Quand les enseignants s'emparent du numérique (2/2)

27 avril 2012

Suite et fin de notre mini-série consacrée aux professeurs qui utilisent au quotidien le numérique dans leurs écoles. Après Julien Llanas et Damien Lebègue, venus nous parler des usages du numérique à l’école et du serious gaming, trois de leurs collègues nous ont à leur tour expliqué, le 5 avril dernier, comment ils utilisaient le numérique pour enrichir leur pédagogie.

> En géographie, « cartographier la pollution sonore »

 

Jérôme Staub, professeur d’histoire-géographie à la Cité scolaire Jean-Baptiste Darnet de Saint Yrieix La Perche, a voulu concilier programme scolaire officiel et utilisation du numérique. Dans le cadre du chapitre de géographie « aménager la ville », il a proposé à ses élèves d’aller sur le terrain pour relever les niveaux sonores urbains à différents endroits :

« Le but, c’était de créer une cartographie de la pollution sonore dans nos villes », précise l’enseignant.

A l’aide d’un téléphone portable, « outil que tous les élèves ont », combiné à des applications de type sonomètre et de géolocalisation, les élèves de sa classe de troisième ont pu mener un véritable travail collaboratif. Et ont appris à maîtriser « tout un tas de petites choses, comme la modélisation sonore, la cartographie d’un espace, et la mise en ligne des bruits enregistrés ».

« Ce qui leur a permis de faire des découvertes étonnantes. Par exemple, si, près d’une fontaine, vous croyez entendre de l’eau qui coule, c’est raté : on entend plutôt des voitures qui passent ! » raconte Jérôme Staub.

Selon lui, le bilan d’une telle expérience, entre travail de terrain et outils numériques, est très positif :

« En fin de compte, cela mobilise plusieurs axes, que ce soit la sociologie de la perception, l’usage des mobiles en éducation, la cartographie en ligne, les paysages sonores, etc. Bref, cela fait directement le lien avec l’état actuel de la recherche sur ces sujets ».

> « Ne plus apprendre pour être évalué, mais évaluer pour mieux apprendre »

« Une aventure », voilà ce qu’ont vécue Pascal Cherbuin, professeur de sciences physiques au lycée Robert Doisneau, Corbeil Essonnes, et Pascal Bihouée, professeur de sciences physiques dans un collège dans les Côtes d’Armor, en voulant « réévaluer » la façon d’évaluer des élèves.

Il fallait tout repenser, car une simple note ne suffit pas, selon ces deux professeurs, à aider les élèves à progresser. Au contraire :

« On ne comprend pas ses difficultés à travers une note. En conséquence, soit on s’arrête de travailler, soit on s’accroche dans la souffrance », affirme Pascal Cherbuin. Dans les deux cas, c’est un échec.

Comment le numérique peut aider à changer cette donne ? Tout d’abord, « n’ayant pas trouvé de logiciels adaptés », les deux Pascal en ont développé chacun un, sur mesure. Des outils « faits maison » qu’ils ont su améliorer au fur et à mesure des années scolaires, pour aboutir à des versions plutôt abouties…

« … jusqu’à supprimer les notes elles-mêmes », ose Pascal Bihouée. « Les élèves s’évaluent chaque trimestre par des graphiques, et peuvent se référer au niveau moyen de la classe. En fractionnant les différentes compétences que l’on travaille, ils peuvent aussi s’apercevoir en un clin d’œil de leurs points faibles. »

Plutôt que de dire à un élève, « tu passes de 10,5 à 12 », ils peuvent clairement lui faire comprendre que s’il améliore par exemple sa façon de rédiger ses copies, alors il progressera dans la catégorie « rédaction ».

Sans oublier que ces informations servent aussi à l’enseignant à mieux connaître sa classe et à faire de la remédiation plus efficace, en identifiant les problèmes spécifiques d’un ou plusieurs de ses élèves.

Dans le lycée de Pascal Cherbuin, ils sont ainsi douze enseignants à évaluer « par compétence » leurs classes de seconde : « Depuis trois ans, on a également abandonné les notes. A la place, utilise un tableau de compétences, qui donnent une image de l’élève. On cerne mieux leurs points forts et faibles. »

Conclusion ? Les élèves apprécient : « ne pas avoir de notes enlève tout le stress » ; « on comprend mieux pourquoi on se trompe » ; « sans tableau, je ne sais pas où j’en suis », tandis que les enseignants sont heureux de pouvoir assurer aux élèves que, cette-fois, c’est sûr « il ne faut pas apprendre pour les contrôles, mais apprendre pour soi-même ».

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