Recruteurs du futur cherchent jeunes hors du système (dynamiques et motivés) share
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Recruteurs du futur cherchent jeunes hors du système (dynamiques et motivés)

26 novembre 2014

Ils ont entre 16 et 25 ans, viennent de Mauritanie, d’Arménie, du Maroc ou du Sénégal et n’ont pas, ou peu été scolarisés en France. En cette Journée Nationale des Jeunes ils visitent le siège de Microsoft France à Issy-les-Moulineaux, avec des rêves plein la tête : ceux d’une génération qui ne se berce pas d’illusions sur le monde du travail, mais se donne les moyens de ses objectifs. Reportage.

« Le code, c’est comme un nouvel alphabet »

Bien sûr, ils en ont entendu parler : nombre d’entre eux veulent devenir développeurs. Face à Alexandre, Cécilia et Aurore de Microsoft, la petite équipe ne tarit plus de questions sur ce que ça fait, de travailler dans les nouvelles technologies. Il y a quelques mois encore, Anahit, Luiyi et Oury ne parlaient pourtant pas le français. Mais pour s’intégrer, ils ont mis les bouchées doubles, d’autant que le monde d’aujourd’hui n’attend pas : autour de Rachel Adil, l’animatrice de l’association ARPEIJ qui les accompagne, ils étaient là pour comprendre comment ils pourront prendre de vitesse un univers professionnel qui bouge à tout allure. 

Car 65% des étudiants d’aujourd’hui pratiqueront, une fois diplômés, des métiers qui n’ont même pas encore été inventés. Et dans le même temps, la moitié de nos emplois pourront être confiés à des machines, obligeant à repenser entièrement le travail humain. Entre chômage d’un côté et pénurie de talents de l’autre, comment ces jeunes peuvent-ils trouver leur voie vers l’épanouissement professionnel ? Quelles sont leurs opportunités, pour quels métiers demain ?

« Il y a plein de choses qui vont arriver autour de ce qu’on appelle le machine learning, explique Alexandre. Tous les jours, les machines vont apprendre à vous faire des recommandations en fonction de ce que vous êtes et de ce que vous faites »

Une perspective qui questionne Anahit, entre fascination et inquiétude : 

« Est-ce qu’il y a des métiers dans le futur où on n’aura plus besoin d’hommes et de femmes, comme aux caisses des supermarchés ?

– Oui, mais le lien social ne peut pas être remplacé car on aura toujours besoin de voir des personnes en face. Ce qui va disparaître, ce sont les jobs aux tâches répétitives. Et il y a des métiers qui disparaissent, mais il y en a d’autres qui se créent. Un chercheur, Andrew Mac Affe l’a montré : avec cette transformation, on va pouvoir se concentrer sur les meilleurs jobs. C’est là où vous, vous devez trouver votre place ».

Et le chef de produit Yammer de leur parler d’un secteur d’avenir : « Tous les métiers qui sont autour de l’analyse des données. Ca va créer plein de valeur, les gens dans ce domaine n’ont pas de difficulté pour trouver un emploi. »

« Je veux travailler avec n’importe qui, n’importe où »

La conversation porte ensuite sur le nombre croissant d’indépendants, les nouvelles générations étant en quête de liberté. « Dans Paris et ailleurs, on a plein d’espaces qui ce sont créés pour les regrouper : les centres de coworking ». 

Oury vit à Fontenay-au-Roses, en banlieue parisienne. Arrivé d’Espagne en janvier dernier avec en poche, l’équivalent du bac, il est déjà presque bilingue. Lui veut être développeur, car « c’est une profession libre, ça permet de travailler par soi-même. Et moi, j’aime voyager ». Quand on connaît le succès des « devs » dans les entreprises, les immenses besoins du secteur et la capacité de se former à tous niveaux, même en dehors du système scolaire, comment ne pas l’encourager dans cette voie ? « Il y a la web@cadémie qui peut t’aider », lui explique Judicaëlle, chargée de mission RSE chez Microsoft. Comme Simplon, 42 et d’autres, cette école forme des codeurs en accéléré avec une particularité : cibler en priorité des publics de décrocheurs et de jeunes « hors du système ». 

La perspective du travail nomade et d’une vie de voyages frappe l’imaginaire, et viennent les questions pratiques : « J’ai un problème, quand je veux comprendre certaines choses sur Internet, si c’est en chinois par exemple : je ne veux pas forcément parler chinois, alors comment je fais ? ». Et ses formateurs de lui parler des technologies qui permettront, demain, de rapprocher les professionnels du monde entier : « regarde Skype translator. Quand tu fais des visio-conférences, tu as un interprête en temps réel et qui apprend tout seul pour mieux s’adapter à tes besoins. Et d’autres services, comme Meet-up sont des moyens de vous rencontrer en vrai ». 

La visite des locaux de Microsoft est l’occasion de rendre plus concrète cette mutation des conditions de travail : 

« Ici, tout ce dont vous avez besoin est votre ordinateur portable, que vous pouvez utiliser où vous voulez. On peut même télétravailler depuis chez soi », commente Judicaëlle en leur montrant un espace de convivialité où des employés semblaient tenir une réunion informelle. 

Et dans ce glissement vers le travail mobile, de plus en plus d’outils et de fonctions sont intégrés à l’ordinateur : « on s’est donnés pour règle d’utiliser le moins de papier possible, précise Judicaëlle. Pareil pour les réunions à distance : pas besoin de téléphone, tout se passe à l’écran ». 

 

Solutions « débrouille » pour un monde agile

Anahit arrive d’Arménie, où elle a obtenu un bac +3 en affaires culturelles. Elle travaille son français et voudrait devenir nez. Pour elle, la visite des locaux de Microsoft est l’occasion de découvrir un autre monde, d’explorer le champ des possibles :

« Ca fait un an que j’habite en France. J’apprends la langue, et parfois on a besoin de conseils parce qu’on ne sait pas par où commencer. On a besoin de quelqu’un de professionnel pour avancer ! ».

La solution avancée par les formateurs Microsoft pourra surprendre : c’est la débrouille ! Une qualité indispensable pour tracer son parcours professionnel dans les années qui viennent.

« Aujourd’hui, quand on pense à une idée, il y a 100 autres qui l’ont en même temps. Ca va à une vitesse incroyable. L’important, c’est que vous vous teniez au courant de ce qui se fait. Le numérique et Internet, ça vous donne un moyen de contacter les professionnels qui vous inspirent. N’hésitez jamais à envoyer un email. Avec Twitter, vous pouvez contacter même le Président de la République : il ne vous répondre peut-être pas, mais il faut juste oser ! Et n’ayez pas peur de vous tromper, de vivre des échecs. On n’arrête jamais quand on a vécu un échec !»

Et cela tombe bien, car cette capacité de s’adapter et d’être agile en toutes occasions est justement la meilleure compétence qu’ont développé Anahit, Oury et les autres pour s’intégrer en France. La débrouille, ils la mettent en application au quotidien. C’est même ainsi qu’ils sont arrivés chez Microsoft – via leur association de quartier, comme le précise Oury : « J’ai connu l’ARPEIJ car mon frère était ici avant. Il m’a emmené à la mission locale, ils m’ont dit que je pourrais faire des formations ».


« J’ai trouvé un stage en jouant à un jeu vidéo »

Pour Omar, 19 ans, cet état d’esprit a déjà valu une belle ligne sur son CV :

« J’ai réussi à obtenir un stage grâce à un jeu vidéo. Je jouais à League of Legend (un jeu massivement multi-joueurs sur Internet, ndlr), et je suis tombé sur un patron. On a commencé à discuter pendant le jeu, et je lui ai dit : ‘tu me prends en stage ?’ Il a dit oui. C’était un stage en tant que conseiller bancaire ».

Une agilité remarquée et appréciée par Cécilia et Aurore, leur formatrices chez Microsoft : « Ils s’intéressent beaucoup aux technologies, sont curieux de leur évolution et de leur impact. Ils ont des problèmes concrets, et veulent savoir comment la technologie peut les aider ». Bien sûr, il reste du chemin à accomplir : « Pour une personne en dehors de ce milieu, cela peut être compliqué d’y rentrer. Cela montre l’importance d’enseigner ces compétences, même à l’école. Le débat sur le code à l’école, c’est bien, mais il faut donner les clés pour maîtriser le web. Comprendre les outils, par exemple ».

« Souvent, ils n’osent pas se permettre, confirme Rachel Adil, l’animatrice de l’ARPEIJ. Ils ont des projets figés, influencés par leur milieu social ou leur parents, alors qu’ils ont un grand potentiel d’imagination, un système de débrouillardise géant. Ils trouvent des solutions inimaginables ! Je pense que les nouvelles technologies peuvent les aider dans cette voie »

Cette association qui accompagne des primo-arrivants sur leur projet professionnel reçoit en effet de nombreuses personnes « qui ne savent pas se servir d’Internet ». Mais ils apprennent rapidement : 

« Ils utilisent Skype pour appeler la famillle, le drive… ils prennent confiance en eux ainsi. On les pousse à aller sur Facebook, Twitter, en travaillant sur la sécurité. Des fois ils nous disent que ce n’est pas bien, qu’il ne faut pas y être, car c’est ce qu’ils entendent. Pourtant, c’est un formidable réservoir d’opportunités ! Avant il fallait serrer 6 mains pour faire le tour du monde. Aujourd’hui il n’en faut plus que quatre ! » 

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