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Quels contenus pédagogiques pour les tablettes à l’école ?

24 juin 2015

Mobiles, légères, personnalisables, propices à la collaboration… Autant d’avantages régulièrement invoqués en faveur des tablettes et de leur intégration en classe. Seraient-elles aujourd’hui devenues indispensables à la réussite scolaire ? Et quels contenus pédagogiques concevoir pour ces nouveaux outils ? Des questions sur lesquelles se sont penchés les intervenants conviés à la Conférence de Paris sur le numérique le 18 juin dernier.

Mettre en place des tablettes dans l’ensemble des classes françaises est une ambition régulièrement affichée, au fil des différents plans numériques pour l’école. Depuis quelques mois, elle trouve cependant ses premières concrétisations. Sur le terrain, les enseignants et chercheurs constatent des pratiques numériques extrêmement précoces de la part des enfants. Des pratiques qu’il faut, selon eux, véritablement accompagner. 

Anne Lechêne, experte e-éducation pour Cap Digital et spécialiste des dispositifs d’apprentissage numériques (dont la plateforme BIC Education), intervenait à la Conférence de Paris sur le numérique. Pour elle, les tablettes doivent se penser dans le cadre d’un complément à l’éducation « traditionnelle » : elles permettent par exemple d’aiguiser l’esprit critique des élèves par rapport à la multiplicité des supports médias et les informations qu’ils véhiculent, ou encore d’appréhender de manière plus interactive des problèmes contemporains, tels que la gestion de nos données en ligne. Rencontre.

Quels contenus adaptés aux outils numériques mettez-vous à disposition des enseignants ?

Le  terrain d’intervention de BIC Education est le monde des écoles, tout particulièrement le 1er degré, à savoir les élèves âgés de 5 à 12 ans et leurs enseignants. Nous avons développé des outils pour permettre aux enseignants de créer eux-mêmes des supports interactifs, ou d’utiliser une plateforme de ressources numériques. Les ressources mises à disposition sur la plateforme correspondent aux attentes pour des usages en classe en termes de connaissances et de compétences des programmes scolaires.  

Ces ressources proviennent d’éditeurs scolaires, d’éditeurs éducatifs reconnus par l’Education nationale, d’applications logicielles, de contenus web…. Nous nous appuyons notamment sur le système de veille de l’Education nationale sur ce type d’outils, qui envoie toutes les semaines ses suggestions et trouvailles, et sur ses plateformes d’info-médiation.

Les professeurs eux-mêmes peuvent mutualiser sous licence Creative Commons leurs ressources sur la plateforme, dont l’un des principaux avantages est l’ergonomie : les professeurs peuvent facilement, en trois clics, utiliser tous les contenus accessibles en ligne dans leur classe.

Outre l’ergonomie et la mutualisation, quels sont les principaux avantages de ces contenus éducatifs par rapport aux ressources traditionnelles, dont les livres ?

Le livre reste une forme culturelle majeure et n’est pas du tout remis en question par ce genre de contenus. Il demeure, dès l’école primaire, un objet que l’on découvre, que l’on apprend à apprécier et à utiliser. L’émergence de nouveaux formats, dont les webdocumentaires ou les serious games par exemple, est néanmoins à considérer dans une société où culture du livre et culture des écrans coexistent et ont toutes deux droit de cité dans l’éducation. Si le fait de ne pas maîtriser la culture numérique peut être disqualifiant aujourd’hui dans le monde professionnel, ne pas maîtriser l’écrit, l’orthographe par exemple, l’est tout autant, voire plus.

En cette ère d’infobésité, un esprit critique est à développer aussi bien autour du texte que des images et du multimédia pour mieux appréhender l’information surabondante à laquelle on se trouve confronté. Cette conscientisation recouvre également la problématique de la gestion de nos données personnelles sur le web. Au lieu de lire un simple livre sur les données que l’on dissémine sur Internet, il vaut mieux à mon sens se rendre compte directement en ligne que l’on a été cookisé et que les traces que l’on a laissées échappent à notre maîtrise. L’école doit s’emparer de ces sujets pour former de jeunes adultes à des formes d’esprit critique adaptées au monde d’aujourd’hui.

Comment ces outils sont-ils généralement perçus par les élèves et parents ?

Les échos qui nous reviennent sont très positifs. Pour un certain nombre d’élèves, il faut bien l’avouer, l’école est parfois un lieu d’ennui et de manque de reconnaissance. Le numérique, en décloisonnant l’école et en la remettant dans le bain de la société et de ses pratiques culturelles, permet de réduire le décalage entre l’école et les usages de ses élèves… et de les considérer comme des personnes à part entière en valorisant leurs savoirs antérieurs et leurs acquis.

Si les parents se posent énormément de questions sur le cadrage des usages numériques, ils sont en général très satisfaits par les résultats obtenus en classe avec des outils numériques.   

Comment se situe la France par rapport la mise à disposition de contenus numériques en classe ?

La France a la chance de disposer d’un réseau de start-ups dans le numérique éducatif particulièrement dynamiques et d’atouts très forts en la matière. En revanche, le taux d’équipement des écoles primaires est particulièrement bas (25e sur 27 dans l’OCDE). Actuellement, nous sommes dans une sorte d’entre-deux, à mi-chemin entre démarche d’expérimentation et généralisation de ces pratiques. Derrière un petit nombre de success stories, se cache en effet un manque de structuration et de dimension du marché national de l’éducation numérique. 

François Hollande a récemment déclaré, en conclusion de la journée de restitution de la Concertation nationale sur le numérique pour l’éducation : « Le numérique est devenu notre langue ». Quels sont les principaux points à améliorer à l’école selon vous pour que cette phrase devienne une réalité ?

Deux éléments me viennent à l’esprit : la nécessité d’une culture partagée autour de la priorité du numérique dans l’éducation, qui dépasse les clivages politiques, et la question de l’ingénierie de déploiement des projets dans les territoires. Pour que la culture numérique infuse à l’école, il faudrait un vrai élan qui dure 10 ans et que l’on ne remette pas en cause à chaque rendez-vous électoral. Pour le bien de nos enfants, qui sont nos emplois et notre créativité de demain. Cette prise de conscience est en train de s’installer, ce que l’on a notamment vu avec la remise du rapport de Benoît Thieulin.

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