Scientifique des données, un métier du futur déjà dépassé ? share
back to to

Scientifique des données, un métier du futur déjà dépassé ?

14 mars 2014
Tout le monde s'accorde à le dire : les data scientists font partie des métiers de demain. Ceux dont les entreprises vont avoir grand besoin dans les années à venir – et seront prêtes à s'arracher les candidats. Mais sur Internet, certains consultants proposent déjà leurs services à des prix bien éloignés des salaires à six chiffres vantés par la presse. Analyse.

C’est quoi un scientifique des données ?

La révolution des Big Data ouvre de nouvelles perspectives, d’analyse, de recherche, d’étude… qui réclament des personnes capables de les exploiter au maximum. Depuis début 2010, un nouveau métier suscite ainsi de plus en plus d’intérêt et émerge rapidement : le « scientifique de données ». Mais en quoi consiste exactement cette nouvelle fonction ?

« L’expert data est avant tout capable de faire le rapprochement entre les données brutes et leur analyse, détaillait le journaliste de données Simon Rogers dans le Guardian. Et rendre son travail accessible. C’est un travail de vulgarisation, en donnant à voir les data au plus grand nombre, l’expert data améliore un peu le monde ».

Le profil de ce professionel ? Un équilibre unique de compétences techniques sur les données, et un talent pour les analyser et les raconter, comme l’indiquait Hilary Mason, directrice des sciences à Bitly dans ce même article :

« Le scientifique des données est un hybride rare entre un développeur, un statisticien et un fin analyste des données et des comportements humains ».

Un métier déjà à maturité sur le marché de l’emploi ?

« Comment rivaliser avec les data scientists qui facturent 30$ de l’heure ». Le titre de ce post de blog spécialisé a de quoi surprendre. Avec une profession unanimement acclamée comme l’un des métiers d’avenir, voire LE métier du futur, en particulier grâce à l’essor du big data, et affichant fièrement les salaires à six chiffres du secteur, les data scientists installés ou ceux en devenir avaient jusqu’ici de quoi être optimistes.

Pourtant, certains s’étonnent déjà du faible coût horaire facturé par certains consultants indépendants, descendant régulièrement sous les 25 dollars de l’heure. Serait-ce l’explosion du nombre de professionnels sur le marché qui tire les rémunérations vers le bas ?

« Je connais des centaines de data scientists dans et en dehors de la Silicon Valley, et ce qu’ils me disent c’est que les taux de consultations augmentent rapidement et que leur boîte mail est remplie de messages de recruteurs. », tempère Peter Skomoroch, data scientist ayant travaillé chez LinkedIn.

Selon lui, les consultants les plus recherchés factureraient entre 300 et 400 dollars de l’heure. A Palo Alto, les plus importantes entreprises spécialisées dans les données n’hésitent d’ailleurs pas à rémunérer leurs stagiaires plus de… 7 000 dollars par mois.

Cours en ligne, automatisation et mondialisation : les menaces qui pèsent sur le métier

Mais tous ne sont pas dans la même situation. Aux Etats-Unis, certains s’inquiètent de la hausse du nombre d’entrants sur le marché du travail, consécutive à l’attractivité du secteur, mais aussi à la généralisation des cours en ligne (MOOC) et à la mise en place de programmes de formations dédiées aux data scientists, parfois dans des universités prestigieuses.

Egalement dans leur viseur : l’automatisation informatique de certaines tâches qui se profile à l’horizon… et la crainte d’un marché dévalorisé d’être déjà devenu mainstream. Parce que ce travail peut être effectué à partir de la maison, les data scientist très bien rémunérés d’Europe et des Etats-Unis se trouvent en concurrence avec des professionnels des pays émergents, en particulier en Inde, où les salaires sont largement inférieurs : sur certains sites de micro-travail, on peut ainsi trouver des analystes data pour 30 $ de l’heure… ce qui fait fortement baisser les prix du marché et semble dévaloriser la profession.

Big data : des métiers dont les contours restent à définir

Cette tendance, débattue dans les cercles spécialisés, est pour l’instant latente et limitée. Mais faut-il s’en inquiéter ?

« Si par data scientists vous entendez quelqu’un qui peut réaliser un résumé de données, une agrégation ou encore modéliser une tâche qui leur a été spécifiquement bien définie en avance, alors ce n’est pas une surprise qu’il y ait des gens qui peuvent faire cela à 30 dollars de l’heure », relativise JohnForeman, chief data scientist chez MailChimp.

Selon lui, les entreprises ont surtout besoin d’ingénieurs hautement qualifiés capables de résoudre des problèmes spécifiques, et de professionnels comprenant les enjeux commerciaux et capables d’y répondre par l’analyse de données : autant de talents qui ne pourront pas être délégués à des microtravailleurs. Ce qui se dessine plutôt, ce serait une polarisation de la profession entre des missions à forte valeur intellectuelle ajoutée – qui devrait rester très bien rémunérée – et des micro-tâches qui pourront être externalisées par ces data-scientists « installés ». Il s’agirait donc de bien discerner les deux métiers – et de ne réserver le qualificatif de « scientifique » qu’à cette première catégorie de professionnels ?

Ainsi, le débat porterait plus sur les missions réelles des data scientists que sur une supposée maturité du marché de l’emploi. N’est pas data scientists qui veut, surtout quand les contours du métier, et ses applications concrètes au sein des entreprises, restent encore à définir. Voire à inventer.

Chaque semaine,
recevez les immanquables
par email