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Plan numérique pour l’école : la parole aux acteurs de la concertation

22 mai 2015

Alors que François Hollande a dévoilé le 7 mai dernier le grand plan numérique pour l’école, nous avons voulu rencontrer certains des acteurs qui ont participé aux différentes concertations qui ont abouti à ce plan. Rencontre avec Thierry de Vulpillières, Directeur des partenariats Education de Microsoft France.

RSLN : Comment analysez-vous le plan numérique annoncé le 7 mai dernier ?

Thierry de Vulpillières : La récente concertation nationale sur le numérique pour l’éducation s’inscrit dans le cadre du plan numérique pour l’école annoncé par François Hollande. Des parents, des élèves, des professeurs ont pu répondre à un certain nombre de questions et donner leur avis sur le numérique à l’école.

Microsoft, de son côté, et comme beaucoup d’industriels du secteur, a été associé dans des phases en amont ou en parallèle. Je pense au rapport Jules Ferry 3.0 du Conseil National du Numérique [la contribution de sa rapporteuse Sophie Pène à notre débat sur les pédagogies numériques est à retrouver ici, NDLR], au rapport e-éducation porté par le ministère de l’Education conjointement avec le ministère du Redressement Productif de l’époque.

On peut noter quatre grands piliers autour desquels le plan s’articule.

Le premier porte sur l’équipement matériel. Il y a notamment eu l’annonce de l’équipement de 800 000 tablettes pour les élèves. A ce moment-là, avec les différents rapports et concertations en cours, il était convenu que le numérique ne devait pas être du top-down : ça n’est pas l’Etat qui dicte aux professeurs comment se servir de 800 000 tablettes !

Le point de vue des acteurs socio-économiques (industriels, collectivités locales, etc.) a plutôt été de susciter une diversité de dispositifs au lieu d’avoir une sorte de plan unique qui descendrait du sommet, avec un seul type de matériel et un choix centralisé. Ce point de vue a été entendu.

On a pourtant eu un élément dissonant entre l’annonce d’un plan de l’Etat sur l’achat de tablettes, et la réalité légale depuis la loi Peillon sur la refondation de l’école qui stipule que c’est à la charge des collectivités. Il existait en effet un flou juridique sur qui s’occupe de l’équipement et de la maintenance informatique et numérique des établissements scolaires.

Ce qui a été finalement annoncé le 7 mai dernier par François Hollande, avec notamment 1 milliard d’euros consacré au numérique, c’est un mécanisme d’abondement de 1 pour 1. Ce ne seront pas non plus 800 000 tablettes identiques partout :

« Pour chaque euro investi par les collectivités, l’Etat mettra également un euro. Mais les départements seront laissés entièrement libres de construire leur projet et de choisir les équipements, quel qu’en soit les fabricants. »

Un deuxième pilier, c’est la formation. On l’a beaucoup remarqué, nous industriels, pendant les consultations : respecter les demandes du terrain plutôt que d’imposer quelque chose d’en haut, et prendre le temps de la formation. S’il n’y a pas de formation des enseignants aux matériels, aux sens pédagogiques que l’on peut leur donner, les tablettes risquent de rester dans les cartons.

Troisième pilier,  l’écosystème et les ressources : au-delà de l’équipement matériel, il doit y avoir un équipement logiciel. C’est l’aspect industriel du plan et l’idée qu’il y a un écosystème français du numérique qui a également sa place à l’export et qu’il faut dynamiser.

Il y a d’ailleurs deux ambiguïtés sur cet aspect. D’un côté, on a une annonce de 15 millions d’euros sur le soutien à la production de ressources pédagogiques numériques, qui constitue une très faible somme au regard du milliard annoncé et des enjeux. Les acteurs attendent sans doute davantage. Et d’autre part, les bénéficiaires de subventions les plus cités sont des acteurs publics (Canopée, le CNED, etc.), alors qu’elles avaient vocation à faire partie de la reconquête industrielle et la dynamisation de start-up.

Le quatrième pilier, c’est l’enseignement du coding en tant que tel. Sur ce sujet, Microsoft, comme le Syntec Numérique et d’autres acteurs industriels, pousse assez fort pour dire que le numérique est un secteur pourvoyeur d’emplois. C’est donc important à double titre d’avoir cet enseignement du et au numérique : d’une part parce qu’il y a des emplois à la clé, et d’autre part pour développer un regard critique vis-à-vis du numérique.

RSLN : Sur quels sujets avez-vous été sollicité ?

Thierry de Vulpillières : Globalement Microsoft intervient sur chacun des piliers. Le modèle de Microsoft est largement indirect, c’est-à-dire qu’il s’appuie sur un écosystème de partenaires. On est donc attentifs au développement d’écosystèmes locaux.

Pour nous, le plan numérique ne devait pas simplement satisfaire un système d’exploitation qui vient de Seattle ou une machine qui vient de Chine, mais plutôt permettre de voir où les acteurs français ont une chance de pénétrer et de rayonner à l’international, que cela soit des start-up qui créent des applications pour les élèves ou des éditeurs scolaires. Il faut savoir qu’Hachette est le deuxième éditeur mondial. Il y a un trésor en France sur la ressource pédagogique.

Ces réalités du tissu industriel, c’est aussi d’une grande importance culturel. Se positionner sur des contenus, de la pédagogie, c’est se positionner sur un rayonnement culturel et à terme linguistique. Le numérique, c’est une industrie, ce sont des emplois où la France a déjà de bonnes bases.

Enfin, sur un niveau plus global, ce que nous pensons c’est que l’écran est certes indispensable mais qu’il n’est qu’un moyen au service de quelque chose qui nous dépasse et qui est beaucoup plus important, à savoir l’enseignement. C’est bien l’écoute des enseignants qui est la clef d’un plan comme celui-là.

Faire se rencontrer ce tissu enseignant, c’est un des piliers sur lequel Microsoft agit : on soutient le site du Café Pédagogique qui rassemble 250 000 enseignants, on avait 7 enseignants français sur 350 venant de 87 pays il y a 10 jours lors d’un forum à Seattle, on a la Classe immersive qui permet aux professeurs et aux acteurs de voir et d’essayer de nouvelles façons de faire cours.

Pour résumer, Microsoft plaide plus pour l’accompagnement d’un écosystème français et le développement des usages que pour le simple équipement matériel.

RSLN : Avez-vous constaté des divergences de points de vue entre les différents acteurs participants, ou bien un consensus émergeait ?

Thierry de Vulpillières : Les convergences sur l’urgence du plan numérique sont bien plus puissantes que les compétitions qui vont se retrouver ensuite entre les acteurs. Chacun y va ensuite de sa petite musique, il y a des zones de débat sur le hardware et le software.

Au-delà de ça, le périmètre couvert par l’ensemble des acteurs audités est assez large. L’AFINEF (Association Française des Industriels du Numérique dans l’Education et la Formation), qui s’est formée en 2012, regroupe des gens extrêmement variés mais avait une position qui faisait consensus. La grande unité du système est dans le sentiment d’urgence de l’arrivée du plan Numérique.

RSLN : Ce plan, justement, comment le jugez-vous au regard des annonces ? Vous semble-t-il à la hauteur des enjeux ?

Thierry de Vulpillières : J’ai tendance à penser que le numérique n’est pas un sujet. Le sujet c’est l’éducation des enfants, l’investissement que fait une nation pour l’éducation de toute sa population. Le cœur du plan numérique est en fait à côté du plan numérique.

Je pense effectivement que sur le plan numérique en lui-même, il y a une bonne intelligence dans l’articulation des différentes composantes. Tout ce temps de concertation a permis d’aboutir à un plan très équilibré : ça n’est pas que le plan du code, ou que le plan des tablettes, ou que le plan de la formation, ou que le plan des ressources.

En revanche, l’utilisation judicieuse du numérique par les élèves pour mieux apprendre, pour être plus motivés, mieux comprendre, travailler différemment, relève des réformes de l’enseignement, des programmes et des modes d’évaluation, qui sont tout aussi déterminantes que le plan numérique, si ce n’est davantage.

Avec un mode d’examen « à l’ancienne », ce plan numérique améliore à la marge les choses, mais on n’optimise pas la puissance que permettent ces outils.

De la même manière, travailler de façon collaborative, à distance et l’ensemble des compétences que l’on attend des métiers de demain, c’est très faible dans notre système. Ça n’a rien à voir avec le plan numérique, mais cela donne aussi du sens au fait d’investir dans le numérique.

Les programmes, enfin : le numérique n’a pas d’incidence dessus en soi. Cela se traduira par de la géométrie en 3D, une meilleure visualisation de la composition d’une molécule en chimie, regarder des archives vidéos en Histoire, etc. Cette nouvelle forme des ressources pédagogiques, ça va aider les disciplines, les renforcer.

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