« Mention » ou « Encouragements » pour la tablette à l’école ? share
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"Mention" ou "Encouragements" pour la tablette à l'école ?

3 décembre 2014

La scolarisation des outils numériques, priorité gouvernementale depuis l’annonce d’un « Grand plan numérique pour l’école », représente de nouveaux défis et de nouvelles opportunités pour les établissements. A quels usages et visées pédagogiques les associer ? Quel encadrement leur réserver ? Comment assurer la transition numérique de la classe, aussi bien auprès des élèves que des enseignants ? Quelques éléments de réponse ont été apportés par le Café Pédagogique à l’occasion du salon Educatec-Educatice, dédié aux professionnels de l’éducation.

Autonomie, mobilité, parcours à la carte… les tablettes plébiscitées par le corps enseignant

Parmi les avantages régulièrement cités à propos des outils numériques, tablettes, ordinateurs ou smartphones, l’autonomie et la liberté de construire un parcours d’apprentissage à un rythme individuel font figure d’arguments de force. Sur demande du Ministère de l’éducation nationale, l’ancien directeur d’école Yves Cohen s’est intéressé à l’apprentissage parfois redouté des tables de multiplication. Tandis que les meilleurs élèves mettent 20 secondes à réciter la table de 3, d’autres, par peur de l’échec ou réticence à cette forme d’apprentissage, pouvaient prendre jusqu’à 240 secondes pour y parvenir. Dans ce cadre précis, l’utilisation d’outils numériques pour soutenir ces élèves en difficulté s’est avéré bénéfique. Elle a en effet eu pour principal effet d’évacuer la crainte du regard de l’autre et d’atténuer l’appréhension d’un éventuel sentiment d’échec. Une caractéristique déterminante alors que la gestion de l’erreur est un axe crucial de préoccupation de l’enseignant. 

Passer de l’usage individuel et strictement divertissant à une pratique éducative

Alors que l’on observe une généralisation du recours aux ressources numériques au travail ou dans la vie quotidienne, l’introduction de la tablette à l’école permet de donner à tous les élèves des bases égales de connaissance et de maîtrise de ces outils. Pour les sensibiliser, non seulement aux cultures numériques mais aussi à l’utilisation « intelligente » des outils et les rendre créateurs de numérique à leur tour. En la matière, Eric Biset, proviseur dans un lycée de l’Essonne, rapporte deux craintes partagées par le milieu enseignant : celle que les professeurs soient dépassés par les élèves, et l’interférence des probables « bugs » des tablettes dans la notation finale des élèves. Comment rester juste et impartial la neutralité de l’outil de travail ?

A ce titre, une autre question reste à trancher : le niveau d’équipement des classes et la possibilité pour les élèves d’utiliser leurs propres tablettes. Une possibilité désignée par l’acronyme « BYOD » pour « Bring Your Own Device » (« Apportez vos appareils personnels »). Cette option, qui responsabilise les élèves vis-à-vis de leur propre matériel, a l’inconvénient évident d’obliger l’enseignant à être en mesure de gérer le fonctionnement, les défauts et les différences d’une gamme d’équipements élargie et de favoriser une forme d’inégalité des chances, selon la performance des outils utilisés. 

Les tablettes, compatibles avec l’enseignement scolaire ?

Selon François Villemonteix, chercheur chargé d’une étude commissionnée par le Ministère portant sur les conséquences de l’utilisation de tablettes dans 8 écoles et par 22 enseignants, les pratiques impliquées par l’utilisation de tablettes sont compatibles avec l’enseignement scolaire sans transformation fondamentale du mode d’apprentissage. Ce dernier ne voit pas de nécessaire différenciation à établir entre les tablettes initialement et exclusivement dédiées à un usage scolaire et les « généralistes », conçues selon des perspectives d’industriels, tant que l’enseignant incorpore à leur usage des éléments d’instruction officiels et dispose de belles ressources éditoriales. D’où un regret certain quant à la fin des stages de formation pour enseignants, et un message à l’attention de Najat Vallaud-Belkacem :

« Remettre en place les stages de formation destinés aux enseignants me semble inévitable pour les familiariser à la culture numérique et permettre sa diffusion en classe »

Contrôle ou liberté des élèves : difficile de trancher

Accompagner ou interdire, proposer ou imposer, définir un cadre rigoureux ou non, informer sur les risques… quelle politique suivre pour faire des élèves des citoyens responsables et autonomes ? La majorité des enseignants se tournent vers la voie d’un contrôle total des tablettes. De son côté, Bruno Devauchelle, professeur associé et chercheur à l’Université de Poitiers note que la suggestion de l’utilisation des smartphones en classe fait diminuer leur utilisation clandestine.

Les tâtonnements sont encore nombreux quant aux moyens d’imposer un cadre propice à la concentration, facilement perturbée par l’usage d’écrans, et de trouver un juste équilibre pour que les technologies impliquées ne se révèlent pas simplement chronophages et contraires à l’apprentissage.

Et François Villemonteix de conclure : « Accompagnement, implication des enseignants, maîtrise de l’écosystème, ingénierie : sans ces quatre composantes, la tablette à l’école n’est qu’une pédagogie épuisante ». Et nous priverait de profiter du formidable potentiel d’apprentissages nouveaux, avec et par le numérique.

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