment la start-up Carpe Dièse : plateforme de cours de musique en ligne fondée par trois jeunes passionnés de musique, Victor, Anthony et Léni. Leur ambition ? Replacer l’humain au coeur du e-learning musical. Et pour ce faire, les trois jeunes musiciens ont développé une pédagogie spécialement adaptée au domaine.

Qu’en est-il donc du métier de professeur de musique 2.0 ? Quels sont les changements induits par la  visio-conférence dans le rapport aux élèves ? Comment préparer ses cours et quelle marge de manoeuvre existe-il pour les professeurs ? C’est dans le but de répondre à ces questions que nous avons rencontré Dorian Chamoin, professeur de guitare chez Carpe Dièse.

Développer une pédagogie adaptée au numérique

Prendre des cours de guitare, de piano ou encore de batterie en ligne peut en arrêter certains. Mais les trois jeunes musiciens fondateur de Carpe Dièse n’ont rien laissé au hasard. 

Les musiciens-internautes peuvent prendre des cours seuls ou se regrouper pour des cours collectifs par niveau, puis ils commencent par choisir une chanson qu’ils aiment.

La session qui se divise en quatre cours à raison d’un par semaine peut alors commencer avec le professeur de son choix parmi ceux proposés.

À la fin de chaque session, une interface personnelle permet de retrouver les partitions et une vidéo postée par le professeur pour revenir sur la leçon précédente.

L’élève retrouve toutes ses leçons et ses partitions au même endroit. Le but des séances : s’amuser et maîtriser une chanson en l’espace d’un mois. L’idée étant de progresser sur le long-terme par une succession d’approches court-termistes.

 

Filtrer et former

Après un travail de recherche et de filtrage des candidats potentiels, Victor, Léni et Anthony offrent la possibilité à des professeurs-artistes de rejoindre la famille Carpe Dièse.

Mais avant de pouvoir donner leurs cours, ils doivent être formés par Victor à la méthode Carpe Dièse. Pendant cinq semaines, ils apprennent à donner des cours via Skype comme l’explique Victor :

« Avant même d’aborder l’aspect pédagogique, nous nous assurons que le professeur ait le matériel nécessaire, que sa connexion Internet soit bonne, qu’il sache de quelle manière éclairer la pièce pour pouvoir contrôler correctement le travail des élèves. Nous leur apprenons ensuite notre manière de procéder avec la visio-conférence, le suivi personnalisé et les vidéos postées par les professeurs après les cours. »

Mais ce n’est pas tout. Un cours réussi ne se contente pas de la mise en relation d’un professeur avec un élève :

« Nous cherchons absolument un volet artistique. Il faut qu’il y ait un aspect ludique et pédagogie pour pouvoir enrichir l’apprentissage par l’expérience scénique. Nous faisons ensuite des mises en pratique pour voir comment enseigner les accords par la visio-conférence par exemple. Une fois que les professeurs peuvent donner les cours, nous procédons par une montée en charge. »

« On comprend vraiment l’efficacité de la méthode en faisant sa propre expérience »

Avant de se lancer dans l’expérience, Dorian Chamoin, professeur de guitare a du faire face à plusieurs appréhensions de son entourage :

« J’ai des amis qui avaient déjà essayé de le faire par Skype. Tout le monde me disait que c’était impossible, que c’était le bazar. Je savais que le chant marchait mieux mais il y avait encore des doutes quant aux autres instruments.

Puis l’équipe de Carpe Dièse m’a montré son approche et ses recherches. Il y a eu un temps d’adaptation au début mais, mais après ça allait comme sur des roulettes. »

Et si le coeur du travail reste le même, la méthode d’enseignement et le déroulé du cours changent explique Dorian Chamoin :

« Je donnais des cours de guitare depuis quelques années déjà, j’ai rejoint Carpe Dièse en septembre dernier et j’ai pu voir la différence. S’il n’y a pas de processus établi, les cours doivent être beaucoup plus structurés et s’adapter au format de 40 minutes, il faut prévoir à l’avance où l’on va emmener les élèves. Ça demande de la préparation en amont. Mais il faut aussi être capable de s’adapter à la personne en face de soi et de rebondir en fonction de ses envies. Carpe Dièse structure un cadre, à nous d’agir dedans en fonction des élèves. »

Mais quelle place reste-il à l’improvisation et aux réactions spontanées du professeur avec ses élèves ? 

« Evidemment parfois on se retrouve face à des questions inattendues. Mais je fais un récapitulatif et je reviens sur des notions dans les vidéos entre les cours. ça permet de valider le suivi. »

S’agissant des supports, Dorian admet avoir préparé une base de données assez importante de chansons lui permettant de travailler telle ou telle notion importante. 

« C’est un travail de réflexion sur tout ce qu’on a pu travailler concrètement en tant que musicien et sur la manière dont ça va être reçu par visio-conférence. Finalement c’est un travail très fin. Le déroulé du cours change peu d’un cours normal, mais il existe plus de précision et d’organisation. »

Une méthode qui a conquis Pierre-Antoine, 26 ans, élève débutant de Dorian : 

« Je suis très satisfait. On choisit les chansons alors on est acteur du programme d’enseignement. Moi je débute, c’est une méthode personnalisé qui me convient vraiment. J’ai le sentiment d’avoir progressé déjà. »

Et question matériel, l’enseignement en ligne impose au professeur de trouver certaines alternatives aux méthodes traditionnelles. Dorian se sert ainsi de sa bouche pour comme métronome et compte les temps en tapant dans les mains. 

Mais Carpe Dièse a également pour ambition de mettre en valeur des artistes et des musiciens. Et pour Dorian, l’expérience s’avère être concluante. Ravi de son expérience, il compte continuer dans cette voie :

« La méthode et le programme d’enseignement sont bien mais on comprend vraiment leur efficacité en faisant sa propre expérience. Victor, Anthony et Léni sont tombés par hasard sur mon profil et je ne regrette rien. C’est ma bonne étoile. »

Retrouvez tous les articles de la série « Métiers et numérique » dans le dossier du même nom.

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