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Numérique à l’école : les réactions à la remise du rapport Fourgous

17 février 2010

« La balle est dans le camp du ministre » : le communiqué de presse rapidement dégainé, lundi, par le syndicat majoritaire chez les enseignants du premier degré, le SNUipp-FSU, résume assez largement la tonalité d’une grande majorité des réactions glanées ci et là sur internet, après la publication du rapport de Jean-Michel Fourgous sur la place du numérique à l’école (PDF).

Premier constat : la « qualité » du rapport est largement relevée, ainsi que son importance dans la relation école-numérique.  C’est « un travail d’une ampleur et d’une qualité qu’il faut saluer », écrit ainsi le SNUipp. Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat SE-Unsa, parle, lui, d’un document « copieux et volumineux », quand la FCPE le juge « très documenté ». Henri Verdier, président du pôle de compétitivité Cap Digital – qui précise toutefois « parler en son nom propre »décrit, lui, « un énorme travail […] qui pose des éléments de diagnostic complets, documentés, chiffrés et sourcés (ce qui est quand même rare) ! » Enfin, très en pointe sur la question des nouvelles technos, Le Café pédagogique évoque même « un événement majeur pour l’Ecole ».

La suite qui sera donnée au rapport est cependant dans tous les commentaires. La copie remise par le député-maire (UMP) d’Elancourt « appelle des mesures d’urgence de la part du ministère de l’Education nationale », juge ainsi le SNUipp. « Bien des rapports ont précédé celui de Jean-Michel Fourgous et sont allés remplir les armoires de la rue de Grenelle ! », s’exclame Le Café Pédagogique. Rappelons que Luc Chatel s’est engagé lundi à présenter, « d’ici avril », un « plan pluri-annuel» sur le numérique à l’école (notre vidéo).

« Il faut former à inventer … »

Henri Verdier suggère également que la première étape à toute évolution pédagogique majeure sur l’usage du numérique  à l’école … se trouve sans doute hors du numérique :  « Les nouvelles technologies n’apportent jamais de gain d’efficacité dans une organisation si elles ne sont pas accompagnées d’une réorganisation », écrit-il. Et de préciser : « Il va falloir commencer par la mère de toutes les réformes : faire confiance aux enseignants, leur donner une liberté d’organisation, leur donner latitude de faire bouger les organisations, voire en partie les programmes. » Encore plus fondamentalement, il plaide pour une « formation à l’invention » : comme « il est presque impossible de saisir aujourd’hui tout ce que nous pourrons faire avec le numérique, […] il va falloir former une génération entière d’enseignants et de chercheurs  […] à inventer le numérique. »

Guillaume Vergne et Julien Gauthier, professeurs de philosophie et fondateurs du site skhole.fr, expriment, eux, une réserve un peu plus « morale » sur la copie remise par Jean-Michel Fourgous : il faudrait partir « d’une réflexion beaucoup plus nuancée, complexe et critique, qui montrerait la profonde ambivalence de ces technologies et de leurs développements […] pour définir la juste place à leur accorder au sein du système scolaire », écrivent-ils. « Il faut [que l’école se numérise] avec  circonspection et dans l’optique explicite d’une « alphabétisation » numérique bien comprise, qui ait pour ambition de convertir ces techniques en véritables instruments de savoir et d’émancipation », poursuivent-ils, pas très éloignés d’un Bernard Stiegler qui soulignait, dans notre débat sur l’éducation au numérique, que « les technologies numériques sont la pire et la meilleure des choses. Et ce devrait être la fonction d’une institution scolaire et universitaire réinventée que de former les élèves et les étudiants à cette ambivalence. »

Un ordinateur pour 35 profs …

En attendant, Le Monde.fr publie de son côté d’intéressants témoignages d’enseignants : leurs récits, basés sur la réalité de l’usage des TICE dans leurs salles de classes, font utilement écho à certains des chiffres contenus dans le rapport de Jean-Michel Fourgous. Et rappellent que la question de l’équipement est encore loin d’être réglée : « L’usage du numérique m’a toujours fourni des preuves évidentes de son utilité dans mon enseignement », s’enthousiasme ainsi un prof de maths. « Mais obtenir un ordinateur couplé à un vidéoprojecteur et un tableau blanc effaçable, au lieu de l’archaïque tableau à craie, relève du parcours du combattant ! » Enseignant en Guyane, à Cayenne, Loïc raconte, lui, comment il doit « faire la queue pour saisir les notes des élèves avant le conseil de classe », sur le seul ordinateur disponible pour 35 professeurs …
 

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