Lu pour vous : le double effet Donnat

27 novembre 2009

(photo : Marcin Wichary, licence creative commons)

Évidemment, il y aura toujours les grincheux. Ceux qui, comme le critique littéraire du Nouvel Observateur Jérôme Garcin, pensent que l’étude d’Olivier Donnat intitulée Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique et conduite au nom du « département des études et de la prospection du ministère de la Culture », est une succession « d’évidences [qui] se ramassent à la pelle »

Ne les croyez pas : la conclusion des 282 pages de l’enquête réalisée en 2008 et publiée le 14 octobre aux éditions de La Découverte, balaye la plupart des idées reçues sur l’impact du « numérique » sur les pratiques culturelles des Français, à l’heure où 56 % d’entre eux déclarent avoir un ordinateur chez eux (source PDF) – contre moins d’un ménage sur cinq en 1997.

Non, internet ne va pas tuer les formes classiques de la culture, bien au contraire : l’apparition d’une culture liée aux « nouveaux écrans » (jeux vidéo, internet, …) semble même être une chance pour le développement des formes classiques de pratiques culturelles, à la lecture des résultats d’Olivier Donnat, qui travaille depuis plus de trente ans sur la question des pratiques culturelles des Français.

Quand les écrans poussent à sortir

Un exemple parmi d’autres : Donnat met en évidence une corrélation forte entre la durée d’utilisation de ces nouveaux écrans et la fréquentation globale des équipements culturels. N’en déplaise aux Cassandre, il existerait donc des écrans qui poussent à sortir : plus vous surfez ou jouez, et plus vous serez consommateur de cultures dites « de sortie ».

Il s’agit là d’une rupture majeure avec les conclusions des précédentes études conduites par le ministère de la Culture sur les pratiques culturelles depuis 1971 : jusqu’à présent, « les personnes dont l’intérêt pour la culture était pour le moins limité [organisaient] leur temps libre autour de la télévision, d’activités à caractère familial ou domestique », souligne Donnat.

Mais gare à l’angélisme. L’apparition de cette culture liée aux « nouveaux écrans » ne doit pas faire oublier les inégalités dans l’accès aux pratiques culturelles, rappelle Olivier Donnat. « La plupart des disparités relatives aux variables sociodémographiques usuelles qui apparaissent dans le monde numérique rappellent celles que la sociologie de la culture a l’habitude de rencontrer dans le monde d’avant, celui des médias et des pratiques culturelles traditionnelles », écrit ainsi le chercheur, dans son chapitre consacré à « l’ordinateur et internet ».

Donnat lance même une mise en garde : il faudra « faire preuve d’imagination pour proposer les moyens les plus efficaces à mettre en œuvre pour anticiper les évolutions qui se dessinent … ou les combattre », écrit-il, en ouverture de son enquête.

Dernière remarque, sur la forme de l’étude :
ne rêvez pas, si vous n’êtes pas un professionnel concerné par les données publiées, vous ne parviendrez pas à lire l’enquête in extenso. Qu’importe : ce sont surtout les trente pages de conclusion, dans lesquelles l’auteur décrit les liens entre « culture d’écrans » et « culture de sortie », mais esquisse également les modes d’articulation entre écrans, sorties et imprimés qui sont les plus riches.

> Pour en savoir plus :

L’étude a également sa déclinaison en ligne : vous retrouverez sur le site www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr les données chiffrées et le questionnaire qui a servi de matériel au chercheur.

 

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