Rêve & Réalise : y a-t-il un âge pour entreprendre ? share
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Rêve & Réalise : y a-t-il un âge pour entreprendre ?

20 mars 2014

Samedi 15 mars dernier à l’accélérateur Microsoft Ventures Paris, les équipes de Rêve et réalise et d’Imagine Cup ont pu bénéficier des conseils de mentors hors pair pour mener à bien leur projet de start-up : Erwan Kezzar, le fondateur de Simplon.co, Romain David, CEO de Wisembly, Thomas Guillochon, d’HelloAsso et Charles Babinet, de KissKissBankBank n’ont pas ménagé leur temps et leurs efforts pour leur donner le goût de l’initiative et les encourager à se lancer. Dialogue.

Est-ce qu’il y a un âge pour entreprendre ?

Thomas : Oh non, on peut entreprendre à tout âge ! Mais je pense qu’il faut saisir les opportunités de se lancer le plus jeune possible car on a moins d’obligations. Car au début, quand on lance une startup il ne faut pas escompter devenir riche ! C’est d’ailleurs ce qu’avait conseillé Xavier Niel à notre fondateur au tout début d’HelloAsso : « ne cherche pas à gagner de l’argent, sinon tu ne vas pas réussir à te lancer »

Erwan : Effectivement, quand on est étudiant on a le temps, on a l’occasion d’apprendre, de réfléchir, d’être à l’écoute des retours… cela permet de rester à l’affût de ce qui se passe dans le monde et dans le web, tout en se gardant du temps de loisirs !

Romain : Et puis, quand on est jeunes on peut en jouer, nos interlocuteurs sont indulgents… on a davantage le droit à l’erreur. 

Charles : Après, je ne pense pas qu’il y ait une limite d’âge. Regardez les  fondateurs de KKBB : l’un d’eux avait 25 ans, mais un autre 47 ! En fait, deux des trois fondateurs sont un couple avec deux enfants qui ont lâché des emplois très confortables pour faire ça ! Ce qui montre qu’il n’y a pas d’âge : c’est plutôt une sorte d’élan… 


Mais comment entreprendre alors qu’on est étudiant ?

Thomas : De plus en plus d’écoles incitent leurs étudiants à s’inscrire dans des projets personnels qui ont des buts d’entrepreneuriat derrière. Quand j’y étais il y a 6 ans, on n’avait que la Junior entreprise. Aujourd`hui les occasions sont beaucoup plus nombreuses ! Si vous vous lancez vous serez un peu moins sociables que les autres, mais vous aurez un super projet dans les mains. Et les assos vous permettent d’apprendre des choses que le quotidien de l’école n’enseigne pas.

Erwan : C’est vrai que ceux qui s’investissent dans les assos ont un avantage. Surtout, en tant qu’étudiant on peut plus facilement bootstrapper sa startup : sans lever de fonds, on a du temps pour gagner l’argent nécessaire à son entreprise en travaillant en freelance, en faisant du consulting… et quand l’affaire grossit, quand on commence à avoir des résultats, on se met en autoentrepreneur… etc : ça peut être très progressif ! Et cela permet de pratiquer des outils. On est immergé et on se rend compte qu’il faut y mettre de l’énergie ! C’est aussi une façon de voir si le projet d’entrepreneuriat est juste un fantasme, ou vraiment ce que l’on veut pour soi.

Charles : En effet, quelqu’un qui se lance dans le vide a intérêt à réussir. Alors que, quand ça s’insère dans les études ou un stage ça permet d’avoir moins peur et donc de mieux réussir…
 


 

Comment être crédible quand on est jeune ?

« On a des difficultés en tant qu’étudiant, qui se réduisent à mesure qu’on rencontre des gens expérimentés, témoigne un jeune participant d’Imagine Cup. Du coup je ne sais pas si c’est un avantage d’être étudiant car on n’a pas l’expérience… Quand quelqu’un nous dit  »c’est pas possible les gars » on l’écoute parce qu’il a les cheveux blancs et qu’il est moustachu… et des fois on ne s’aperçoit pas qu’il faudrait juste essayer ! »

Erwan : Il ne faut pas forcément avoir peur des moustachus ! Nous en fondant Simplon on s’est pris des claques, et c’était important pour avancer quand c’était du « bon cassage ». Il faut bien écouter les premières personnes qui vont chercher à te brider car elles seront les premières à te donner l’occasion de développer un argumentaire ! Et surtout, il ne faut pas croire que la jeunesse soit un handicap. D’abord, parce qu’il y a des générations de cadres d’entreprises qui sont à l’affut de comprendre comment on fonctionne nous, les jeunes. Et puis ce qui compte, c’est la rigueur : quand on arrive avec des preuves, qu’on a déjà fait des choses, qu’on a des choses à montrer – un portfolio, un blog… on ne peut pas échouer. Quand on voit une présentation hyper travaillée, on se dit « il y a de la rigueur dans cette jeunesse »

Romain : Ce qui compte, c’est le concret du projet. Certains jeunes nous disent : « Regardez, on a déposé les statuts, créé notre logo, on a des T-shirts et on s’est isolés depuis 2 mois… » mais s’ils restent dans leur coin c’est plutôt un souci ! D’un autre côté, on voit des gens qui n’ont pas encore créé d’entreprise. Ils nous disent « on s’en occupera après, mais on a déjà un prototype »… là, on sent qu’il y a une capacité d’exécution : c’est ça qui fait la différence. 

Thomas : Quand on est jeune et qu’on monte une startup, on a une flexibilité que les grandes entreprises n’ont pas : c’est ce qui fait notre force. Et convaincre les investisseurs ou partenaires, ce n’est pas une question d’âge mais de préparation. D’ailleurs, plus on est jeune et plus on peut impressionner !
 


 

Comment oser avancer sur son projet quand on n’a jamais été entrepreneur auparavant ? 

Erwan : Mettez-vous en position de poser des questions. Profitez de la chance d’avoir plein de choses accessibles en ligne. Et surtout, développez des méthodes « agiles » : entrainez-vous, allez-y à tâtons… faites semblant, jusqu’à ce que vous le fassiez vraiment.

Romain : J’ai une anecdote à ce sujet. Aux débuts de Wisembly, on ne savait pas comment vendre notre logiciel. De « vieux moustachus » nous avaient dit qu’il ne fallait pas chercher trop vite à le vendre, car ça ne fonctionnerait pas… alors on le proposait gratuitement pour l’utiliser sur les événements. Et puis au bout d’un moment, on s’est dit qu’il faudrait bien qu’on gagne de l’argent avec… mais comment pricer ça ? On s’est dit « allez, on va essayer de le vendre à la prochaine personne qu’on va voir ». Mais combien ? Au hasard… 300 euros. Et notre client a acheté ! On a rééssayé le lendemain avec un autre client : 2000 euros. Et il a trouvé cela trop cher… et voilà : à force de tâtonner ainsi, on a trouvé le bon prix. 

Charles : Considérez les points de blocage comme les marches d’un escalier. Surtout n’essayez pas de « faire comme les autres » : ça n’existe pas !

Romain : Bien sûr, c’est difficile de garder un focus clair sur un enjeu clé à réaliser. On a envie de matérialiser vite quelque chose… mais pour ne pas se perdre il faut y aller par hypothèses, à valider avec des objectifs clairs en termes de temps. Faire des rétroplannings, planifier des rencontres et entretiens… 

Erwan : Il faut surtout réussir à dépasser le wishful-thinking : « Tu veux le faire ? Eh bien… fais-le ! ». En vous confrontant à l’action vous pourrez vous tester : faites-vous le projet de vos rêves ou avez-vous juste rêvé votre projet ? Vous savez faire, ou aimez juste faire savoir ? Ce sont des choses différentes ! Parfois on revoit les mêmes personnes un an après, elles sont toujours aussi motivées mais n’osent toujours pas avancer. Pourtant il y a plein d’astuces. Par exemple, tout ce qui peut être fait en moins de 5 minutes, faites-le immédiatement : vous allez pouvoir rêver à nouveau votre projet ensuite ! Lisez beaucoup. Et concentrez-vous sur votre prototype, qui vous permet d’avancer : si c’est naze, vous le verrez tout de suite. Et si c’est bof, vous pourrez l’améliorer !

A la fin de la séance, les conseils des mentors semblaient avoir fait mouche, à en juger par les réactions des étudiants :

« Rien que de vous voir, ça donne de la motivation ! »




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