Quand l'OCDE se penche sur l'école de demain

2 mai 2012

Le 5 avril dernier, lors de la journée « Quelle école pour demain ? », Dirk Van Damme, directeur du Centre for Educational Research and Innovation (CERI) à l’OCDE et Kristen Weatherby, directrice de l’Enquête internationale de l’OCDE sur l’enseignement et l’acquisition de connaissances (TALIS) sont venus nous montrer en quoi l’éducation innovante est au centre des recherches et des études de l’organisation internationale.

Dirk Van Damme a livré une comparaison des systèmes éducatifs des pays les plus innovants en matière d’éducation.

Kristen Weatherby, quant à elle s’est concentrée sur les enseignants de ces pays et leurs besoins en matière de formation aux TICE. 

> Dirk Van Damme : pourquoi les pays de l’OCDE doivent révolutionner l’enseignement

Quels sont les moteurs de l’innovation en matière d’enseignement ? C’est la question sur laquelle se concentre Dirk Van Damme. Le centre de recherches qu’il dirige, le CERI, s’intéresse au moyen d’améliorer l’efficacité de l’enseignement en développant les compétences du XXIème siècle. 

En observant les résultats d’études internationales, l’équipe de Dirk Van Damme a constaté que l’enseignement est l’un des secteurs d’activité les moins innovants.

« C’est étrange, dit-il, car par définition, l’enseignement doit nous permettre de préparer l’avenir. Il devrait donc catalyser l’innovation dans toute la société… »

En examinant l’évolution des demandes de compétences, on s’aperçoit en effet qu’un grand nombre des compétences manuelles et cognitives qui s’acquièrent à l’école sont déjà sur le déclin. Les compétences les plus demandées sont des compétences d’analyse et de communication : des compétences interactives et non routinières. Comme le rappelle Dirk Van Damme, la créativité, l’esprit critique et la capacité d’acquérir de nouvelles connaissances sont parmi les compétences les plus demandées par les employeurs pour préparer l’avenir.

« Si nous pouvions nous mettre d’accord entre les différentes parties prenantes sur une typologie des compétences du 21ème siècle, on pourrait se poser la question : est-ce que l’école nous y prépare ? », s’interroge-t-il.

En s’appuyant sur les résultats de l’étude PISA, Dirk Van Damme regrette que les pays qui accumulent les bons résultats scientifiques ne soient pas nécessairement ceux qui parviennent à stimuler l’intérêt pour les sciences chez leurs étudiants.

Alors, quelles sont les approches pédagogiques qui contribuent le plus aux résultats scientifiques ? Dirk Van Damme livre deux résultats de ses recherches : 

La recherche appliquée ne contribue pas à améliorer les résultats scientifiques, mais accroît l’intérêt pour les sciences et le plaisir de les apprendre à l’école. 

Les élèves qui utilisent beaucoup les ordinateurs à la maison ont de meilleurs résultats scientifiques, alors même que l’utilisation des ordinateurs à l’école ne suscite pas d’amélioration notable.

Comme de nombreux autres intervenants, il considère que le plaisir d’apprendre pourrait bien être la clef de l’adaptation de l’école aux enjeux pédagogiques de demain.

> Kristen Weatherby : « les enseignants doivent se sentir soutenus »

«Qu’est-ce qu’il est important de prendre en compte pour que les enseignants se sentent soutenus dans leurs pratiques pédagogiques, et libres d’innover à l’école ? » C’est la question que pose Kristen Weatherby. L’étude qu’elle présente, TALIS, s’intéresse aux conditions de travail des enseignants et à l’environnement d’apprentissage en primaire et au lycée dans 24 pays de l’OCDE.

L’enquête identifie de nombreux facteurs qui concourent à favoriser un terreau de pratiques d’enseignement innovantes dans ces pays : la confiance des enseignants dans leur capacité à transmettre, qui influence leur efficacité. L’ambiance dans la classe également, au vu d’un triste constat que fait l’étude : 10% des nouveaux enseignants passent jusqu’à 40% de leur temps à essayer d’instaurer une discipline. 

Mais pour Kristen Weatherby, il y a surtout un enjeu clé à prendre en compte : c’est la formation des enseignants. L’étude TALIS montre que neuf enseignants sur dix suivent un développement professionnel d’une manière ou d’une autre. Mais aussi que 35% d’entre eux souhaiteraient un accompagnement plus poussé. Lorsqu’on leur demande dans quel domaine, ils répondent : « dans les nouvelles technologies », en priorité.

« J’ai vu des classes très équipées, mais la formation étant insuffisante, les élèves auraient aussi bien fait avec du papier et un crayon », dit-elle. 

L’évaluation des enseignants lui semble également primordiale : l’étude montre par exemple que 55% des enseignants italiens n’ont reçu aucun « retour » sur leur pédagogie au cours de leur carrière. Ils sont 25% dans le même cas en Irlande ou au Portugal :

« Ils sont livrés à eux-mêmes », regrette Kristen Weatherby. A l’inverse, « certains pays de l’OCDE considèrent que les professionnels sont également des étudiants ‘à vie’. C’est une option intéressante ».

L’étude s’intéresse notamment aux croyances des enseignants, et à leur relation avec leurs pratiques d’enseignement. Il s’avère que dans tous les pays étudiés, la plupart des enseignants ont la même vision d’un bon enseignement. Mais il est difficile pour eux de mettre en application ce qu’ils considèrent comme positif : par exemple, ceux qui placent beaucoup d’espoir dans les méthodes constructivistes ont bien du mal à se départir des méthodes plus classiques d’enseignement structuré. De toute façon, « il ne faut pas rejeter toutes les méthodes traditionnelles », prévient-elle, car celles-ci ont une bonne influence sur la discipline, ce qui améliore l’efficacité des enseignants. 

Sur quoi devrait-on alors baser la formation des enseignants ? Kristen Weatherby livre quelques exemples de bonnes pratiques :

– Singapour est un bon exemple de la façon dont les pays préparent leurs enseignants au XXIème siècle : un programme « école du futur » encourage l’innovation dans des environnements d’apprentissage souples, avec un accent mis sur les technologies numériques comme moyen de « feedback » sur les pratiques pédagogiques. 

Certains territoires, comme Shanghai, proposent à chaque enseignant d’être parrainé par un « mentor » tout au long de sa carrière, et l’installent au sein d’une communauté dans laquelle il apprendra constamment des autres. 

– La Pologne, qui a récemment annoncé un programme numérique pour son école, fait figure de bon élève et offre déjà l’exemple d’une réforme du système scolaire réussie : situé parmi les derniers au classement PISA de 2000, le pays a changé depuis la rémunération des enseignants et la longueur de l’année scolaire ; il a aussi ajouté un niveau intermédiaire facilitant les réorientations entre le cursus secondaire généraliste et la spécialisation professionnelle. Ces réformes lui ont permis d’améliorer son score et d’atteindre en 2008 le même niveau que les Etats-Unis en matière de qualité d’enseignement.  

Kristen Weatherby conclut en invitant les Français au prochain Sommet international sur la profession d’enseignant. A New York en mars 2012, les vingt pays les plus performants en matière d’éducation, et les cinq qui s’améliorent le plus vite étaient invités. Et la France n’a pas pu participer. « J’espère que l’année prochaine les Français seront présents ! », conclut-elle. 

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