Monsieur Patate, l’ami de nos enfants pour construire une civilité numérique share
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Monsieur Patate, l’ami de nos enfants pour construire une civilité numérique

29 janvier 2015

Récompenser ceux qui agissent pour protéger nos enfants en ligne. A l’occasion de la journée européenne de protection des données, le collectif Educnum a remis à la CNIL ses Trophées en présence de Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. L’occasion de faire le point sur l’importance de l’éducation aux écrans, dès le plus jeune âge.

Quel est le point commun entre ceux qui croient que le 11 septembre n’a jamais existé et ceux qui croient que le virus du sida a été inventé ? « C’est qu’ils s’expriment tous sur Internet. Et au milieu, il y a nos enfants », a rappelé la ministre Najat Vallaud-Belkacem en préambule de son discours. Selon une estimation livrée par Hoaxbuster, entre 10% et 20% des messages postés sur la Toile seraient des canulars.

« Nous devons demain dispenser une éducation au numérique qui permette à nos enfants, à nos élèves d’acquérir […] la maîtrise de ce qu’on peut appeler une véritable civilité numérique : comment se comporter sur la Toile, quel savoir-vivre en ligne, quel respect de l’intimité ? » 

Pour que les jeunes puissent penser, agir et exercer leur citoyenneté, ils doivent donc « apprendre à se préserver d’utilisations qui les exposent aux dangers, au mensonge, à l’ignorance, leur apprendre à trier entre information et désinformation, à rester libres face à la manipulation, à protéger leur sphère intime et particulièrement leurs données personnelles des regards curieux et parfois mal intentionnés ».

L’affaire de tous

Alors qu’on compte 10 à 12 écrans en moyenne dans nos foyers, les jeunes ne sont pas toujours les plus à l’aise avec la révolution numérique : c’est ce qu’a rappelé le président de France Télévisions Eric Scherer, en insistant sur l’urgence de diffuser une culture générale du numérique et des médias pour « permettre aux jeunes de créer les prochaines étapes d’Internet ».

« Chaque enfant est déjà devenu un média, presque une chaine de télévision. Mais l’individu, l’entreprise, la Maison Blanche, l’Elysée ou la boulangerie qui devient un média ne sait pas forcément s’en servir ou respecter un certain nombre de règles qui les régissent : copyright, diffamation… c’est un énorme champ qui est devant nous ».

Message reçu au Ministère de l’Education nationale, comme le rappelle la ministre : « Nous allons mettre en place ce nouveau parcours citoyen éducatif, sur tout le long de la scolarité (…) dont une part importante sera consacrée à la formation aux médias et au numérique ». 

Mais parce qu’il ne peut y avoir un professeur derrière chaque enfant dans ses expériences avec les écrans, cette éducation est l’affaire de tous et « doit être accompagnée dans les écoles, les familles, les institutions et les entreprises » insiste Divina Frau-Meigs, directrice scientifique du CLEMI, le centre de liaison de l’Education nationale avec les médias.

La transmission du « bon sens » est d’abord une responsabilité intergénérationnelle, car les parents ont aussi besoin d’être formés (ils le sont parfois par leurs enfants). Elle semble aussi passer dans les fratries, à en juger par le souci récurrent chez les participants au Trophée de protéger leur petit frère ou sœur. Comme l’indique Pacôme, étudiant à la Sorbonne et lauréat du concours :

« Nous avons vécu une vie où Internet n’existait pas et eux sont nés là dedans. Ça fait partie intégrante de leur environnement, et alors que nous-mêmes ne comprenons pas tous les enjeux, on se dit qu’il est important de les amener à prendre un peu de recul, les sensibiliser sans les alarmer ». 

Des initiatives « heureuses »

Pour que le web reste un espace d’échange et d’inspiration, mais aussi de respect de la vie privée, les Trophées Educnum visaient donc un triple objectif : sensibiliser les plus jeunes aux bons usages du web, susciter et valoriser la créativité des étudiants et donner vie à des projets innovants. 

Application mobile, dataviz, goodies, kit de survie sur les réseaux sociaux… les étudiants avaient carte blanche pour participer. 25 projets ont été présentés et deux ont été primés à l’issue de 3 mois de concours. « Ce sont des projets heureux, explique Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL. Chacun d’entre eux essaie d’appréhender ces questions avec légèreté, impertinence et une certaine poésie ». 

Prince Chip : des aventures… croustillantes 

« Jamais une pomme de terre n’aura reçu autant de reconnaissance », plaisantent les lauréats avant de se faire remettre le trophée par la Ministre en personne. Le Grand Prix du Jury avec une dotation de 7000 euros a ainsi été remis à l’équipe du Master 2 « Droit, économie et gestion de l’audiovisuel » à la Sorbonne, pour Les aventures croustillantes de Prince Chip : un webdocumentaire qui offre aux adultes un outil d’accompagnement pour parler aux plus jeunes, dès leurs premiers pas sur le net.

« On voulait faire rire les enfants et les amener dans un univers. Il nous fallait un personnage plein de vie, et on s’est dit que ce serait une pomme de terre. Prince Chip, C’est peut-être une patate, mais c’est aussi un prince ! Et si ça pouvait aussi aider les enfants à aimer les légumes, ça nous ferait un double objectif rempli ».

 

Data fiction : un jeu dont vous êtes le héros

Le Prix Spécial du Jury avec une dotation de 3000 euros est attribué à l’équipe de l’Ecole Boulle pour le projet Data Fiction, un site proposant un serious game dont vous êtes le héros. En partant des outils et services numériques utilisés par les jeunes au quotidien, le projet révèle en effet à l’utilisateur l’exposition de ses données. Ce jeu en trois étapes (découverte, appropriation, tutoriel) fait le pari de l’expérience pour sensibiliser : incité à dépasser ses limites, le jeune devient acteur.  

 
Et après ?

Lors de la soirée, les lauréats ont pu rencontrer des membres du collectif Educnum et de la CNIL, la Présidente d’Universcience, la Direction du numérique pour l’éducation. Autant de bons conseils à échanger pour faire grandir ces projets et transmettre les bonnes pratiques au plus grand nombre.

« L’éducation au numérique est une responsabilité partagée qui nécessite une mobilisation générale. Les membres du collectif s’engagent à valoriser les projets retenus sur leurs supports de communication : sites Internet, réseaux sociaux. C’est le moyen pour ces étudiants d’avoir une très bonne visibilité et de pouvoir bénéficier d’une aide dans la réalisation future de leurs projets. », a conclu Isabelle Falque-Pierrotin.

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