Quand les enseignants inventent le futur de l'école

26 mai 2011

Des profs dictant leurs cours depuis leur bureau, des élèves passifs, des programmes inadaptés et inintéressants, une utilisation bien trop faible du numérique… le constat dressé au e-G8 par Rupert Murdoch, le grand patron de médias australien, sur l’éducation à l’heure du numérique était sans appel.

Pourtant s’il reste encore beaucoup à faire pour permettre à l’école de s’adapter à ces profondes mutations, qui a dit qu’il n’y avait pas de profs innovants ?

Nous en avons rencontrés au quatrième Forum des enseignants, organisé à Lyon, les 20 et 21 mai 2011 par Le Café Pédagogique [NDLR : et dont Microsoft, l’éditeur de RSLN, était partenaire] : sélectionnés sur projet, une centaine d’enseignants sont venus présenter leurs projets innovants pour l’éducation. Découvrez un aperçu des projets présentés.

> Apprendre à lire et à écrire avec Twitter

La classe de CP de Jean-Roch Masson est un peu particulière : elle est sur Twitter, et, avec ses quelques 440 followers, elle le fait plutôt avec succès.

Pourquoi faire utiliser Twitter à des enfants de 6 ans ? L’enseignant, qui tient un blog pour réfléchir sur son projet, nous explique qu’il a voulu expérimenter l’utilisation du réseau social pour motiver ses élèves, aussi bien à la lecture qu’à l’écriture : pour « apprendre en s’amusant ».

Le processus est assez simple : les élèves écrivent un court message à la main, qui est corrigé par le professeur. Les enfants remplissent ensuite une fiche composée de 140 cases, pour vérifier que leur message n’est pas trop long, puis le tapent directement sur l’ordinateur :

« Cela a un aspect pratique et cela permet l’apprentissage, notamment pour passer de l’écriture cursive aux lettres du clavier. Et pour faciliter l’apprentissage, il n’y a rien de mieux que la pratique » nous explique-t-il.

Au delà de l’aspect ludique qui motive les élèves, il y a une volonté d’éducation aux médias, à l’image et à la vie numérique : « sur Twitter, on est en public donc on ne fait pas n’importe quoi ».

Une charte a donc été rédigée et les élèves sont toujours accompagnés par un adulte dans leurs pratiques sur le compte collectif : ayant moins de 13 ans, ils n’ont en effet pas normalement le droit d’avoir un compte sur le réseau social.

L’enseignant rappelle que « Twitter n’est qu’un outil, il ne m’intéresse pas en tant que tel, mais dans l’usage que l’on peut en faire. Principalement pour motiver mes élèves et les faire échanger avec d’autres classes ».

Même écho, du côté d’Amandine Terrier et Bertrand Formet qui utilisent également Twitter, en cycle 3 (CE2, CM1, CM2), pour motiver leurs élèves à l’écriture et pour discuter avec des classes aux quatre coins du Globe :

« C’est un outil comme les autres, excellent pour certaines choses et peu efficace pour d’autres. L’avantage et l’inconvénient au fond, ce sont les 140 caractères : on peut envoyer rapidement un court message mais en même temps c’est complexe, il faut synthétiser, chercher des synonymes plus courts… et surtout il ne faut pas oublier d’écrire des textes plus longs » nous détaille Bertrand Formet.

> Aider les élèves grâce à la téléassistance :

Aider les élèves à réviser ou à faire leurs devoirs, une fois qu’ils sont chez eux : c’est l’objectif du projet mené par Jérémie Pelé, au lycée Rouault, à Paris.

Il suffit à l’élève de se connecter sur un site, entre 18h30 et 19h30, pour rentrer en contact avec un professeur de la discipline dans laquelle il cherche de l’aide.

Le système est très proche des logiciels de messagerie instantanée et un « tableau blanc » permet de partager des documents ou de travailler sur un exercice. Et les résultats sont intéressants :

« On distingue trois types d’élèves sur la plateforme : d’abord, ceux qui ont du mal en classe et qui viennent trouver un soutien scolaire, une réponse ou une explication. Ensuite, ceux qui sont vifs et curieux et qui en veulent plus, souvent de très bons élèves qui veulent continuer à avancer. Et enfin, l’élève dit moyen, qui l’utilise avec parcimonie, la veille des contrôles pour réviser à la dernière minute » explique Jérémie Pelé.

L’enseignant rapporte de vrais progrès pour ceux qui s’y connectent régulièrement et pour les bons élèves qui gagnent « en confiance et améliorent leur rapport avec les autres et avec leurs professeurs ». Cela permet de révéler des potentiels, « c’est une expérience humaine très riche, que les parents et les élèves adorent ».

L’un des grands avantages du projet, c’est d’être facilement transférable à d’autres établissements, car ne nécessitant aucune installation ou programme particulier : il a ainsi déjà été mis en œuvre dans un autre collège parisien.

> Participer à la Coupe de France de robotique

C’est le projet imaginé par Thibaut Plisson, professeur de physique-chimie au lycée Henri Bergson, à Paris : dans le cadre des cours à option en classe de seconde, il a proposé de faire participer ses élèves à la Coupe de France de robotique.

Les élèves avaient donc quelques mois, à raison d’une heure et demie par semaine pour créer un robot capable de jouer aux échecs : ce qui les a poussés à la fois à programmer les mouvements du robot mais également à collaborer par l’intermédiaire d’une plateforme en ligne :

« La motivation première c’est de présenter un vrai projet : ce n’est pas seulement de la théorie, il y a une véritable création, qui est ensuite mise en compétition avec celles d’autres élèves, venant d’autres lycées » nous explique Thibaut Plisson.

> Utiliser un monde virtuel pour apprendre

Comment faire pour réunir des acteurs éparpillés aux quatre coins de la France ou du monde ? En utilisant un monde virtuel répond Jean-Paul Moiraud, professeur de gestion en design de mode à Lyon.

La mode étant extrêmement mondialisée, il a constaté qu’il lui était difficile de réunir des créateurs, des professionnels, pour intervenir dans ses enseignements. Il a donc décidé d’utiliser un monde virtuel pour permettre à ses étudiants de profiter de leurs connaissances.

Il organise ainsi régulièrement des conférences en ligne, dans un monde 3D qui ne nécessite pas de compétences techniques ou d’équipement particulier car directement intégré dans un navigateur, où les intervenants sont présents sous la forme d’un avatar.

Les intervenants présentent leur cours dans un amphithéâtre et les étudiants peuvent poser des questions, interagir :

« On reconstitute une réelle forme de cours, dans un univers virtuel, mais avec des personnes dispersées géographiquement : cela permet de créer de nouveaux enseignements et surtout d’aller chercher les compétences là où elles se trouvent » détaille-t-il.

> Pour aller plus loin :

> Illustrations : reportage photo Emmanuel Fradin dans l’école Châteaudun, à Amiens

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